Semi-conducteurs : « Le segment automobile devient secondaire »

Vincent Bertrand est enseignant-chercheur à l’université de Franche-Comté. Il analyse la crise des semi-conducteurs, qui agite l’industrie automobile. Il présente les facteurs conjoncturels, liés à la covid-19, et structurels, liés à la suprématie asiatique sur la question. Et glisse évoque surtout un épineux dossier qui se cache dessous : l’écrasante domination chinoise sur la production de terres rares.

Vincent Bertrand est enseignant-chercheur à l’université de Franche-Comté. Il analyse la crise des semi-conducteurs, qui agite l’industrie automobile. Il présente les facteurs conjoncturels, liés à la covid-19, et structurels, liés à la suprématie asiatique sur la question. Et glisse surtout un épineux dossier qui se cache dessous : l’écrasante domination chinoise sur la production des terres rares.

La crise des semi-conducteurs n’en finit plus de fragiliser le nord Franche-Comté. De début février au 2 septembre, 97 séances de travail ont été annulées à l’usine Stellantis de Sochaux. On peut estimer entre 35 000 et 40 000 le nombre de voitures qui n’a pas été produit par l’usine. Cette situation délicate a entrainé la suspension de l’équipe de nuit sur la ligne de production des Peugeot 3008 et 5008, le 3 septembre (lire notre article). La production à Sochaux de la Peugeot 308 a aussi été arrêtée un mois plus tôt que prévu (notre article). Ce ralentissement de la production a des conséquences dramatiques sur l’intérim ; il n’y a quasiment plus d’intérimaires à l’usine de Sochaux, soit entre 650 et 700 travailleurs en moins. Cette crise se répercute évidemment sur les fournisseurs.

Offre réduite, demande en hausse

« Il y a des raisons conjoncturelles à cette crise des semi-conducteurs, liées à ce virus », acquiesce Vincent Bertrand, maître de conférence et chercheur en économie de l’énergie, rattaché au CRESE, le centre de recherche sur les stratégies économiques de l’université de Franche-Comté. La covid-19 a provoqué la fermeture de capacités de production des micro-conducteurs, comme on l’a vu à la fin de l’été en Malaisie. « On a une contraction de l’offre », relève l’universitaire.

En parallèle, il y a une demande supérieure d’objets numériques, liée au télétravail, qui s’ajoute surtout à la croissance de l’Internet des objets. Selon les estimations, reprises par Internet Society et publiées par Statista, on comptabilise, en 2020, entre 30 et 80 milliards d’objets connectés dans le monde, contre 4 milliards en 2010. Le marché des micro-conducteurs suit. Il pèsera 522 milliards de dollars en 2021 (429 milliards d’euros), contre 464 milliards de dollars en 2020 (381 milliards d’euros), soit une hausse de 12,5 %, selon des données d’International Data Corporation, citées par 01net.com. En 2010, ce marché pesait 300 milliards de dollars. Dans cet univers, « le segment automobile devient quelque chose de secondaire », constate Vincent Bertrand.

Géopolitique chinoise

Selon le chercheur, il y a aussi une dimension structurelle à cette crise, avec le positionnement de la Chine sur les terres rares, essentielles à la fabrication des semi-conducteurs. « La Chine domine largement la production et les ressources », observe le chercheur. Selon un article de Le Tribune, signé par deux enseignants de l’EM Normandie, une école de commerce basée notamment à Caen et Paris, la Chine concentre 80 % des terres rares produites dans le monde. Et Bertrand Vincent précise que 45 % des ressources mondiales sont dans ses sous-sols. En parallèle, la production de semi-conducteurs est concentrée en Asie, surtout en Corée du Sud et à Taïwan. L’Europe ne produit que 5 % de ces semi-conducteurs. « La production est asiatique et les ressources contrôlées par la Chine », résume Vincent Bertrand, qui rappelle aussi la guerre commerciale qui se joue entre la Chine et les États-Unis.

À présent, que fait-on ? Le député européen MoDem Christophe Grudler, domicilié à Belfort, évoquait dans un communiqué (notre article) l’urgence « de produire davantage de semi-conducteurs dans l’Union européenne ». Il rappelait l’annonce de la création de l’alliance européenne des semi-conducteurs en juillet 2021 par la Commission européenne, qui doit permettre de fabriquer 20 % de la production mondiale en 2030. « À l’échelle européenne, il y a une vraie prise de conscience », reconnait Vincent Bertrand. Elle remonte avant le covid-19, selon lui, et à Thierry Breton. Pendant longtemps, observe-t-il, l’Union européenne s’est largement construite « autour de l’idée du marché ». « Mais c’est très contraignant au point de vue industriel. Les arbitrages ont donc toujours été en faveur des consommateurs », analyse le chercheur. Le tournant, c’est la volonté de construire des gigafactories de batteries. L’autre tournant fut l’affaire Siemens-Alstom. « Il y a une volonté de réformer le droit à la concurrence, pour prendre plus en considération la question industrielle », note le chercheur. « Dans ces réflexions, l’idée est de conditionner le droit à la concurrence à davantage de critères industriels, pour ne pas passer à côté d’opportunités industrielles », poursuit l’universitaire. La volonté de construire un projet européen autour des semi-conducteurs va dans ce sens. « Mais on aura toujours le problème des terres rares », tempère Vincent Bernard. Les matières premières, un autre sujet d’inquiétude des industries françaises.

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