« Les Eurockéennes, un moment fort de la vie de l’entreprise »

L'annulation des Eurockéennes est un coup dur pour l'économie locale.

L’annulation des Eurockéennes est un coup dur pour le territoire. C’est un coup dur aussi pour de nombreuses entreprises qui rayonnent autour de l’évènement. Le festival génère localement 3 millions d’euros de retombées économiques.

L’annulation des Eurockéennes est un coup dur pour le territoire. C’est un coup dur aussi pour de nombreuses entreprises qui rayonnent autour de l’évènement. Le festival génère localement 3 millions d’euros de retombées économiques directes. Derrière lui, c’est donc un écosystème qui est fragilisé. Témoignage de TNT Events, qui a grandi avec le festival, et de l’entreprise Sesab, à Danjoutin.

« Ça fait mal, mais on n’a pas le choix », philosophe Ahmed Kaddouri. Le gérant de la société Sesab, à Danjoutin, encaisse l’annonce. Chaque année, depuis 20 ans, il passe son début d’été au Malsaucy. Pour les Eurockéennes, il installe près de 300 constructions modulaires – des blocs sanitaires, des bungalows qui serviront de bureaux ou de loges, des douches pour les artistes – mais aussi 7 km de barrières hautes, pour délimiter le festival, et 2 km de barrières basses. « C’est énorme », résume Ahmed Kaddouri, après avoir détaillé les multiples actions, qui vont de l’installation sur le site des modules, à la vidange des toilettes pendant le festival, en passant par l’approvisionnement en savon ou papier de ces lieux d’aisance.

Une rencontre

L’annulation du festival belfortain est un coup dur. Un de plus dans cette période singulière. Celui qui rayonne de Strasbourg à Dijon, en passant par Langres – il intervient aux Internationaux de tennis de Strasbourg, au festival No Logo à Fraisans, dans le Jura ou encore à la Foire aux Vins de Colmar – voit son activité se réduire drastiquement avec la pandémie. Il estime qu’il devrait perdre entre 40 et 60 % de son chiffre d’affaires. Forcément, les Eurockéennes, c’est un coup de massue supplémentaire. « Ce sont les Eurocks, c’est chez nous, souffle-t-il, avant de soulever : Mais on ne peut pas jouer avec la vie des gens. »

Avec le festival, comme souvent avec cet évènement, c’est l’histoire d’une rencontre. Ahmed Kaddouri travaillait auparavant en Alsace. Dans une boite qui faisait ce type de prestations. Il la quitte et monte son affaire. En 2000, « Bébert » (Bernard Martin de son vrai nom), qui officiait alors comme régisseur général du chantier des Eurockéennes, l’appelle en catastrophe un soir, veille du festival. Il lui manque 20 cabines. « J’ai ratissé tous mes chantiers et je les ai trouvées », se remémore celui qui, malgré la situation, ne manque pas une occasion de glisser une vanne. Bébert apprécie la réactivité. L’année d’après, Ahmed Kaddouri et Sesab raflent le chantier. Depuis, l’histoire se poursuit. Aujourd’hui, son équipe de 8 personnes est en activité partielle. Ce fidèle du festival – il y participe depuis 1991 – n’embauchera pas non plus la quinzaine de personnes qu’il recrute pour faire face à l’activité du printemps et de l’été.

10 % de l'activité de TNT

Non loin de Danjoutin, à Bavilliers. Depuis plusieurs semaines, Thomas Mouhat, directeur général du groupe TNT Events, décoche désespérément du calendrier les évènements annulés que sa société devait gérer dans les prochaines semaines. En dehors de quelques mariages en août – et il ne sait toujours pas si on autorisera ce type de rassemblement – les prochains contrats toujours inscrits sont programmés en septembre. Mais vont-ils être maintenus ? Le doute est de mise.

