Symboliquement, le place Corbis de Belfort va changer de nom et prendre celui d’une femme. Cette initiative intersyndicale aura lieu samedi 7 mars à l’occasion de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes. La CFDT, CGT, FSU, Sud Éducation, les syndicats lycéens MNL et USL accompagnés des associations la Ligue des droits de l’homme, Amnesty International et le collectif Fiertés 90 se sont mis d’accord sur un nom : Chantal Henny. Depuis l’âge de 15 ans, elle a été syndicaliste sur le site belfortain d’Alstom. « Elle a eu des mandats comme déléguée du personnel, déléguée syndicale, représentante du personnel », liste Sabine Verdant de la CGT.
« Ce n’est pas souvent qu’avec les syndicats on est tous ensemble », ironise Sabine Verdant, avec un tee-shirt violet floqué : « Sorcières féministes sales connes ». Mais un sujet met d’accord l’ensemble des organismes : les droits des femmes. Elvire Celma, co-secrétaire départementale du SNES-FSU, le souligne : ces manifestations permettent de donner une autre image des syndicats. « On agit dans les administrations et les entreprises, mais aussi dans la société civile. »
Des syndicats pour mieux comprendre ses droits
« Le militantisme donne une autre vision du droit de la femme », souligne Mélanie Meier, secrétaire générale adjointe de URI CFDT Bourgogne-Franche-Comté. Pour elle, s’engager dans un syndicat est vecteur d’émancipation pour les femmes. « Cela permet de comprendre quels droits on a et quelle place on a en tant que femme dans la société », complète-t-elle.
Des propos confirmés par Sabine Verdant. Syndiquée depuis 30 ans, elle l’assure, cela a changé sa vie. « Il ne faut pas oublier que les syndicats sont des organismes de formation », explique-t-elle. À force de participer à des débats, des conférences, des réunions, elle finit par appréhender « l’écosystème et les lois » qui l’entoure. « Ça ouvre des portes intellectuelles et culturelles. »
Les deux grands syndicats français dirigés par des femmes
« Si j’ai un conseil à donner aux femmes, c’est : syndiquez-vous », affirme Mélanie Meier. D’ailleurs, Dominique Heidet, délégué syndical CFDT de la fondation Arc-en-Ciel, le souligne : les deux grands syndicats français sont dirigés par des femmes. Sophie Binet est à la tête de la CGT et Marylise Léon, à la tête de la CFDT.
Sabine Verdant l’a remarqué au fil des années, les comportements au sein des syndicats ont eux aussi changé. Elle se souvient de l’époque où la parité a été imposée dans les commissions exécutives. « Il y avait des débats sur le fait de mettre une femme pour mettre une femme. J’en avais les oreilles qui saignaient. » Aujourd’hui, la question ne se pose plus. Mieux encore, Sabine Verdant observe que les hommes portent de plus en plus les revendications féministes. « Ils ne vont pas avoir peur d’aller distribuer des violentomètres dans les ateliers. »
À la CGT, 40 % des syndicalistes sont des femmes. « On essaye d’y travailler », affirme Sabine Verdant. Un chiffre plus élevé dans certains secteurs où le taux de féminisation est plus important, comme celui de l’éducation.
Des luttes féministes toujours en cours
Même s’il y a des améliorations dans le militantisme féministe (lire notre article), d’autres aspects sont menacés. Virginie Brignoli, déléguée syndicale de Sud éducation, déplore le renouveau du masculinisme et la multiplication des attaques faites à l’encontre des associations féministes. « Il y a des groupes d’extrême droite qui instrumentalisent cette lutte pour en réalité faire de la politique », regrette-t-elle.
« Cette journée permet de faire appliquer les droits existants et d’en gagner d’autres », rappelle Elvire Celma. Des combats restent encore à mener (lire notre article), notamment au niveau du travail. Sabine Verdant confirme ces propos en listant quelques chiffres : 67 % des personnes percevant le salaire minimum interprofessionnel de croissance (Smic) sont des femmes, 86 % des temps partiels sont occupés par des femmes et les retraites des femmes sont 47 % moins élevées que celles des hommes.
Les dates à retenir
Jeudi 5 mars
- 20h15 : Kinépolis Belfort : diffusion film documentaire Précieuse(s)
Samedi 7 mars
- 11h : Départ de la manifestation devant la Maison du Peuple
- 12h : Baptême de la place Corbis avec animations et village féministe
- 14h : Intervention d’une école de danse