Le président ou la présidente de Pays de Montbéliard Agglomération (PMA) va être élu ce vendredi 24 avril. Les 113 conseillers communautaires sont appelés aux urnes pour désigner le successeur de Charles Demouge, président de l’agglomération depuis 2015. Trois candidats sont officiellement en lice : Gilles Da Costa (lire notre article), Magali Duvernois (lire notre article) et Pierre-Aimée Girardot (lire notre article).
Savoir diversifier les filières industrielles
Une difficulté attend le prochain exécutif de Pays de Montbéliard Agglomération : la baisse démographique. Selon les données de l’Insee, entre 2017 et 2026, le territoire a perdu 1 908 habitants, passant de 138 040 à 139 948 âmes. Soit une perte de 1,38 % en neuf ans. Une raison explique cette diminution : la crise de la filière automobile, qui limite l’emploi, l’un des facteurs clés de la dynamique démographique. Ce déclin démographique lié à l’emploi a débuté dès 1982 (lire notre article).
Afin de ne pas voir ses industries et par conséquent ses emplois s’effondrer, Pays de Montbéliard Agglomération doit réfléchir à la diversification de ses filières. Le secteur de l’automobile ne suffit plus. « Pays de Montbéliard Agglomération fait face à des mutations profondes de son ADN. Le territoire a perdu 10 % de ses emplois industriels entre 2016 et 2020 » est-il écrit sur le site de PMA. L’agglomération a la possibilité de miser sur des filières d’avenir comme le luxe ou la maroquinerie. Depuis plus de dix ans, cette filière d’excellence se développe notamment via l’installation en 2014 de la société Créations Perrin et de manufactures du groupe Hermès en 2018. L’agglomération ne doit pas pour autant abandonner totalement la filière automobile. Pays de Montbéliard Agglomération va devoir accompagner les entreprises dans l’électrification de la flotte.
Mais pour attirer de nouvelles entreprises, Pays de Montbéliard Agglomération doit disposer de fonciers. Comme l’annonçait Charles Demouge, ancien président de PMA, l’agglomération ne détient plus de friches industrielles (lire notre article). Elle a cédé la friche de PSASud au groupe BT Immo pour la construction d’un ensemble logistique. Et elle a vendu au fabricant de panneaux photovoltaïques Das Solar l’ancienne usine de Faurecia à Maneure ; la production n’a pas encore débuter et tarde à se lancer, malgré un calendrier initial très optimiste. Un projet a été lancé par l’ancienne gouvernance pour étudier la faisabilité de la création d’une zone d’activités dans les hauts de Mathay.
Autre enjeu pour contrer la baisse démographique : l’offre en enseignement supérieur. Le territoire doit oeuvrer pour limiter la fuite de ses étudiants vers les métropoles voisines de Besançon, Dijon ou Strasbourg, Durant le mandat précédent, la présidence a mené un projet de réhabilitation de l’ex-polyclinique des Portes-du-Jura. Après travaux, le bâtiment servira d’extension au campus universitaire et accueillera plusieurs formations.
Nord Franche-Comté : les difficultés d’une collaboration
L’enjeu du nord Franche-Comté est au cœur des débats de cette élection. Gilles Da Costa, élu à la mairie de Montbéliard, et Pierre-Aimée Girardot, maire de Longevelle-sur-Doubs, se rejoignent sur ce point. Tous deux souhaitent une coopération du nord Franche-Comté. Pierre-Aimée Girardot va même jusqu’à proposer un poste de vice-président dédié à cette question. Le pôle métropolitain nord Franche-Comté regroupe deux agglomérations : PMA et le Grand Belfort. Mais aussi trois communautés de communes : Pays d’Héricourt, Sud Territoire, Vosges du Sud. Ce pôle représente 196 communes, presque 300 000 habitants et 117 500 emplois.
Le pôle métropolitain nord Franche-Comté agit sur cinq questions, « en délégation » des collectivités : la santé, la promotion de l’innovation, le transport, le développement économique et l’aménagement du territoire. Mais ce ne sont pas des compétences propres. Pierre-Aimée Girardot et Gilles Da Costa demandent à ce que cet organisme soit renforcé. Permettant également au territoire de rayonner sur le plan national.
Ces dernières années, cette collaboration est des plus poussives. Certains sujets divisent les agglomérations et les communautés de communes. C’est notamment le cas du service d’oncologie du Mittan qui oppose les deux grands pôles urbains : le Grand Belfort et PMA. Ce service est aujourd’hui à Montbéliard mais un projet prévoit son déménagement à l’hôpital Nord Franche-Comté. Les élus de PMA s’y opposent fermement. Mais en face, dans le Territoire de Belfort, les élus voient ce changement comme une opportunité. Alors que le nord Franche-Comté est censé reposer sur une collaboration de tous les membres, certains différends pourraient mettre à mal cette cohésion.
Ne pas délaisser les petites communes
L’ensemble des candidats l’a évoqué. Ils souhaitent davantage impliquer l’ensemble des communes dans l’agglomération. Magali Duvernois, maire d’Exincourt, propose que Montbéliard et Audincourt aient chacun seulement un poste de vice-président. Tous les trois proposent un service à PMA permettant d’accompagner les maires sur différents points : juridique, techniques, questionnement…
Et les maires des petites communes sont peu présents dans les postes de vice-présidents. Pourtant, PMA est composée de 73 communes dont 61,5 % d’entre elles sont des villages de moins de 1 000 habitants. Éviter que le pôle urbain formé par Montbéliard, Audincourt et Valentigney ne prenne le dessus au détriment des communes est un des enjeux. De plus, il faut prendre en compte la dimension historique. Parmi ces communes, une quarantaine d’entre elles sont « nouvelles » ; elles ont rejoint l’agglomération en 2017.
Rassembler 57 voix pour avoir la majorité absolue
La dernière élection du président de Pays de Montbéliard Agglomération, en 2020, reste dans les mémoires (lire notre article). Après neuf heures de vote, Charles Demouge avait été réélu à la tête de la présidence après être arrivé deuxième au premier tour du scrutin. Il avait alors le soutien officiel de la maire de Montbéliard, Marie-Noëlle Biguinet, qui a retiré sa candidature au dernier moment. Nicolas Pacquot, alors maire d’Etouvans était arrivé en tête et Martial Bourquin, maire d’Audincourt, était troisième. Lors de l’entre-deux tour, Charles Demouge prend la tête avec le soutien non officiel du maire socialiste Martial Bourquin qui s’est retiré. Une victoire qui a finalement un goût amer. Lors de l’élection des vice-présidents, Martial Bourquin a réussi à placer cinq personnes de son entourage dans l’exécutif, sur les treize postes de vice-président. De plus, malgré l’obtention de la majorité absolue, 68 voix, au second tour, cette victoire tient surtout par l’alliance entre le Charles Demouge et le maire socialiste d’Audincourt.
Alors même que Marie-Noëlle Biguinet avait soutenu la candidature du président de l’agglomération, les deux n’ont pas toujours été sur la même ligne directrice. En témoigne l’installation du conservatoire. Alors que la maire de Montbéliard souhaitait voir déménager le conservatoire dans le site des Blancheries, Charles Demouge l’envisageait aux Portes du Jura. Un différend qui a finalement donné raison à Marie-Noëlle Biguinet : le nouveau conservatoire a été aménagé en 2023.
Il ressort de ce mandat la nécessité pour le futur président ou la future présidente d’avoir la majorité des voix, soit 57 voix sur les 113, sans faire une alliance bancale.