L’annulation des Eurockéennes, c’est 350 000 euros de chiffre d’affaires en moins pour TNT Events. « Soit environ 10 % de notre activité sur l’année », chiffre Thomas Mouhat. 10 % de leurs rentrées, sachant que TNT Events intervient sur près de 1 000 évènements par an. C’est dire le poids du festival. Dans ce volume d’affaires lié aux Eurockéennes, 70 % des rentrées sont dorénavant liées à des contrats pour des partenaires du festival : La Poste, La SNCF, Coca-Cola, Dr Martens, La Macif, le conseil départemental ou la Ville de Belfort. Ils ont besoin des services de TNT Events pour des animations ou des stands. « Nous avons eu ces contrats grâce à Territoire de Musique et à notre expérience », relève Thomas Mouhat. Au début de l’été, ce ne sont pas moins de 32 semi-remorques qui sont acheminés sur le site du Malsaucy, depuis le dépôt de Bavilliers, pour transporter le matériel nécessaire. Le dépôt de 5 000 m2 est alors complètement vide. « La seule fois de l’année », remarque Thomas Mouhat.

TNT aux Eurocks

Photos prises par TNT Events

Liens dans l'entreprise

Mais il n’y a pas que le côté financier qui entre en jeu dans cette histoire. Il y a l’affectif aussi. TNT est né dans un garage. En 2002. Trois étudiants créent leur association d’évènementiel. « Les Eurockéennes sont notre premier client », se souvient Thomas Mouhat, avec émotion, et encore un poil assommé par cette annonce. TNT Events en a parcouru du chemin depuis. « Les Eurockéennes nous ont ouvert plusieurs portes et nous a fait grandir », confie-t-il, reconnaissant. Et cet évènement est important dans la vie de la société. « C’est le contrat plaisir. Et Noël, chez TNT Events, ce sont les Eurockéennes ! » sourit Thomas Mouhat, également porte-parole d’un collectif qui regroupe les acteurs de l’évènementiel, qui s’est constitué le 10 mars. Le festival clôt la période la plus importante de l’année, qui s’étend de mars à mi-juillet, ou près de la moitié des évènements auxquels le groupe participe se tiennent. « Après les Eurocks, on réunit toujours l’équipe et les familles pour un barbecue au dépôt, raconte Thomas Mouhat. C’est donc un moment fort de la vie de l’entreprise. »

Malgré la crise, se réinventer pour survivre

« Depuis plus d’un mois, on enregistre 0 euro de chiffre d’affaires. » Le constat est clair. TNT Events, comme de nombreuses sociétés, est dans le dur. Le directeur général veut faire face. « Ma motivation première est de proposer de l’activité à mes salariés qui tournent en rond et qui veulent travailler. » L’entreprise dispose d’une flotte de camions de petite et grande taille. Plutôt que de les laisser sur le parking, il soumet ses services pour faire de la logistique ou du transport. « Nous devons réinventer notre métier, car nous avons envie de travailler, nous avons besoin de travailler et nous avons des outils qui dorment. » Il a été contacté pour du transport de bois, mais aussi pour de l’acheminement de palettes de panneaux d’aggloméré. « L’idée est de vendre à prix coutant, pour avoir du chiffre d’affaires et faire travailler les salariés », confie Thomas Mouhat. Ça, il ne le fera que s’il peut assurer leur sécurité, avec du matériel. Il a aussi proposé le parc expo à la préfecture, si elle a besoin de réquisitionner un espace pour stocker ou organiser des campagnes de dépistage. « Je n’ai pas eu de demandes concrètes pour le moment », précise-t-il toutefois. « J’ai annoncé à mes équipes qu’elles seraient sûrement au chômage jusqu’au mois d’août », regrette Thomas Mouhat. Il étudie la possibilité, au moment de la levée du confinement, d’avoir une activité partielle, « pour garder le lien avec les salariés et faire un peu d’entretien ». Mais ce n’est pas certain que l’entreprise puisse l’assumer financièrement. Il regrette quand même le manque d’informations de l’État et le peu d’aide des banques. « Cela fait 5 semaines que je me bas », note-t-il, pour bénéficier des mesures du gouvernement, sur les délais ou les reports. « J’ai déjà près de 10 000 euros de frais administratifs, juste pour mettre en place les aides de l’entreprise », déplore finalement Thomas Mouhat.

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