Bernard Bensaid : « Nous offrons la bonne solution »

Bernard Bensaid, président et fondateur de Doctegestio.

Le président et fondateur de Doctegestio, un groupe qui rayonne dans l’univers de la santé, du médico-social, mais aussi de l’immobilier et du tourisme solidaire accorde une interview exceptionnelle au Trois, après la reprise de l’association Servir, qui gère notamment l’Ehpad La Rosemontoise. Il détaille les grandes lignes de son projet. Il est convaincu d’offrir la bonne solution aux tutelles pour reprendre la gestion de cette association en difficulté.

 

Le président et fondateur de Doctegestio, un groupe qui rayonne dans l’univers de la santé, du médico-social, mais aussi de l’immobilier et du tourisme solidaire, accorde une interview au Trois, après la reprise de l’association Servir, qui gère notamment l’Ehpad La Rosemontoise. Il détaille les grandes lignes de son projet. Il est convaincu d’offrir la bonne solution aux tutelles pour reprendre la gestion de cette association en difficulté.

Vous venez d’être élu président du conseil d’administration de l’association Servir, qui gère notamment l’Ehpad de la Rosemontoise à Valdoie. Pourquoi avoir choisi d’intégrer l’association ?

Notre groupe est spécialisé dans la reprise de structures en difficulté ; l’association Servir l’était. Nous avons vocation à être un opérateur global sur tous les territoires, un opérateur global de santé et un opérateur médico-social. Nous avons repris un très grand nombre d’établissements en France lors des 10 dernières années ; et nous reprenons souvent par voie d’adossement. Nous reprenons le contrôle juridique de ces structures.

Présentez-nous le groupe Doctegestio…

Aujourd’hui, Doctegestio, ce sont 12 000 salariés, 332 établissements, une vingtaine de cliniques, une vingtaine d’Ehpad, 80 services d’aides à domicile, 25 services d’infirmières à domicile, 20 centres dentaires, dix centres médicaux.

Vous êtes mathématicien à la base…

Oui, je suis mathématicien, économiste, chercheur. J’ai arrêté l’enseignement il y a, à peu près, 15 ans, pour me consacrer totalement au développement du groupe. Il a commencé à se développer à partir des années 2007-2008, au moment de la première crise.

Quand avez-vous créé ce groupe et avec quelle volonté initiale ?

J’ai créé le groupe il y a 20 ans. C’était une start-up sur les tablettes… Mais cela n’avait rien à voir.

Qu’est-qui vous a fait changer de voix ?

C’est le hasard de la vie. Les rencontres. Un succès. Puis une deuxième rencontre. Un succès plus important…

En 10 ans, vous avez eu un rythme de croissance important…

Lors des 10 dernières années, nous avons fait, en moyenne, pratiquement 25 % de croissance par an de chiffre d’affaires. A peu près pareil sur le nombre de collaborateurs.

« Le terrain politique n’est pas notre sujet. Nous sommes des opérateurs sérieux qui essayons de remettre les établissements sur le bon chemin ; pour que les familles soient rassurées, pour que les résidents soient bien, pour que les collaborateurs se sentent bien »
Bernard Bensaid, président et fondateur de Doctegestio.
Bernard Bensaid
Président et fondateur de Doctegestio

L’association Servir gère notamment l’Ehpad de La Rosemontoise, à Valdoie, qui a été pointé du doigt ces derniers mois dans sa gestion quotidienne, mais aussi dans sa gestion de la crise sanitaire. Quel est votre constat sur ces difficultés ?

Je suis un peu surpris. L’Ehpad a connu un rapport d’évaluation externe, en février 2019, qui ne pointait aucun dysfonctionnement grave. Ensuite, il y a eu un constat partagé avec l’agence régionale de santé (ARS) Bourgogne-Franche-Comté et le conseil départemental du Territoire de Belfort en janvier 2020. Ce constat partagé ne note pas non plus de dysfonctionnements. Quatre mois plus tard, c’est la catastrophe et on met une administration provisoire. On la renouvelle une fois, deux fois, trois fois.

Votre prédécesseur à la présidence de l’association Servir, Éric Goldschmitt, dénonçait il y a quelques semaines « une machinerie politico-politicienne » et souhaitait « mettre le conseil départemental au pas », notamment avec votre arrivée. Est-ce votre position ?

