Quel bilan un an après la création de Stellantis ?

Les groupes automobiles PSA et Fiat Chrysler Automobiles (PSA) ont fusionné il y a un an pour créer Stellantis. Les étoiles de ce nouveau mastodonte de l’industrie automobile brillent-elles autant qu’on l’imaginait ? On fait le point, depuis Sochaux.

Les groupes automobiles PSA et Fiat Chrysler Automobiles (PSA) ont fusionné il y a un an pour créer Stellantis. Les étoiles de ce nouveau mastodonte de l’industrie automobile brillent-elles autant qu’on l’imaginait ? On fait le point, depuis Sochaux. mis à jour le 21 janvier à 9h36

Le 19 janvier 2021, Stellantis intégrait la bourse de New York, le New York Stock Exchange (NYSE). La veille, la cloche avait retenti à Paris et à Milan, pour intégrer Euronext Paris et Borsa italiana Milan. Autant de symboles pour matérialiser la naissance d’une nouvelle étoile, Stellantis, née du mariage entre le Français PSA et l’Italo-Américain Fiat Chrysler Automobiles (FCA).

Depuis, la crise sanitaire a chamboulé l’économie mondiale et désorganisé profondément l’industrie, particulièrement l’industrie automobile. À Sochaux, la pénurie de semi-conducteurs a entraîné l’annulation de plus de 100 séances en 2021. Selon nos calculs, ce sont près de 40 000 véhicules qui n’ont pas été produits (lire notre article). Au mois de novembre, une note de KPMG Pulse stipulait que Stellantis tablait sur une « perte » de 1,4 million de véhicules en 2021

« Industriellement, [cette fusion] reste positive », observe Éric Peultier, de Force ouvrière. La force du groupe a permis de traverser cette crise. « Stellantis a su mener de front la production et la conception des nouveaux véhicules en parallèle de la construction des organisations monde malgré un contexte de crise Covid », valide Laurent Oechsel, de la CFE-CGC. Le groupe a en effet lancé 10 nouveaux modèles, dont la Peugeot 308, dorénavant fabriquée à Mulhouse (Haut-Rhin). « Stellantis sera mieux armé pour relever les grandes mutations technologiques qui nous attendent », poursuit-il, estimant que la taille du groupe limite les effets de fluctuation du marché.

Vigilance sociale

Si industriellement, la fusion convainc, socialement, c’est plus nuancé. Cette transformation ne se fait pas sans heurts. « Ça tangue », relève Éric Peultier. La nouvelle structuration n’est pas encore prête et la volonté de supprimer un niveau hiérarchique pose de nombreuses questions, autour des compétences, des nouvelles missions et des qualifications de chaque métier. Cela pose aussi des questions d’évolution de carrière. « Ce sont des centaines d’ouvriers professionnels, d’agents de maîtrise et de cadres qui vont être déclassés ou invités à chercher du travail ailleurs », interpelle François Guillerey, de l’Unsa.

« La performance économique doit se faire en poursuivant et en renforçant la performance sociale ainsi que le partage des richesses », rappelle la CFE-CGC. Sur cet aspect social, Benoit Vernier, de la CFDT, regrette « la perte de proximité des prises de décisions ». On ne sait pas trop d’où elles viennent. Forcément, le dialogue social en prend un coup estime-t-il. « Même si le développement international est nécessaire pour la pérennité du groupe, l’ensemble des rapprochements et fusion devra lever les interrogations sur les conséquences sociales et l’impact sur l’emploi dans les prochains mois et années », prévient également Laurent Oechsel. On l’a vu à Sochaux, les effectifs se contractent fortement ces dernières années. Et lors des derniers mois, marqués par l’arrêt de la production de la Peugeot 308 et la pénurie de semi-conducteurs, c’est encore plus notable.

Quelle place pour Sochaux ?

