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Laure Viellard : « Les profils d’ingénieurs d’affaires sont terriblement demandés »

Laure Viellard, directrice de l'école supérieure des technologies et des affaires (Esta), à Belfort.
Laure Viellard, directrice de l'école supérieure des technologies et des affaires (Esta), à Belfort. | ©Le Trois – archives
Interview

L’école supérieure des technologies et des affaires (Esta) de Belfort célèbre ses 40 ans, ce samedi 30 mai. L’occasion de revenir sur les raisons ayant motivé la création de cette école et de regarder les évolutions du métier d’ingénieur d’affaires. Interview de Laure Viellard, directrice de cette école.

Pourquoi l’Esta est une école particulière ?

Dans notre territoire fortement industriel, de grandes entreprises se sont posées la question, il y a 40 ans, d’avoir des commerciaux sachant vendre des produits techniques. Pendant de nombreuses années, ils recrutaient des ingénieurs qui n’étaient pas capables de vendre en France comme à l’étranger parce qu’ils n’avaient pas ces notions de business. Et de l’autre côté, des jeunes qui sortaient d’écoles de commerce n’avaient absolument aucune compétences techniques pour pouvoir justement expliquer la valeur ajoutée de ces produits industriels. Ainsi est née l’ADN de l’école supérieure des technologies et des affaires (Esta), la double compétence technique et commerciale, où l’on forme des ingénieurs d’affaires ou des ingénieurs managers, autre terme utilisé.

Qu’est-ce qu’un bon ingénieur d’affaires ?

Un bon ingénieur d’affaires, c’est quelqu’un qui maîtrise la technicité des produits ou des services qu’il commercialise et qui a conscience que l’entreprise doit vendre et bien acheter pour pouvoir réussir le développement de son chiffre d’affaires et assurer sa pérennité économique.

"Ce que nous avons imaginé il y a 40 ans intéresse aujourd’hui énormément les entreprises"
Laure Viellard, directrice de l'école supérieure des technologies et des affaires (Esta), à Belfort.
Laure Viellard

Depuis 40 ans, l’Esta forme des étudiants pour les industries locales. Mais est-ce que la formation s’exporte ?

Ce que nous avons imaginé il y a 40 ans intéresse aujourd’hui énormément les entreprises, qu’elles soient dans notre territoire ou en dehors de la Franche-Comté. De très belles entreprises comme Safran, Thales ou encore MBDA recrutent des ingénieurs d’affaires ; ces profils sont terriblement demandés. D’ailleurs, nous voyons de plus en plus que les écoles d’ingénieurs et les écoles de management se rapprochent, petit à petit.

Quelles sont aujourd’hui les mutations du métier d’ingénieur d’affaires ?

Le numérique transforme le métier et, bien entendu, l’intelligence artificielle. De nombreux chefs d’entreprise nous demandent d’intégrer l’IA dans le parcours pédagogique, pour que nos jeunes puissent justement utiliser ces compétences lorsqu’ils arriveront en entreprise. Il y a aussi des métiers sur lesquels nous n’étions pas obligatoirement destinés à former des jeunes étudiants ; je pense à l’achat industriel. C’est une demande insistante des entreprises industrielles et nous avons monté des modules sur ce sujet, car vendre un produit ou acheter des matières premières, c’est le même métier.

L’Esta a toujours été tournée vers l’extérieur. L’international caractérise cette école…

Notre école forme à la technique, au commercial et au management avec, bien entendu, une ouverture internationale très importante. Au bout de cinq années, nous voulons que nos étudiants soient capables d’aller négocier à l’international.

"De nombreux chefs d'entreprise nous demandent d'intégrer l'IA dans le parcours pédagogique"
Laure Viellard, directrice de l'école supérieure des technologies et des affaires (Esta), à Belfort.
Laure Viellard

Vous êtes particulièrement attachée à cette école. Pourquoi vous fait-elle vibrer ?

L’Esta me fait vibrer tous les jours (rire) ! Nous sommes 25 salariés : c’est facile de manager et de travailler ensemble. Et puis, nous sommes aussi très proches de nos 400 étudiants. Nous les connaissons tous par leur prénom. Nous les voyons grandir pendant ces cinq années d’études.

L’école est aussi marquée par les nombreux projets qu’elle met en place et la réactivité avec lesquels ils sont portés…

Effectivement. Le deuxième point qui m’attache énormément à cette école, c’est l’agilité avec laquelle nous travaillons, que ce soit sur les programmes pédagogiques ou les projets. Aujourd’hui, par exemple, nos entreprises se posent beaucoup de questions sur leur souveraineté, leurs approvisionnements, leur supply chain (chaîne logistique, NDLR). Nous avons donc décidé – et cela s’est passé en quelques mois – de monter un module de formation sur la souveraineté économique et industrielle (lire notre article). Nous avons réussi à réunir des entreprises qui sont venues assister à des conférences, des cours et des travaux pratiques, mais aussi à motiver nos étudiants. C’est formidable de décider rapidement de monter un programme et de le développer dans les mois qui suivent. Je pense que c’est moins facile dans d’autres écoles.

Un jour, vous visitez la base aérienne 116 de Luxeuil. 3 ans plus tard, vous avez fabriqué un avion…

C’est un autre exemple formidable. Nous visitions un jour la BA 116 de Luxeuil, car un certain nombre de nos étudiants étaient intéressés par l’aéronautique et la défense. Sous la forme d’une boutade, on nous dit : « Mais tiens, si nous construisions un avion ? » Et nous sommes partis dans un projet de construction d’avion, en l’espace de trois ans, avec trois promotions différentes et une quarantaine d’étudiants. Il va s’envoler pour le première fois, le 19 juin (lire notre article). Nous sommes très fiers de ce projet. 

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