Assis à son bureau, Thomas Taiclet regarde les chiffres sur son ordinateur. Il les additionne, les soustrait pour trouver ses ventes exactes. « Sur les 114 voitures facturées depuis le début de l’année, 35 sont électriques, donc ça nous fait 31 % de voitures électriques », estime le chef des ventes de la concession Volkswagen de Belfort. Une donnée qui n’est pas étonnante. Selon la Plateforme automobile (PFA), plus d’un tiers des voitures neuves vendues en juillet en France étaient électriques (lire notre article).
Cette part de l’électrique a augmenté de manière significative cette année. Thomas Taiclet l’a remarqué, mais aussi avec ces données. Via un site permettant de voir les statistiques de l’ensemble des concessionnaires autour de Belfort, il annonce : « De janvier à août, la volumétrie de l’électrique a quasiment doublé. » Passant de 523 véhicules entre janvier et juillet 2025 à 1 042 sur la même période en 2026.
De plus en plus de demandes
Les chiffres reflètent ce que les vendeurs en concessions observent sur le terrain. « Depuis six mois, on a un énorme gap : 90 % de mon volume (de vente, NDLR) c’est de l’électrique », assure Valentin, vendeur dans une concession à Belfort. Même constat chez BMW, « Les dernières semaines, la demande en électrique s’est intensifiée. Avant, les clients venaient poser des questions sur l’électrique, maintenant ils achètent », remarque Florian Aubry, conseiller commercial pour la marque. Même si la vente des modèles neufs bondit, l’engouement s’observe davantage sur les modèles d’occasion de la marque.
Du côté de Suzuki, le modèle électrique Vitara n’a vu le jour que depuis l’été 2025. Il est donc difficile pour Bertrand Émilien, directeur de la concession New Auto Suzuki de Belfort, d’avoir du recul. « Suzuki prend le choix d’étudier vraiment les choses pour savoir quel modèle sortir en premier », indique-t-il.
Des pleins d’essence trop coûteux
Mais pourquoi ce regain pour l’électrique ? La réponse est unanime chez les concessionnaires belfortains : la montée du prix de l’essence. Dans les stations des supermarchés du nord Franche-Comté, le prix du gasoil oscille entre 2,48 et 2,56 euros, et le sans plomb 95 entre 2,24 et 2,30 euros. À cela s’ajoutent des ruptures de stock dans certaines stations, notamment celle du groupe Total (lire notre article).
« Aujourd’hui, une personne, qui fait 15 000 km par an, a un budget carburant entre 100 et 170 euros par mois. », explique Thomas Taiclet. Un coût plus important que pour une voiture électrique. Même si le prix d’achat est plus important pour une voiture électrique, l’usage s’y retrouve dans la durée. D’ailleurs des aides permettent de soutenir ceux qui veulent passer le cap.
Une « dédiabolisation » de l'électrique
Mais ce n’est pas la seule raison. Depuis son bureau, Thomas Taiclet interpelle un de ses collègues. « Pourquoi on vend plus l’électrique que l’année dernière ? » Ce dernier en est certain, c’est en partie grâce à « la dédiabolisation » Il s’explique : « Il y a des recommandations de la famille des amis, le véhicule commence à rentrer dans les mœurs. » L’explosion du prix du carburant a obligé les usagers à trouver une solution. Permettant alors de passer au-dessus de certains freins préexistants.
« BMW a sorti des modèles qui permettent à plus de personnes de passer à l’électrique », confirme Florian Aubry. En cause, l’autonomie des voitures. Alors que les véhicules précédents pouvaient rouler entre 300 et 400 km avec une seule recharge, aujourd’hui certains modèles BMW atteignent les 800 km.
L’installation d’une borne de recharge à domicile n’est plus un frein seulement aux concessionnaires. « Une personne qui fait seulement les allers-retour travail, une prise de 16 ampères peut le faire poser par un électricien ou le faire lui-même », souligne Thomas Taiclet. Des installations plus simples pour les usagers habitants en maison qu’en immeuble. Concernant les bornes de recharge, elles sont de plus en plus nombreuses à voir le jour dans l’espace public. Selon le baromètre Avere, fin mai 2026 plus de 195 bornes étaient installées. Une augmentation de 16 % sur les 12 derniers mois.
Des stocks qui suivent la demande
Face à cette demande croissante, les différents concessionnaires assurent ne pas avoir de mal à suivre le rythme. Pas de problème de stock à signaler. « Nous avons maximum un mois de délai. Il y a un seul modèle où c’est plus long », confirme Florian Aubry, conseiller commercial chez BMW. Bertrand Emilien donne pour explication la crise automobile : « Le marché de l’automobile est en baisse, donc les constructeurs ont largement les moyens de produire le nombre de véhicules qu’il faut. »