En 2025, les pompiers du Territoire de Belfort ont réalisé 10 308 interventions, en hausse de 2,25 % par rapport à 2024 (227 interventions en plus) ; depuis 2022, ce volume est plutôt stable. Le secours d’urgence représente 80,45 % de l’activité opérationnelle. Les incendies pèsent 6,46 % de l’activité (666 interventions) et les accidents de la route 5,49 % (566 interventions) ; sur la dernière décennie, l’activité incendie a reculé de deux à trois points, selon les années.
Ces évolutions des interventions demandent aux pompiers d’adapter le schéma départemental d’analyse et de couverture des risques (Sdacr). Une nouvelle édition vient d’être publiée ; la dernière datait de 2012. « C’est la boussole ! » indique Alain Charrier, préfet du Territoire de Belfort, pour expliquer l’intérêt du document. Le Sdacr a été rédigé grâce à l’appui d’un cabinet de conseils. De ce document sera rédigé le règlement opérationnel, qui conditionne les moyens alloués et les manières de s’engager.
Le Sdis 90 en chiffres
> 121 sapeurs-pompiers professionnels
> 398 sapeurs-pompiers volontaires
> 23 personnels administratifs
> 41 870 appels reçus au centre de traitement de l’alerte ; près de 25 % entrainent une intervention des pompiers
Depuis 10 ans, les risques exposant le département ont évolué. Comme partout en France, il est fragile face aux dérèglements climatiques. « Les évolutions climatiques se sont amplifiées, accélérées », convient Florian Bouquet, président du conseil départemental du Territoire de Belfort, qui rappelle que la départementalisation des pompiers célèbrent cette année ses 30 ans et qu’elle a été « extrêmement profitable dans la structuration de notre modèle de secours ».
Les pompiers de Belfort mettent 11 minutes pour arriver sur les lieux
Le dérèglement climatique peut se caractériser par des problèmes de sécheresse (restriction d’eau, vulnérabilité des plus fragiles), des vagues de chaleur, un risque accru d’incendies d’espaces naturels, comme l’a montré l’incendie de Masevaux il y a quelques semaines (lire notre article). Le département est concerné aussi par le risque d’inondations ou les épisodes de grêles ou de tempêtes, comme l’ont subi les Eurockéennes en 2022. Autre évolution : l’adaptation industrielle, avec l’arrivée de l’électrification massive du parc automobile, le déploiement de l’hydrogène, auquel ont été confrontés les pompiers belfortains lors de l’incendie à Optymo (lire notre article) ou avec l’installation d’une ferme solaire. Ces nouveaux risques technologiques sont à considérer. Dernier élément prégnant de l’évolution : le vieillissement de la population. D’autres risques demeurent, notamment autour de l’axe routier qu’est l’A36, véritable colonne vertébrale de mobilité vers l’Est de l’Europe.
Chaque jour, ce sont 27 interventions réalisées en moyenne par les pompiers, qui arrivent sur les lieux de l’intervention en 11 minutes et 12 secondes, en moyenne, depuis l’appel. L’une des meilleures performances en France. 90 % de la population du département est couverte en moins de 20 minutes par les pompiers et plus de 99 % en moins de 25 minutes. « Le Sdis 90 est performant, salue le colonel Stéphane Berrez, directeur départemental adjoint, en regardant la photographie proposée par le Sdacr. Nous disposons de tous les moyens nécessaires pour couvrir l’activité opérationnelle. »
Pour répondre aux nouveaux enjeux, 19 objectifs ont tout de même été identifiés par les pompiers, regroupé autour de trois thématiques : optimiser, mutualiser et collaborer. Pour ce dernier point, cela invite notamment à renforcer les liens avec les départements voisins, afin de disposer de moyens complémentaires, mais aussi d’accroitre les liens avec les entreprises, en signant par exemple des conventions de disponibilité des pompiers volontaires ; 41 ont été signées ces dernières années.
Cette dynamique est d’autant plus importante, qu’une campagne encourageant l’engagement comme pompier volontaire va être renforcée. Il y a une vraie volonté de « muscler », dixit le colonel Berez, ce recrutement. Les pompiers du département affrontent un problème de disponibilité des pompiers volontaires en journée, alors que l’activité opérationnelle est la plus forte. Inversement, la disponibilité est forte à partir de 18h, alors que l’activité diminue. C’est l’un des points identifiés par ce Sdacr.
Chaque année, le conseil départemental engage plus de 18 millions d’euros, dont 15 millions d’euros pour le fonctionnement du Sdis et 3 millions d’euros d’investissement.
Des syndicats "attentifs"
La réalisation du Sdacr par un cabinet extérieur surprend Sébastien Boillot, du syndicat autonome. Il doute de « l’objectivité » du document, alors que le cabinet répond à une commande. Il redoute que les chiffres aient été « biaisés » pour ensuite diminuer les effectifs, dans le règlement opérationnel ; il s’en était ému auprès du préfet, dans une lettre (lire notre article). Le syndicat n’a pas voté en faveur de ce Sdacr. Il estime qu’il y a une surutilisation des hommes et que la réponse opérationnelle tient notamment dans le département grâce aux deux casernes de l’agglomération, à cause des problèmes de disponibilité observés chez les volontaires. Il note aussi que tous les postes du tableaux des emplois, budgétisés (157), ne sont pas pourvus. « Nous serons attentifs à la déclinaison du Sdacr dans le règlement opérationnel », note, de son côté, Francis Erard, pour Avenir Secours. « Le financement est un gros sujet », ajoute-t-il, vigilant sur les moyens alloués. « On sera force de proposition », assure Francis Erard. Il confirme la faiblesse d’effectif et les postes vacants et estime également que le recours à un cabinet est un gaspillage d’argent public.

