La destitution de Nadine Mercier et Nicolas Pacquot au cœur des fractures de Pays de Montbéliard Agglomération

Cette histoire puise sa genèse dans l’élection de la nouvelle gouvernance de Pays de Montbéliard Agglomération, le 11 juillet 2020. Elle se poursuit ce jeudi 8 avril avec la destitution de deux vice-présidents, Nicolas Pacquot et Nadine Mercier. Un nouvel exemple des divisions qui fracturent l’agglomération.

Cette histoire puise sa genèse dans l’élection de la nouvelle gouvernance de Pays de Montbéliard Agglomération, le 11 juillet 2020. Elle se poursuit ce jeudi 8 avril avec la destitution de deux vice-présidents, Nicolas Pacquot et Nadine Mercier. Un nouvel exemple des divisions qui fracturent l’agglomération. Reportage.

Il est 21 h 01. Jeudi. Des applaudissements résonnent dans les travées de l’Axone, à Montbéliard, pour la seconde fois en moins de 15 minutes… Successivement, deux votes réalisés à bulletin secret des conseillers communautaires de Pays de Montbéliard Agglomération ont destitué Nicolas Pacquot et Nadine Mercier, du groupe Indépendants et Solidaires, de leur poste de vice-président de l’agglomération. Une fois le verdict tombé, la trentaine d’élus du groupe s’est levée pour leur rendre hommage.

C’est l’épilogue d’une triste soirée. D’un triste spectacle où se sont affrontés – ce n’est pas un euphémisme – deux visions très tranchées de la vie politique, de la gouvernance. Une soirée pleine de rancune. Et de rancœur. De coups politiques. Il en ressort une agglomération où les fractures sont toujours aussi béantes, même si l’exécutif, lui, espère recouvrer un peu de sérénité sans avoir à ses côtés deux voix particulièrement critiques. Depuis le retrait des délégations (notre article), une bataille rangée de communiqués de presse et de publications sur les réseaux sociaux ont animé la contrée. Juste avant la séance, la maire de Dasle, Carole Thouesny, a manifesté son rejet de l’organisation de ce conseil – compte tenu des règles sanitaires en vigueur – en publiant une vidéo où elle souhaitait « une belle mise à mort », dénonçant « les envies dévastatrices de certains qui semblent avoir pris le dessus au-delà de toutes raisons ».

Manque de « courage »

Juste avant d’être destitué, Nicolas Pacquot a repris la parole. « Avant de monter à l’échafaud, je voudrais adresser quelques remerciements », a-t-il lancé à l’assemblée. Une image de l’ambiance de la soirée. Les reproches et les critiques ont fusé. Les images invoquées pour dénoncer les griefs des uns et des autres étaient macabres. « Couper des têtes », « procès », « accusé » ou encore « dictature » ont alimenté les débats… Si l’on peut parler de débat.

Dès 19 h 30, Charles Demouge, président de Pays de Montbéliard Agglomération, avait donné le ton. « Vous avez dépassé les limites de l’acceptable », sermonne-t-il, reprochant un manque de travail et de présence sur le terrain à Nicolas Pacquot et Nadine Mercier. « Quand on fait partie d’un exécutif, il y a des règles à respecter, demande Charles Demouge. Je ne transigerai pas. » Puis de poursuivre : « Voter contre le budget, c’est dire non au développement de l’enseignement supérieur, aux politiques de transition écologique, de transition numérique. C’est  refusé le budget de sa propre commission. »

S’adressant directement à Nicolas Pacquot, il lui a reproché son manque de « courage ». « Tu es allé trop loin pour rester dans l’exécutif », glisse Charles Demouge, précisant qu’il attendait sa démission, qui n’est jamais venue. « Ce conseil est de votre responsabilité », lance-t-il finalement, pour faire taire les critiques quant à l’organisation de cet évènement, d’un coût avoisinant les 17 000 euros, et dans un contexte de renforcement des mesures sanitaires. Magali Duvernois, vice-présidente et maire socialiste d’Exincourt, note qu’on demandait justement de ces deux élus « de prendre leurs responsabilités ».

Règles sanitaires

Jeudi soir, des élus, par ailleurs soignants, se sont écharpés sur la pertinence de la tenue de cette séance. D’un côté, on dénonçait son organisation alors que la France est de nouveau confinée. De l’autre, on notait le respect des mesures barrières et l’importance de la poursuite du fonctionnement démocratique, comme à l’Assemblée nationale. Même l’effet de la blouse blanche ne portait plus. Les fractures politiques se sont immiscées partout. On a notamment assisté à une passe d’armes entre le cardiologue Renaud Fouché, vice-président à PMA, et Pascale Mercier, médecin généraliste à Sochaux.

