Le conseil régional vient d’adopter une feuille de route défense. Qu’en est-il ?
Notre feuille de route défense a un double intérêt. Un intérêt pour le pays, puisque il y a un effort national de défense dans une période où la multiplication des conflits nous expose et que nous ne sommes pas à l’abri d’un conflit de haute intensité. Il faut donc que la nation se prépare au plan industriel. Ensuite, la Bourgogne-Franche-Comté a des compétences à offrir, à mettre au pot commun de cette réindustrialisation ou de cette base industrielle et technologique de défense (BITD). Nous avons des compétences extrêmement pointues dans des secteurs qui sont stratégiques et une excellence industrielle reconnue. Donc euh nous apportons notre savoir-faire, nos compétences, nos ressources industrielles euh à l’État. En retour, c’est pour nous le moyen de diversifier l’activité, notamment en Franche-Comté, avec la perte de vitesse du secteur automobile.
Vous disiez que nous étions capables, en Bourgogne-Franche-Comté, de faire du très petit, du très gros et du très complexe.
La Bourgogne-Franche-Comté, c’est une industrie horlogère ancienne, un pôle microtechnique extrêmement pointu, les biotech, la mécanique de précision autour de Besançon. Nous avons aussi une culture dans l’énergie et le transport à Belfort, au Creusot. À Chalon, nous maîtrisons le contrôle non-destructif, qui nous vaut de mettre en place partout dans le monde les pièces les plus sensibles en termes de sûreté. La Bourgogne-Franche-Comté est un territoire facilitateur pour l’industrie parce qu’il y a une acceptabilité de l’industrie. Souvent, nos cités ont été construites autour des usines. Belfort et Le Creusot sont deux villes jumelles de ce point de vue ; elles sont emblématiques. Nous avons des savoir-faire et des compétences. Nous devons saisir cette opportunités, car ce sont des emplois non délocalisables.
Combien d’entreprises sont tournées vers la défense dans la région ?
167 entreprises sont répertoriées dans un annuaire que nous avons réalisé pour faciliter la prise de contacts avec les grands donneurs d’ordre. Mais nous pensons qu’il y en a à peu près 400 qui gravitent autour du secteur de la défense. D’ailleurs, parfois, elles sont dans le brouillard de la défense ; elles fabriquent des pièces pour un donneur d’ordre sans savoir s’il va l’utiliser dans un usage civil ou militaire. Nous avons là un vrai potentiel de croissance.
Comment allez-vous accompagner ces entreprises ? C’est un marché extrêmement réglementé, dans lequel il faut avoir des reins solides, des trésoreries costaudes…
Il y a déjà le droit commun de nos dispositifs d’accompagnement économique. Et puis, il y a cette feuille de route défense qui vient proposer un guichet unique, puisqu’on sait qu’entrer dans ce secteur, avoir l’habilitation, une certification, un agrément, c’est le parcours du combattant. Il faut donc être préparé et avoir finalement une main qui guide le chef d’entreprise vers la captation de marché.
Il y a deux moyens pour se développer sur la défense. Un, en accompagnant les entreprises dans la diversification, en les renforçant, en aidant des PME à devenir des ETI, et sinon en captant de nouvelles usines. Est-ce qu’on est actif sur ces deux dossiers ?
Oui, nous sommes actifs sur ces deux volets de la montée en puissance de notre outil industriel en faveur de la défense. Il y a déjà des gens qui peuvent produire et dont il convient d’accompagner l’accélération de la production et puis d’autres à qui il faut mettre le pied à l’étrier. Et effectivement, c’est les deux fers qu’on a au feu.
Pourquoi une journée comme aujourd’hui à Bourogne est si importante pour le tissu industriel régional ?
Une région qui ne produit pas est déclassée. Elle est à la périphérie du mouvement du monde et donc on doit rester un grand territoire industriel. Nous sommes un grand territoire industriel. Nous sommes sûrement la première région avec le pourcentage le plus haut de production industrielle dans la valeur ajoutée. Il faut le rester et donc il faut sans cesse continuer à chercher les marchés. On le fait sur des filières émergentes, l’hydrogène, on le fait sur les biotechnologies, les biothérapies. On le fait aussi sur la défense.
Plus de 300 rendez-vous B2B
L’agence de développement économique du Nord Franche-Comté et l’agence économique régionale ont organisé la journée dédiée aux marchés de la défense, au 1er régiment d’artillerie de Bourogne, ce jeudi 2 juillet. Une 3e édition. « Cette journée vise à mettre en relation directe les entreprises de la région avec les grands donneurs d’ordre et acheteurs du secteur de la défense », indiquent les organisateurs. Plus de 300 rendez-vous B2B ont été programmés au cours de cette journée, pour que les entreprises régionales sondent les besoins des grands donneurs d’ordre. « On facilite le travail en rassemblant les industriels d’un territoire », explique Cédric Perrin, sénateur, président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, véritable moteur de cette journée. « La robotique et l’intelligence artificielle redistribuent la puissance dans le monde, remarque Cédric Perrin. Il faut prendre le bon wagon. » Le territoire doit ainsi se mobiliser pour participer à ce mouvement et valoriser ses acteurs, qui pourraient soutenir la base industrielle et technologique de défense. Près d’un demi-millier de participants ont pris part à cette journée.