Stellantis a des usines dans 30 pays et vend sur 130 marchés nationaux. PSA avait son siège en région parisienne. Stellantis a le sien à Amsterdam, aux Pays-Bas. « La France semble n’être désormais qu’un petit ilot parmi d’autres », s’inquiète Benoit Vernier. L’empreinte française s’efface. « On restera la maison-mère », estime pour sa part Éric Peultier. « Le côté historique pèse par notre expertise et notre agilité, assure-t-il. Nous savons prendre les virages que nous devons prendre » Laurent Oechsel de mettre en garde : « Le groupe se doit de rester majoritairement français pour la conception et la fabrication afin de maintenir nos établissements, nos compétences et nos effectifs. »

« Les usines françaises produisent du haut-de-gamme », observe un fin connaisseur de l’usine sochalienne, souhaitant conserver l’anonymat. Pendant la crise sanitaire, elles ont été privilégiées. « Quand il y a eu des choix à faire, on a choisi les sites de production où il y a le plus de valeurs ajoutées », poursuit cette source. Le fait de produire des véhicules à forte rentabilité « est une protection », estime cette même personne, rappelant le changement de paradigme insufflé par Carlos Tavares lors de son arrivée à la tête de PSA. On ne joue pas le volume, mais la rentabilité de chaque véhicule.

Les véhicules à faible rentabilité, les plus petits modèles, sont donc produits dans des pays où les coûts de production sont moins élevés. La France doit alors continuer d’accueillir les véhicules les plus rentables ; la confirmation de la production du prochain Peugeot 3008 à Sochaux appuie cette idée, tout comme la localisation à Mulhouse de la Peugeot 308. La transformation de l’usine avec le projet Sochaux 2022 répond aussi à cet objectif de rentabilité. La valorisation des parkings d’expédition en installant une ferme solaire répond à la même dynamique (lire notre article).

Mais cette croissance du nombre d’usines fait craindre une concurrence accrue. « Dès le début, [la nouvelle direction] a mis les salariés en concurrence au de-là des frontières de notre pays ou même entre usine de l’Hexagone », dénonce Jérôme Boussard, de la CGT. « En fin d’année, [elle] décide de mettre à l’arrêt l’usine d’Eisensach (Allemagne) qui produit l’Opel Grandland et de transférer la production [à] Sochaux », cite-t-il. Il annonce aussi sa volonté d’unifier les mouvements syndicaux, en témoigne son déplacement en Allemagne. « Carlos Tavares joue énormément sur ce tableau pour demander plus de compétitivité », abonde Benoit Vernier, de la CFDT.

Quid de la R&D

Si la production a reçu des garanties à moyens termes – tout en arrêtant la production de la Peugeot 308 et en ne disposant que d’un système de production monoflux à Sochaux – la vraie question est celle de la R&D. « Nous attendons encore beaucoup de réponses », confie Laurent Oechsel. Un comité paritaire stratégique est programmé sur ce sujet le 25 janvier. « Les consolidations de fin 2021 (lire notre article) vont-elles se confirmer ? » questionne-t-il. « Une mutualisation des pôles d’études européens est en cours, rappelle François Guilleret, de l’Unsa. Quel est l’avenir du pôle études de Sochaux qui représente encore plus que 1 500 emplois, principalement de techniciens et d’ingénieurs (Stellantis rectifie en annonçant 2 500 emplois, NDLR). » Il redoute « une cure d’amaigrissement des effectifs » La rénovation de la chambre aéroclimatique (lire notre article), l’été dernier, témoigne de l’intérêt du site de Belchamp, à Voujeaucourt, pour le groupe. La restructuration en région parisienne de la R&D devrait aussi bénéficier à Sochaux estime un syndicaliste. « Nous avons un bel avenir devant nous », observe-t-il.

Ces changements s’opèrent à marche forcée aussi parce que les constructeurs automobiles doivent prendre un virage à 180° vers l’électrique. 30 milliards d’euros d’investissement jusqu’en 2025 sont programmés par Stellantis pour la mise en œuvre des stratégies d’électrification et de software ; un partenariat avec Amazon vient d’être annoncé (lire notre article). D’ici 2030, l’objectif de Stellantis est de vendre 70 % de véhicules basses émissions (électrique et hybride) ; une volonté d’accroître l’autonomie des véhicules a aussi été annoncée en 2021, avec l’objectif d’atteindre 800 km. « Ce n’est pas une coïncidence si Stellantis est née précisément au moment où notre monde a besoin d’un nouvel état d’esprit, estime Carlos Tavares à l’occasion des 1 an du groupe automobile. [Elle] accompagne ce besoin de mouvement en proposant les solutions propres, connectées, sûres et abordables pour tous. » Et de conclure : « Il nous reste encore beaucoup à faire, mais Stellantis est bien sur la bonne voie et la course est lancée. »

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