Par Emilien HOSTYN – AFP
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, qui a présidé mardi une nouvelle cellule interministérielle de crise, a précisé que les noyades enregistrées depuis le 18 juin concernaient « essentiellement des jeunes », déplorant « un triste fléau ». Le phénomène n’est pas nouveau. Durant l’été 2025, 409 personnes sont mortes par noyade en France, en hausse de 16% par rapport à 2024, selon Santé publique France. Parmi les victimes figuraient 57 enfants et adolescents.
"Pas anodin"
Dimanche soir, c’est un résident d’une maison de retraite de 74 ans, se déplaçant en fauteuil roulant, qui est mort noyé dans la Loire, à Pouilly-sous-Charlieu. À Besançon, ce sont deux adolescents de 11 et 13 ans qui se sont noyés dans le Doubs au cours du week-end (lire notre article), poussant le maire Ludovic Fagaut (LR) de la ville à « renforcer la signalétique et les patrouilles » aux abords de cette rivière « dangereuse ».
Les autorités alertent sur la tentation de chercher la fraîcheur de l’eau dans des aires non surveillées voire interdites à la baignade. « Ce n’est pas anodin, par des épisodes de canicule comme cela, d’aller se baigner dans des zones qui ne sont pas surveillées », a déclaré sur France Inter la ministre des Sports Marina Ferrari. « Il faut vraiment respecter les zones qui sont surveillées. On voit par exemple des jeunes qui sont dans des canaux… Il faut faire très attention aux points où on va prendre l’eau », a-t-elle poursuivi. À Paris ou alentours, plusieurs canaux sont pris d’assaut l’après-midi, et pas seulement le canal Saint-Martin où la baignade est autorisée de manière anticipée depuis le 17 juin.
"Gestes essentiels"
La ministre a « rappelé les consignes de sécurité » et « gestes essentiels », comme le fait de « rentrer progressivement dans l’eau ». « Quand le corps subit un tel choc thermique, il faut faire extrêmement attention ». Autre point d’attention : la consommation d’alcool. « Sur la Fête de la musique, on n’a pas eu à déplorer d’événement majeur, ça veut dire que les gens ont été responsables par rapport à la prise d’alcool notamment, mais on sait que alcool et baignade, ça fait très mauvais ménage », a souligné Mme Ferrari.
Pour Axel Lamotte, membre du comité directeur de la Fédération française des maîtres-nageurs sauveteurs (FFMNS), « trop de baigneurs surestiment leurs capacités ». Or « en milieu naturel, l’eau comporte de nombreux risques, les nageurs paniquent facilement ». Pour les autorités comme pour les maîtres-nageurs, l’apprentissage de la natation est un enjeu majeur.
« Le problème devient gravissime. On milite pour un brevet de sûreté aquatique que devraient passer tous les élèves d’école primaire, et qui serait revalidé au collège », souligne Axel Lamotte. Mais « le métier de maître-nageur devient un métier en tension, il faudrait 30% d’effectifs supplémentaires ». « Nous devons conduire un travail de longue haleine autour de l’apprentissage de la natation, (…) autour de l’aisance aquatique ou le savoir-nager », a déclaré la ministre mardi après-midi devant les députés.
Sur la formation des maîtres-nageurs et des sauveteurs, elle a annoncé que « d’ici le début de l’été, une refonte du brevet national de sécurité et de sauvetage aquatique va entrer en oeuvre afin d’élargir les missions des sauveteurs ». La ministre des Sports pointe aussi au micro de France-Inter « un problème d’entretien de nos piscines, notamment en milieu rural, avec une inquiétude qui est de voir certains établissements d’apprentissage de la natation qui ferment ».
« Les piscines sont âgées et il y a des communes qui ne sont plus en capacité d’entretenir » ces lieux, ajoute Marina Ferrari. La ministre assure que « l’État est aux côtés des collectivités pour financer ces équipements » et relève que dans les crédits d’investissement de l’Agence nationale du sport, les piscines sont « fléchées en priorité ».

