Le 15 avril, depuis la carrière d’Imerys, dans l’Allier, Emmanuel Macron a lancé le programme de construction des « 150 cathédrale de l’indépendance industrielle ». L’idée : accélérer les procédures de ces projets d’envergure. Sur le papier, la mesure est saluée par le patronat français. Mais en même temps, il reste amer. « Le système est tellement figé qu’il faut des mesures d’exception », souffle, un brin ironique, Emmanuel Viellard, président du Medef Franche-Comté et directeur général du groupe industriel Lisi, dont le siège est à Grandvillars. « On se met « hors-la-loi » (il met des guillemets, NDLR) pour faire avancer les sujets économiques », s’étonne le chef d’entreprise. « Le blocage est permanent, ajoute-t-il. Nous sommes en Absurdistant. »
Le Medef regrette la contradiction constante entre l’objectif de souveraineté industrielle affiché nationalement et les oppositions locales. Le mouvement des entreprises de France, qui compte 170 adhérents en Franche-Comté, reconnait que la France est capable de réaliser des projets d’envergure quand les contraintes sont levées : la restauration de Notre-Dame de Paris ; les JO 2024… Mais cela doit s’inscrire dans une vision plus large de l’action publique estime Emmanuel Viellard. La simplification doit être globale.
Haro sur les impôts de production
Et sur ces sujets, le Medef ne voit pas d’améliorations. Surtout, il ne voit pas d’avancées dans un dossier majeur que les patrons poussent : une réflexion sur la fiscalité. En ligne de mire, les impôts de production : CVAE (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises), C3S (contribution sociale de solidarité des entreprises), taxe foncière, CFE (cotisation foncière des entreprises), versement mobilité…. « Nous avons 21 lignes d’imposition en France », replace Emmanuel Viellard, dont l’entreprise est implantée dans quatorze pays. « Et quoi qu’il arrive, même si ton usine est déficitaire, tu dois payer les impôts de production », critique le représentant du patronat.
En exemple, il cite son usine de Puiseux-Pontoise, que l’entreprise ferme. « Depuis 5 ans, nous perdons 2 millions d’euros par an, pour un chiffre d’affaires de 35 millions d’euros », indique-t-il. 2 millions d’euros, c’est ce qu’il versait en impôt de production, glisse Emmanuel Viellard. Il ne décolère pas non plus de la décision du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté d’ajouter un versement mobilité régional. « Vous embauchez, vous payez », résume-t-il. Le Medef attend, par ailleurs, de l’exemplarité de l’État : moins de dépenses, pour prélever moins d’impôts, afin de redonner du mouvement aux entreprises pour qu’elles investissent.
« Dégradation du climat des affaires »
Ces critiques sont formulées dans un contexte peu favorable, marqué à l’international par la guerre au Moyen Orient. Le risque d’un choc pétrolier fait planer la peur d’une croissance à 0,2 % et d’une inflation qui grimperait (4,5 %), selon des données communiquées par le Medef. À court terme, les hausses de carburant fragilisent déjà les activités soumises aux coûts de transport. Les matières premières augmentent également, tout comme les secteurs ayant recours à des dérivés du pétrole (plastique).
Ce contexte se cumule à une situation économique délicate, notamment dans le secteur du bâtiment et des travaux publics, indique Emmanuel Viellard, se référant à une étude de la Banque de France (lire notre article). Si l’industrie est en progression, c’est que la hausse des coûts est répercutée en partie dans les prix de vente. Mais cette logique se fait au détriment du volume. « Les trésoreries se dégradent, observe le président du Medef Franche-Comté. Nous sommes vigilants au nombre d’entreprises en difficulté. » Emmanuel Viellard, de conclure : « Nous voyons une dégradation du climat des affaires. »
