Assurer 1 million de rendez-vous ! C’est la mission confiée quotidiennement à Julien Monclin, le responsable logistique de l’usine Stellantis de Sochaux, et à son équipe. Le défi est immense, afin de fabriquer 1 073 Peugeot 3008 ou 5008 cinq jours sur sept. C’est vertigineux. À faire pâlir de jalousie les applis de rencontres.
« Je ne fais pas grand-chose, glisse l’intéressé, modestement. Mais mes équipes approvisionnent 1 000 pièces par minute à la chaîne ! » Lui se définit comme le chef d’orchestre d’une mécanique bien huilée, réunissant 500 personnes dans l’usine, dont 80 cadres et techniciens. Car une pièce est manquante et c’est toute la voiture qui ne peut pas être montée. L’équipe de Julien Monclin a un objectif : ne pas arrêter la ligne de production.
La logistique, clé de voûte de la production
« On gère les prévisionnels de production, les commandes, l’organisation des camions, leur suivi, on les réceptionne, les décharge, on range leurs cargaisons et on distribue sur la ligne », liste Julien Monclin, pour expliquer les tâches attribuées à son équipe. Chaque jour, l’usine Stellantis de Sochaux réceptionne 250 camions. 250 camions qui proviennent de 500 fournisseurs différents, représentant une cinquantaine de nationalités. « Nous avons une supply chaine (une chaîne d’approvisionnement, NDLR) de plus en plus mondiale », convient Julien Monclin.
Certaines pièces sont commandées le matin même, à l’usine voisine de SMRC, à Rougegoutte, d’autres ont été commandées quinze semaines auparavant, à Shanghai. « Dans les sept heures, les approvisionnements de Rougegoutte sont consommés », cite Julien Monclin pour souligner la vitesse de rotation. Selon les pièces, la capacité de stockage de l’usine représente quelques heures ou 1,5 journée. Pas plus. Et pourquoi ?
« Si je veux une journée de stocks supplémentaires, il faudrait doubler la taille de mon espace », relève simplement Julien Monclin. En termes de foncier et de coût, c’est impossible. Surtout, cela pénaliserait la flexibilité de l’usine. Car si ce qui a été commandé n’a finalement pas été consommé, l’usine le garde et ne l’écoule pas ou difficilement. « La logistique, c’est comme un grand tuyau qui va se déverser inexorablement », image Julien Monclin. Et dans cette compétition mondiale de la production, si l’usine de Sochaux arrive à se battre, c’est justement parce qu’elle est compacte et agile ; elle réduit ainsi ses coûts de production.
Situation exceptionnelle, moyens exceptionnels
Tous les jours, on cale la production pour dans 10 jours. Dans quel ordre seront produits les véhicules commandés ? De là, on cale l’approvisionnement nécessaire. Et dans ce laps de temps, « on ajuste » en fonction des événements. Une tempête dans le détroit de Gibraltar et on met en place un pont aérien entre la France et le Maroc. Une décision inopinée de Donald Trump ? Une grève d’agriculteurs ? La congestion d’un port ? Un cargo qui entrave le canal de Suez ? Un livreur qui a un problème sur la route ? Autant de situations qu’il faut pallier. « La moitié de mon équipe travaille normalement. L’autre moitié sauve le monde », sourit-il, avec humour, pour dédramatiser des conjonctures parfois délicates. L’enjeu de son équipe : « Voir les coups venir pour avoir le temps de sauver la situation. »
Julien Monclin a par exemple eu recours à des hélicoptères pour approvisionner l’usine et maintenir la ligne de montage en marche. Dans le même, un convoi rapide partait de chez le fournisseur, pour assurer la suite de l’approvisionnement, en attendant que le convoi normal, un peu plus lent, débarque et reprenne le flux classique. Des systèmes de doublonnements qui permettent de ne pas perdre une minute.
Stellantis ne communique pas sur le coût d’un arrêt de ligne. Mais il est suffisant important pour qu’on ait recours à ces solutions exceptionnelles. C’est qu’une chaîne à l’arrêt, ce sont 1 200 personnes en attente. Et Sochaux produit une voiture par minute… La facture devient très rapidement salée.
Une logistique beaucoup plus automatisée
Julien Monclin a porté la mise en place de la nouvelle chaîne logistique de l’usine Stellantis de Sochaux. Aujourd’hui, il s’appuie sur 140 robots ; ils seront plus de 200 début 2027. Avec l’arrivée de l’usine Sochaux 2022, Stellantis s’est doté d’un transtockeur assurant le stockage de palettes de manière automatisée ; c’était une première dans l’univers automobile (lire notre article). Pour « alimenter » la ligne, des Butlers, petits chariots capables de porter une tonne, sillonnent aussi les allées de l’usine. Aujourd’hui, « les trois quart des pièces passent sur un Butler pour arriver au bord de la ligne », indique Julien Monclin. Autant d’équipements qui permettent de gagner en « sérénité », convient le responsable logistique, au naturel très calme. Et en cas de crise, il a sa solution pour se poser : regarder son robot tondeuse œuvrer dans son jardin ou se réfugier dans le transtocker de l’usine : « C’est une force tranquille ! »
Depuis 2019 et le Brexit, la planète subit une crise majeure tous les trimestres : crise sanitaire ; crise énergétique ; conflit géopolitique ; guerre douanière… Mais ces éléments ont peu de prise sur Julien Monclin, qui donne les clés : garder son calme ; ne pas paniquer ; et bien choisir son équipe. Encore elle. Toujours elle.
Julien Monclin est tombé dans la logistique « par erreur ». Mais cet ancien responsable d’unité, en usine de montage, trouve le métier passionnant. « C’est toujours différents, nous avons plein d’interactions. » Aujourd’hui, il continue d’améliorer l’outil ; il travaille par exemple sur des solutions d’intelligence artificielle pour accroître la sécurité autour des carafourches, notamment sur l’angle-mort situé devant les fourches de la machine. Depuis ce mercredi, il a quitté le Doubs. Le responsable devient directeur (lire notre article) de l’usine d’Hordain (Nord), qu’il connait, pour y avoir dirigé la logistique, entre 2019 et 2021. Il pourra transmettre sa passion.
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