Le terrain politique n’est pas notre sujet. Nous sommes des opérateurs sérieux qui essayons de remettre les établissements sur le bon chemin ; pour que les familles soient rassurées, pour que les résidents soient bien, pour que les collaborateurs se sentent bien. Il faut que tout le monde sorte positivement de la crise. C’est notre spécialité. Nous ne sommes pas là pour faire de la politique. Je ne sais pas à quoi monsieur Goldschmitt fait référence. J’ai simplement eu ces surprises. J’ai lu les rapports de l’administrateur provisoire. Le premier n’était pas forcément très violent. Le deuxième ne note pas non plus d’écarts majeurs ; les écarts, ce sont les dysfonctionnements entre ce que prévoit le code de l’action sociale et des familles et les observations des administrateurs. Il n’y a pas d’écarts majeurs. Il y a beaucoup de recommandations. Mais des recommandations, ce sont des recommandations. Et il y a quelques remarques, mais il n’y a pas d’écarts. Ce qui est grave, c’est quand il y a des écarts. Et quand il y a des écarts, généralement, les administrations provisoires sont justifiées.

À la suite du décès d’une trentaine de résidents et d’une aide-soignante de La Rosemontoise, une information judiciaire a été ouverte. Quel regard portez-vous sur cette situation ?

C’est normal, quand il y a beaucoup de décès sur une très courte période, que tout le monde s’inquiète. Je n’ai pas d’informations sur les suites de cette information judiciaire. Nous savons qu’il y a eu beaucoup de décès dans les Ehpad en France ; les décès dans les Ehpad représentaient un tiers des décès [dus à la covid-19]. On sait que c’est un territoire qui a été très touché pendant la crise. Nous avons aussi des Ehpad dans des territoires qui ont été très touchés. Notre premier Ehpad est en Haute-Savoie, à Val Montjoie ; c’est le lieu où le covid est apparu en France. Nous avons eu un cas parmi nos salariés, mais tout de suite il a été mis en quarantaine et tout le monde a été testé. Il n’y a pas eu de décès. Une grosse partie de nos Ehpad sont également en Moselle, qui a été très touchée. Comme nous sommes dans le monde sanitaire, nous nous sommes rendus compte de la gravité de la crise et nous avons confiné les Ehpad 15 jours avant la date officielle de confinement. Nous avons pu éviter beaucoup de décès. Mais tout le monde n’a pas eu cette chance. C’est là où l’opérateur global l’emporte sur les opérateurs territoriaux et surtout sur les opérateurs qui n’ont qu’un seul métier. En ayant la vision globale et la vision sur tous les territoires, nous sommes en général mieux placés pour anticiper ce genre de crise et pour réagir.

La semaine dernière, le conseil départemental a retiré la gestion de la maison d’enfance à caractère social (MECS) à l’association Servir. Quelle est votre réaction vis-à-vis de cette décision du Département ?

Nous avons repris les rênes il y a moins de trois semaines. Nous essayons de défendre les intérêts de l’association ; c’est notre rôle comme nouveau gestionnaire. Nous ferons tout pour défendre ses intérêts. Je pense que le Département a pris sa décision avant de nous rencontrer et que nous puissions lui proposer un plan d’actions.

Justement, qu’ont donné vos premiers échanges avec l’ARS et le conseil départemental ?

Ce sont des échanges qui ont été très constructifs. Notre proposition, aussi bien à l’ARS qu’au Département, c’est un plan d’actions où, numéro un, nous sortons de l’administration provisoire assez rapidement. Toute le monde est épuisé. Les familles sont épuisées. Les salariés sont épuisés. Les résidents ne comprennent pas très bien et ne veulent pas que ça change ; ils ne veulent surtout pas être déplacés. Il peut, souvent, y avoir un vrai traumatisme. Numéro 2, nous proposons un plan d’actions très détaillé pour suivre toutes les recommandations – il y en a 44 – qui ont été faites dans le rapport provisoire de l’administrateur provisoire. Et nous proposons un contrôle renforcé ; ce que nous appelons un contrôle renforcé, c’est un contrôle tous les mois avec le conseil départemental et l’ARS où l’on montre ce que l’on a fait. Nous proposons également, peut-être pour tirer un trait sur la faute à pas de chance, de changer le nom de l’association. Et, éventuellement, de changer le nom de l’Ehpad.

