Purple alternative surface est née en 2021. Elle fabrique des dalles modulaires perméables, à base de déchets plastiques qui ne sont pas valorisés ; en France, on ne recycle que 30 % du plastique. Des dalles destinées notamment à des zones de parking ou des voies de mobilité douce. C’est une start-up industrielle. Des entreprises qui éprouvent souvent des difficultés à accéder aux financements, alors que l’industrialisation de leurs produits nécessitent justement de beaucoup de capitaux et du foncier.
C’est dans ce contexte que Batifranc (lire notre article) a acquis l’usine de Purple de 1 000 m2, à Héricourt ; elle va aussi investir 800 000 euros pour la remettre aux normes. La société de financement a construit un prêt avec option d’achat. Dans 15 ans, Purple pourra acheter l’usine, pour 1 euro. Et dans ce laps de temps, elle paie simplement un loyer, ce qui ne mobilise pas ses capitaux. « Le but, explique Hubert Cusenier, le directeur général de Batifranc, c’est que le chef d’entreprise se focalise sur son métier. Pierre Quinonero (le dirigeant de Purple, NDLR) sait faire des dalles, nous on sait faire de l’immobilier d’entreprise. » Hubert Cusenier d’ajouter : « Nous portons le poids de la dette. » Batifranc, dont l’actionnaire principal est le conseil régional Bourgogne-Franche-Comté, est capable de financer des projets immobiliers dans une fourchette comprise entre 200 000 et 10 millions d’euros.
Les dalles Purple négatives en émission de CO2
Purple a investi près de 10 millions d’euros dans ses outils de production, entre la conception de moules (environ 100 000 euros l’unité) ou l’achat de presses d’injection plastique, spécialement conçues pour l’entreprise. L’entreprise vient justement de recevoir une nouvelle presse (1,4 million d’euros), doté d’un support quatre moules, monté en carrousel, permettant de faire sécher les dalles alors que l’on en coule d’autres. « On masque ainsi les temps de refroidissement », explique Pierre Quinonero et on accélère la production. Quatre moules supplémentaires pourront être montés dessus, portant ainsi le carrousel à huit moules.
L’entreprise a, par ailleurs, détourné du matériel agricole, notamment les vis sans fin des silos à grain, pour injecter directement ses paillettes de plastique broyé dans ses presses. Purple est aussi la seule usine de France à injecter directement son plastique broyé en paillettes, sans le passer par une phase sous forme de billes (le compundage), qui seraient injectées dans la presse. « Cela enlève une étape dans la production, ce qui économise de l’énergie et supprime des émissions de CO2 », explique Pierre Quinonero.
Selon la fiche de déclaration environnementale et sanitaire (FDES), la dalle Purple est « négative » en émission de CO2. « On dégage moins de CO2 en fabriquant nos dalles, grâce au recyclage du plastique », dévoile le dirigeant. La donnée s’établit à – 3,35 kg d’émissions de CO2 par m2 de dalles Purple fabriqués. En comparaison, l’enrobé dégage 11 à 12 kilos d’émissions de CO2 par m2. « Nos dalles respectent 24 normes de certification », assure Pierre Quinonero ; l’entreprise a investi 300 000 euros dans les certifications. Les produits sont garantis pendant 20 ans. « Et l’avantage, c’est que l’on peut les recycler. Les plastique sont récupérer et renvoyer dans le système » Même dans leur production, les déchets sont valorisés. Purple n’a pas de rebut. Si une dalle est déffectueuse, elle est broyée et le plastique réinjecté dans de prochaines productions. Les carottes de l’injection sont aussi revalorisées. « Nos dalles sont aussi trois fois plus perméables que les autres produits du marché », assure Pierre Quinonero. La dalle est capable d‘absorber 350 litres d’eau par minute, au m2. L’entreprise ne veut plus travailler avec les références du passé, mais avec les risques du futur (lire par ailleurs) ; c’est notamment le cœur du partenariat tissé avec Néolia (lire notre article). Elle anticipe donc de plus fortes précipitations pour calculer la perméabilité de ses produits.
L’entreprise installe sous ses dalles des aqua-textiles pour éviter que le plastique ne se décompose et qui filtrent les micro-plastiques, les hydrocarbure et les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP). Les dalles ont label garantissant l’absence de lixiviation de leur produit ; cette certification est obtenue auprès d’un laboratoire hollandais.
Encore des nouveaux produits Purple
« Toutes les semaines, des entreprises nous appellent pour recycler leur plastique », se réjouit Pierre Quinonero. Purple continue donc de mener des tests – elle en déjà a fait plus de 2 500 – pour essayer des combinaisons de différents et voir ce qui fonctionnent et respectent leurs normes. « Les déchets des uns font la valeur des autres, résume le dirigeant. C’est pour cela que nous avons monté Purple. »
L’entreprise, qui est encore en pleine levée de fonds, travaille sur une nouvelle gamme de dalles, pré-engazonnées, plus fines et plus légères. Purple alternative surface veut monter l’usine à une capacité de 300 000 m2 de dalles par an, en 2029. Cela 7 500 tonnes de déchets plastiques recyclés qui ne seront ni incinérés ni enterrés et cela évitera l’émission de 22 500 kg de CO2. En 2026, l’entreprise va produire 80 000 m2 de dalles et le chiffre d’affaires devrait atteindre 2 millions d’euros.
L’entreprise compte 23 salariés. Et avec ses partenaires de Luxeuil-les-Bains (Symetri et Sytevom) et de Morvillars (Synaltis), des entreprises adaptées, qui préparent la matière plastique en la récupérant et la broyant, ce sont 20 emplois indirects supplémentaires qu’il faut ajouter.
Purple lance une offre de conseils
Purple vient de lancer le produit Zan Sérénité, pour penser les chantiers « avec les pluies que nous aurons dans 50 ans », explique Pierre Quinonero ; le nom fait référence à la loi ZAN sur la non artificialisation des sols. « Il faut arrêter de calculer avec les références décennales. Il faut changer de référentiel. Nous sommes capables à présent de déterminer précisment la pluviométrie future d’un lieu. » Purple s’associe donc avec deux start-ups spécialistes de ces questions (Chimera et Hydroclimat), issues du CNRS. Le contrat propose un un encadrement complet, avec étude, production, mise en œuvre avec les entreprises de BTP et surtout la maintenance. Purple ne vend pas que des dalles, elle propose dorénavant des solutions complètes.