Il y a un peu moins de dix ans, une équipe de cadres de l’entreprise reprenait le groupe M-Plus à Lachapelle-sous-Rougemont, créée par François Didier. L’entreprise annonçait alors un chiffre d’affaires de l’ordre de 32 millions d’euros.
Ce 19 mai 2026, le groupe M-Plus a annoncé sa seconde acquisition, qui doit porter le chiffre d’affaires à 65 millions (contre 50 avant l’acquisition) et les effectifs à environ 430 personnes (345 actuellement). Autant dire que, en moins de dix ans, l’entreprise a complètement changé : d’un groupe pratiquement mono client (Alstom, puis GE, après le rachat de la branche énergie par le consortium nord-américain), elle est devenue une entreprise forte de six implantations, dont une, historique, en Hongrie.
Nouvelles compétences, nouvelle offre
La première acquisition remonte à 2023 : M-Plus rachète Domaero, à Issoire (Drôme), ce qui lui permet de se diversifier dans l’aéronautique et la défense, tout en portant son chiffre d’affaires à 49 millions d’euros. Le « fonds Maugis » avait alors permis à l’entreprise de se structurer de façon à pouvoir conduire cette intégration d’une nouvelle entreprise dans le groupe.
En ce mois de mai 2026, l’acquisition du groupe Rubis Précis apporte à M-Plus de nouvelles compétences en micromécanique et en assemblages microtechniques. Le groupe racheté comprend Rubus Précis, à Charquemont, Micropierre, à Besançon, et High Tech Ceram, en Seine-et-Marne.
« On arrive à élargir notre offre », se réjouissent les dirigeants de M-Plus, François Cortinovis, Philippe De Abreu et Pierre Petitjean. Les céramiques techniques, par exemple, résistent aux températures élevées ou interviennent comme isolants électriques dans des milieux très contraints, la micromécanique et la microtechnique sont également de nouvelles compétences pour M-Plus, qui lui permettent de renforcer son offre dans le nucléaire, la défense et l’aéronautique, mais aussi de se positionner dans le luxe, le médical et les semi-conducteurs. Dans le luxe, par exemple, Rubis Précis, dont le métier premier était l’horlogerie, réalise l’usinage et le sertissage des pierres précieuses.
Une nouvelle base de 200 clients
Le groupe compte une trentaine de clients actuellement. Avec cette acquisition il accède à une nouvelle base de 200 clients, parmi lesquels les dirigeants espèrent effectuer du développement d’une soixantaine sur des marchés stratégiques, grâce à de nouvelles compétences apportées par cette acquisition.
L’actionnariat du groupe est 100 % français (l’un des associés, hongrois, s’est retiré de l’actionnariat voici deux ans). Un atout lorsqu’on se positionne sur les marchés de la Défense. Ainsi, M-Plus fournit 600 composants du Rafale. Un marché qui explose actuellement : Dassault est monté à trois Rafales produits par mois et a pour objectif de monter à cinq.
M-Plus a également rejoint le dispositif « Accélérateur de la Défense », lancé par la Direction générale de l’Armement (DGA) et la BPI France (Banque publique d’investissement) : 28 entreprises ont été retenues sur environ 250 candidates. Elle a aussi intégré la base industrielle et technologique de défense (BITD) : cette structure regroupe l’ensemble des entreprises de défense qui contribuent à concevoir et à produire les équipements pour les armées.
Structurer et consolider
La croissance externe par acquisition d’entreprises, au-delà de l’opération financière et juridique, a demandé une préparation en amont, dès le début des années 2020, lorsque l’objectif a d’abord été de se diversifier vers l’aéronautique. « Il a fallu aménager la structure, de façon à atteindre les prérequis attendus par l’aéronautique et le spatial, se souvient François Cortinovis. Aujourd’hui, on a une trentaine d’ingénieurs qualiticiens, ingénieurs de développement, ingénieurs de bureaux d’études. A l’époque, on en avait deux ou trois. » Aujourd’hui, M-Plus fournit des composants d’Ariane 6.
Elle passe aussi par la formation du personnel via un centre de formation interne. Par exemple 350 salariés ont été formés à la maîtrise des risques liés au facteur humain.
Si M-Plus a rencontré un trou d’air en juillet dernier avec le licenciement de cinq personnes, l’entreprise recrute à nouveau. Une trentaine de postes sont ouverts, répartis entre Lachapelle-sous-Rougemont et Issoire. Depuis son rachat, Domareo est passé de 40 à 70 salariés et va atteindre 80 personnes. Son chiffre d’affaires aura été multiplié par deux d’ici à 2027.
Si l’équipe dirigeante concède qu’elle vise les 80 millions d’euros de chiffre d’affaires, l’essentiel pour elle est ailleurs : consolider les rachats et conserver une des valeurs de l’entreprise qui a émergé lors d’un sondage auprès du personnel : « le plaisir de faire et l’amour des belles pièces ».