« Nous proposons également de changer le nom de l’association et, éventuellement, de changer le nom de l’Ehpad »
Bernard Bensaid, président et fondateur de Doctegestio.
Bernard Bensaid
Président et fodnateur de Doctegestio

Pour essayer de reconstruire ?

Pour reconstruire… Il y a une partie des recommandations et des remarques qui ont été faites dans le rapport provisoire qui concerne l’immobilier. Il n’a pas toujours été complètement entretenu ; il y a des chambres qui présentent encore un confort intermédiaire, dans lequel on peut encore avoir des problèmes de légionellose, mais c’est assez classique dans les vieux bâtiments. On propose au Département et à l’ARS de faire ces travaux sur une période courte.

Il y a plusieurs semaines, le conseil départemental, pour la reprise de l’association, militait pour une association à caractère non lucratif et locale. En lisant cette envie, cela vous exclut totalement. Aujourd’hui, sentez-vous que ce désir est toujours d’actualité ou que quelque chose peut-être construit avec vous ?

Nous pensons que quelque chose peut être construit. Nous avons les avantages du local sans avoir les inconvénients du global. Nous sommes locaux car l’association Servir est locale. Les salariés sont locaux. C’est une association qui est sur le territoire depuis 50 ans, qui est connue. Elle a rendu service au territoire. La crise covid est arrivée. Personne ne peut dire qu’il y a eu trente morts parce que les salariés de l’association n’ont pas fait leur travail. Ou parce que la gouvernance n’a pas fait le travail. On ne sait pas pourquoi dans un établissement on est touché ; et pourquoi dans un autre établissement on n’est pas touché. Pourquoi sur un territoire on est touché et pourquoi sur un autre territoire on n’est pas touché. Personne ne peut dire pourquoi. Quand on voit cette évaluation externe 2019 et ce constat partagé de janvier 2020, on voit bien que rien n’indiquait que la catastrophe allait se passer. L’association reste locale. En même temps, nous avons le regard du global. C’est très intéressant. Ce regard permet de voir les choses de plus loin, de mettre plus de moyens dès qu’il y a un dysfonctionnement, d’investir sur l’établissement, en particulier sur l’immobilier. Et enfin, le groupe est aujourd’hui un groupe puissant, avec 12 000 personnes. Nous faisons presque 600 millions d’euros de chiffre d’affaires. Nous sommes très intéressés par ce territoire. Nous avons failli racheter la clinique de la Miotte il y a 4 ans. Nous voulons investir. Nous savons que la crise est compliquée et qu’elle ne va pas épargner le territoire. Si nous pouvons créer des emplois – quelques dizaines, peut-être même cent emplois – nous le ferons. Dans l’intérêt partagé de toutes les parties, je pense que nous offrons la bonne solution.

L’image du groupe Doctegestio est particulièrement négative. On trace de vous un portrait sulfureux et un portrait de financier. On vous reproche de récupérer des établissements en difficulté et de ne rechercher que le profit au détriment du soin. Que répondez-vous à ce portrait peu élogieux ?

Trois points. Premièrement, en France, on n’aime pas le succès. Deuxièmement, c’est sûr que nous dérangeons car nous réussissons là où ceux qui géraient précédemment ont échoué. Et troisième point, nous dérangeons aussi les acteurs de l’économie sociale et solidaire ; nous sommes essentiellement un acteur de l’économie sociale et solidaire puisque nous reprenons les statuts associatifs et les statuts mutualistes. Nous venons de reprendre l’hôpital mutualiste de Grenoble (Le Groupe hospitalier mutualiste (GHM) de Grenoble, NDLR), avec 1 400 salariés. Et nous gardons le statut mutualiste. C’est très dur pour les acteurs du monde de l’économie sociale et solidaire de voir qu’un nouvel acteur rentre et réussisse là où ils ont échoué. [Ensuite] ce n’est pas du tout notre objet de faire des profits. La meilleure preuve, c’est que nous n’en faisons pas depuis plusieurs années. Quand vous reprenez des établissements en difficulté, ce n’est pas le plus facile pour gagner de l’argent. Le groupe n’a jamais distribué de dividendes en 20 ans. Nous avons toujours tout réinvesti. Nous n’avons pas de fonds d’investissement au capital ; nous n’avons pas de capital à rémunérer. C’est un groupe familial, détenu à 90 % par ma femme et moi. Je suis très tranquille par rapport à ces attaques.