Damien Charlet, au nom du groupe Ensemble pour PMA 72, vice-président à PMA, adjoint socialiste au maire d’Audincourt a dénoncé de « vieilles ficelles », critiquant la volonté de se faire passer pour « des martyrs ». « Il faut savoir accepter la défaite », ajoute-t-il, alors que son groupe aussi a perdu le 11 juillet, lors de l’élection de Charles Demouge. Les soutiens de Martial Bourquin, maire socialiste d’Audincourt, ont toute de même glané cinq vice-présidences (notre article). L’adjoint au maire d’Audincourt a ensuite attaqué la politique nationale, pointant du doigt La République en Marche, reprochant de manière à peine masquée la proximité entre Nicolas Pacquot et les parlementaires de La République en Marche (LREM) Denis Sommer et Frédéric Barbier. Il évoque « un déclassement généralisé » du pays de Montbéliard, « depuis le début du quinquennat ».

« On ne doit loyauté qu’à celui qui nous a choisi »

Nicolas Pacquot a insisté, de son côté, sur ce qu’est une agglomération. Ce n’est pas une mairie « que l’on administre », mais c’est une collectivité qui « se gouverne », en respectant les sensibilités et les diversités du territoire. La président « n’est pas le chef d’une majorité », appuie-t-il. Et de rappeler, que le 11 juillet, ils ont été élus à la majorité absolue, « contre vos deux candidats », interpelle Nicolas Pacquot. « Nous n’avons pas signé un accord de loyauté », insiste-t-il. Jean Fried, maire d’Allenjoie, membres des Indépendants et Solidaires, de résumer : « On ne doit loyauté qu’à celui qui nous a choisi. » « Nous payons notre liberté, notre détermination et notre refus de voter votre augmentation d’indemnités », argue Nicolas Pacquot. Et de lister les dossiers marqués par l’opacité : le conservatoire, la clinique, le dossier sur l’eau, le tourisme… « Pour une fois, la gauche et la droite travaillent ensemble », rétorque pour sa part le maire Les Républicains de Colombier-Fontaine, Matthieu Bloch, président du groupe majoritaire.

En toile de fond, on dénonce toujours les conditions d’élection du 11 juillet. « Vous avez rejeté nos mains tendues », regrette Jean Fried, alors que cinq vice-présidents ont été donnés « au faiseur de roi (Martial Bourquin, NDLR) ». « Vous n’avez jamais respecté la représentativité », glisse-t-il. Lors du premier tour du scrutin pour élire le nouveau président de PMA, Nicolas Pacquot avait terminé 2e avec 39 voix contre 45 pour Charles Demouge. Martial Bourquin avait terminé 3e (notre article).

Unanimité pour Marie-Noëlle Biguinet

À la fin de ce conseil d’agglomération exceptionnel, l’ensemble des élus de Pays de Montbéliard Agglomération a applaudit Marie-Noëlle Biguinet, maire de Montbéliard, pour lui apporter son soutien. L’élue a été insultée dans une vidéo du rappeur M2Z, publiée le 26 mars, comme en rendait compte L’Est Républicain. En marge de ce conseil d’agglomération, un élu de souffler en substances : « On n’a pas toujours ce soutien quand un élu se fait insulter par un autre. » Fragile, l’unanimité…

« Vous nous proposer de destituer deux élus que nous avons élus », s’étonne Frédéric Tchobanian, maire de Sainte-Suzanne. « Nicolas a été novateur, en proposant de nouveaux formats, comme les mini-séminaires », le défend-t-il. Pascale Mercier, élue à Sochaux, a pris fait et cause pour le bilan de Nadine Mercier. « Sa vision (pour l’agriculture, NDLR) était ambitieuse. Mais comment la soutenir avec 30 000 euros (le budget octroyé pour ses dossiers, alors qu’elle demandait 100 000 euros NDLR) », questionne-t-elle. Nadine Mercier, dans une prise de parole pleine d’émotion, a rappelé qu’elle était « toujours vivante, debout, digne et libre ». « Si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi », résume alors Agnès Martin, maire d’Allondans, en schématisant le système de pensée de Charles Demouge.

Pierre-Aimée Girardot, vice-président et maire de Longevelle-sur-le-Doubs, est venu au secours du président : « Il a un cap et un projet pour l’agglomération », assure-t-il, reprochant au groupe Indépendants et Solidaires de se croire « trop beau ». « Cessez l’opposition systématique », insiste-t-il.

Le 11 juillet, en ouverture du conseil communautaire, Albert Matocq-Grabot, maire de Sochaux et qui présidait la séance, avait demander de « faire bloc » derrière celui qui serait élu. Quel qu’il soit. Neuf mois plus tard, la recette n’a pas encore été trouvée. La destitution de Nicolas Pacquot a été approuvée avec 62 voix pour, 42 contre et 7 abstentions. Celle de Nadine Mercier à 61 voix pour, 45 contre et 6 abstentions. Aucun autre vice-président n’a été élu. Ils resteront treize. « Quelle image donne-t-on à nos habitants », se sont étonnés de nombreux élus, de tous  bords. Certains parlant même de « honte ». Là-dessus, tout le monde est d’accord.

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