Alexis Polin : « Les entreprises sont un maillon essentiel de la réserve »

L’école supérieure des technologies et des affaires (Esta) a regroupé le 27 octobre les différents corps de la Garde nationale, qui cherchent à renforcer leurs effectifs de réservistes. L’occasion de découvrir la place clé occupée par l’entreprise dans cet engagement. Elles peuvent bénéficier de déductions d’impôts si elles le soutiennent.
Alexis Polin, correspondant réserve-entreprise-défense. | ©Le Trois – Thibault Quartier
L’école supérieure des technologies et des affaires (Esta) a regroupé le 27 octobre les différents corps de la Garde nationale, qui cherchent à renforcer leurs effectifs de réservistes. L’occasion de découvrir la place clé occupée par l’entreprise dans cet engagement. Elles peuvent bénéficier de déductions d’impôts si elles le soutiennent.

1871. La France se relève de la défaite de Sedan. Et de ses illusions perdues. Belfort est l’un des rares témoignages d’un glorieux fait d’arme de cette guerre. Le pays, lui, doit se reconstruire. Si la IIIe République est née de cette défaite, il en est de même pour le régime de la réserve. « La déroute de 1870 a mis en exergue la fragilité de l’armée française sans force supplémentaire de réserve », indique la présentation de la Garde nationale, structure créée en 2016 par le président de la République François Hollande, au lendemain des attentats, afin de fédérer tous les corps de réserves. La Garde nationale, clin d’œil à la milice créée sous la Révolution française, est une porte d’entrée unique, « qui répondait au désir d’engagement des Français après l’émotion des attentats », rappelle Alexis Polin, correspondant réserve-entreprise-défense (Cred) du Territoire de Belfort, par ailleurs directeur des ressources humaines de Lisi automotive, une entreprise labellisée « partenaire de la défense ».

Aujourd’hui, on compte près de 77 000 réservistes opérationnels en France. La Garde nationale ambitionne de regrouper prochainement 85 000 volontaires. La Garde nationale dispose d’une double tutelle, entre le ministère des Armées (armée de terre, Marine nationale, Armée de l’air et de l’espace, direction générale de l’armement, service de santé des armées…) et le ministère de l’Intérieur (Gendarmerie nationale et police nationale). 40 % des réservistes sont gendarmes, 30 % sont dans l’armée de terre, 8 % dans la Marine nationale, 8 % dans l’armée de l’air, 9 % dans la police et 5 % dans d’autres services. 38 % ont moins de 30 ans.

modalités

  • Être de nationalité française
  • Avoir plus de 17 ans
  • Avoir satisfait aux obligations du service national
  • Ne pas avoir fait l’objet de condamnation pénale ou de sanction disciplinaire prévue par le code de la défense
  • Être déclaré apte médicalement

Les réservistes complètent les effectifs et interviennent par exemple dans les pics d’activité. Ils ont beaucoup participé, par exemple, aux missions de l’opération Sentinelle, lancée en janvier 2015, à la suite des attentats à Charlie Hebdo. Les réserves ont un rôle opérationnel important. « C’est un complément de ressources humaines », observe Alexis Polin.

Conventions

En moyenne, les réservistes servent 32 jours par an. Cette activité est menée en partie sur du temps libre, mais aussi en partie sur du temps de travail. « Le droit français accorde 5 jours par an pour la réserve sur le temps de travail, indique Alexis Polin, et 8 jours pour les entreprises de plus de 250 salariés. » C’est une obligation. Le salarié-réserviste a cependant un délai de prévenance de son employeur quant à sa future absence. Dans ce cadre « minimal », le salarié n’est pas payé par l’employeur et il reçoit une solde pour sa réserve ; la solde est équivalente à un militaire d’active, à grade équivalent.

Entre les 5 jours minimums de libération de l’employeur et la moyenne de 32 jours d’engagement du réserviste, cela laisse un delta important ; le réserviste prend donc sur ses jours de congés. Ce qui peut constituer un frein à l’engagement. Ou le limiter. Mais l’entreprise peut convenir d’octroyer plus de jours à ses salariés pour être réserviste. Et c’est l’objet du Cred : « Inciter les entreprises à accorder des facilités à leurs salariés pour être réserviste », explique Alexis Polin. « Les entreprises sont un maillon essentiel de la réserve », résume-t-il.

Il existe des conventions, dans lesquelles l’entreprise détermine le nombre de jours maximum où elle libère le salarié et le régime du salaire : est-ce qu’elle le maintient entièrement, indépendamment de la solde ? Est-ce qu’elle compense la solde pour que le salarié n’ait pas de perte de rémunération ? Il peut aussi y avoir des paliers dans cette logique, avec un maintien total du salaire au départ, puis plus rien au-dessus d’un certain temps d’engagement. Dans la fonction publique, indique Alexis Polin, il y a un cumul du traitement et des salaires les trente premiers jours. La convention peut aussi baisser le délai de prévenance pour quitter son poste. Si l’entreprise maintient le salaire ou octroie une compensation pour maintenir le niveau de salaire, elle peut bénéficier d’une réduction d’impôt sur les sociétés sur cette somme, au titre du mécénat.

Un lien entre civils et militaires

En dehors de cet avantage fiscal, la convention ne confère pas d’avantages « commerciaux » à l’entreprise, dans les appels d’offre par exemple. Par contre, cela montre « son engagement », relève Alexis Polin. C’est aussi une culture d’entreprise que les dirigeants peuvent cultiver et une dynamique de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) qu’elles peuvent engager, comme le souligne Fabien Hazbroucq, dirigeant de la société Trinaps (lire notre article sur ses 15 ans), qui a signé ce type de convention pour l’un de ses salariés. 

En signant ce type de convention, l’entreprise est reconnue « partenaire de la défense », un titre qu’elle peut communiquer. Une dizaine de structures le sont dans le Territoire de Belfort, à l’instar de l’école supérieure des technologies et des affaires (Esta), de l’université de technologie Belfort-Montbéliard (UTBM), de l’IUT Nord Franche-Comté, Lisi, VMC pêche, de la société Trinaps et depuis peu, Becker Electronique, à Beaucourt. L’entreprise, qui travaille pour l’aéronautique, mais aussi le secteur de la défense, reçoit beaucoup de commandes publiques. Faciliter la libération d’un salarié réserviste, c’est aussi « une manière de renvoyer l’ascenseur », observe Jean-Paul Leroy, directeur commercial de cette PME de 17 salariés et ancien militaire. Cela permet aussi d’affirmer le côté « patriote » de la société. Et « cela crée un lien entre le monde civil et le monde militaire », estime Alexis Polin.

Grâce à la réserve, la Garde nationale recrute également des compétences spécifiques et pointues, en informatique par exemple, en cyber-sécurité aussi. On peut par ailleurs intervenir en qualité d’expert au sein du service d’infrastructure de la défense ou de la direction générale de l’armement. À l’opposée, la réserve, « c’est une opportunité pour les gens de développement personnel, d’épanouissement », insiste la Garde nationale. Les réservistes acquièrent de nouvelles compétences, utiles en entreprise, autour de la confiance en soi, de la prise de décision par exemple. « Quand on sait faire des tirs dynamiques avec un arme, en général, on a la tête bien faite », observe Jean-Paul Leroy. « C’est se faire le cadeau d’une vie de plus », indique Alexis Polin, en reprenant le mantra de la Garde nationale : « Mettez plus de vie dans votre vie. » Et dans votre entreprise ?

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