Est-ce le groupe qui rentre dans l’association Servir ou l’association qui intègre le groupe ? Comment cela s’articule-t-il juridiquement ?

L’articulation juridique est très simple. Ce sont bien des personnes morales du groupe qui sont rentrées au conseil d’administration de l’association. Aujourd’hui, le conseil d’administration de l’association est contrôlé par des personnes morales du groupe : le groupe lui-même, Doctegestio ; l’association Amapa, une importante association du médico-social ; et l’association DGhelp (elle regroupe les fonctions supports des métiers du médico-social, NDLR). La gouvernance de l’association, aujourd’hui, c’est le groupe Doctegestio. Les liens financiers sont très simples. Lorsque le groupe apporte des fonctions et des moyens supports, il facturera à l’association au prix de marché.

Comment cela se passe pour les bâtiments qui appartiennent à l’association ?

Les bâtiments n’ont jamais appartenu à l’association Servir. Ils ne nous appartiennent pas non plus. Ils appartiennent à une association qui était historiquement « cousine ». Maintenant, elle n’a plus rien à voir avec nous. Cette association propriétaire des bâtiments, l’association AFM (association fraternelle mennonites, NDLR), doit le clos et le couvert à l’association Servir qui est locataire ; nous envisageons de réaliser les travaux qui sont imposés par l’administration provisoire sur ces bâtiments, quitte à ce qu’on se retourne sur l’association propriétaire.

« Dans l’intérêt partagé de toutes les parties, je pense que nous offrons la bonne solution »
Bernard Bensaid, président et fondateur de Doctegestio.
Bernard Bensaid
Président et fondateur de Doctegestio

Le caractère confessionnel de l’association Servir a interpellé au cœur de la crise sanitaire. Comment le groupe Doctegestio se situe dans ce cadre ?

Nous ne sommes pas un groupe confessionnel, vous l’avez compris (rire). Nous sommes professionnels, pas confessionnels (rire). À partir du moment où nous avons le contrôle de l’association – nous avons la majorité au conseil d’administration – Servir ne peut plus porter une valeur confessionnelle ; c’est impossible. Par contre, nous sommes un groupe où la bienveillance est une vraie valeur. Où les valeurs humanistes sont importantes. Et là, nous sommes compatibles avec les valeurs de l’association Servir. Tant que ces valeurs sont les mêmes, cela ne m’ennuie pas. Et si nous rentrons dans des structures juridiques où il n’y a pas de bienveillance, nous allons y introduire de la bienveillance. La bienveillance est à tous les niveaux. Les salariés doivent bien sûr être bienveillants à l’égard des résidents, des familles. Ça veut dire aussi que les fonctions supports, dont celles du groupe, sont bienveillantes vis-à-vis des salariés. Nous savons très bien que si vous voulez une bonne prise en charge des résidents, il faut que les salariés soient bien. Nous sommes là pour que les salariés soient bien et qu’au final les résidents soient bien et les familles soient bien.

Quand est-ce que nous aurons une visibilité sur le projet pour les établissements de l’association Servir, dans le Territoire de Belfort, le Doubs et la Haute-Saône ?

La dernière administration provisoire de La Rosemontoise finit le 7 novembre. Nous espérons que la décision du Département et de l’ARS sera favorable pour mettre en œuvre notre plan d’actions. Dès que nous serons aux commandes complètement – aujourd’hui nous ne sommes pas aux commandes – nous pourrons construire, avec le rapport définitif de l’administrateur provisoire, le plan d’actions définitifs. Nous pourrons alors vous reparlez et vous dire comment on voit les choses. Nous irons et j’irai au-devant des familles, qui ont été très touchées pendant la crise, dès que je pourrai organiser un rendez-vous avec elles. Et j’espère dès la semaine prochaine.

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