Quatre jours de festival, mais 365 jours de travail. Mine de rien, les Eurockéennes sont un acteur économique du nord Franche-Comté. Pas une entreprise, au sens juridique du terme, mais une association sans but lucratif, à savoir Territoire de Musiques. L’image d’Epinal que l’on a généralement d’une association sans but lucratif est celle du bénévolat, des subventions et de quelques recettes additionnelles via l’organisation de telle ou telle manifestation.
Un budget équivalent au FC Sochaux
En l’occurrence, le terme d’association sans but lucratif n’interdit pas de générer des recettes et d’avoir un budget prévisionnel pour 2026 de 11,5 millions d’euros. « C’est l’équivalent du FC Sochaux », souligne Jean-Paul Roland, directeur de Territoires de Musiques (le budget du FC Sochaux est de l’ordre de 12 millions d’euros, comme nous l’indiquait Clément Calvez).
Le statut associatif implique d’abord que les membres du conseil d’administration sont tous bénévoles, à commencer par son président, l’homme d’affaires Matthieu Pigasse. Le conseil d’administration est composé de représentants des collectivités territoriales d’une part, et de personnalités de la société civile d’autre part (comme Matthieu Pigasse ou encore Fleu Pellerin, ancienne ministre de la Culture).
Autre corolaire du statut associatif : les excédents (ce qu’on appellerait bénéfices dans une entreprises) ne sont pas distribués mais restent dans le budget de l’association soit pour augmenter ses fonds propres, soit pour financer des investissements.
Enfin, Territoire de Musiques est reconnue d’utilité publique, ce qui lui ouvre le droit d’avoir recours au mécénat (lire l’encadré).
3,4 millions d’euros pour 54 groupes
Les 11,5 millions du budget de l’association sont bien entendu affecté en très grande majorité aux Eurockéennes elles-mêmes : 95 %, selon Jean-Paul Roland. Les dépenses artistiques (essentiellement les cachets des artistes et les animations sur site, représentent 31 %.
25 % sont affectés à la technique (camping, structures autres que les scènes, aménagement du site, réseaux d’eau, électricité, assainissement, téléphonie).
Les charges de personnel représentent 12,5 %. La production artistique (les scènes) représente 7 % du budget, et la sécurité 6 %.
Les dépenses artistiques sont évidemment étroitement liées à l’évolution des cachets des artistes. Si elle a été multipliée par deux par rapport aux années 2010, Jean-Paul Rolland se félicite d’une relative stabilité depuis le covid. Territoire de Musiques dépense 3,4 millions d’euros pour 54 groupes sur quatre jours. « On arrive à avoir les moyens de nos ambitions », se félicite Jean-Paul Roland. Par exemple, l’ajout d’un quatrième jour (le jeudi) permet aux Eurockéennes d’accueillir un public différent de celui des trois autres jours. « Le meilleur exemple en est Iron Maiden l’an dernier », relève le directeur.
68 % des recettes proviennent des festivaliers
Côté recettes, les festivaliers représentent 68 % du total : billetterie, marchandising, buvettes, etc. Les Eurockéennes accueillent désormais 130 000 spectateurs.
Le mécénat d’entreprises et le sponsoring apportent 23 % des recettes. Les subventions un peu moins de 5 %. Un pourcentage qui peut surprendre compte-tenu de l’histoire du festival. « Il faut se souvenir qu’on a été inventés par une collectivité », rappelle Jean-Paul Roland (à l’époque, le conseil général du Territoire de Belfort).
Les subventions viennent aujourd’hui du conseil départemental du Territoire de Belfort, du Grand Belfort, de la Région Bourgogne-Franche-Comté. Une étude a montré que chaque euro de subvention génère 17,7 euros de retombées économiques. Si ces subventions sont été revues à la baisse voici une dizaine d’années, Jean-Paul Roland souligne leur stabilité depuis, d’autant que « nous sommes dans un contexte général de reflux des aides culturelles », souligne-t-il.
De 7 à 540 salariés
Hors festival, Territoire de Musiques emploie 7 permanents. Ce chiffre commence à évoluer dès le mois d’avril. Ce 9 avril 2026, l’effectif est déjà porté à 14. Pendant le festival, il grimpera à 540 salariés. Auxquels s’ajouteront les prestataires, les sous-traitants des prestataires, les bénévoles : pendant les quatre jours, c’est une fourmilière de 4000 personnes au total.
La première hausse des effectifs en cette période d’avril est directement liée aux recrutements à venir, avec 4 personnes en CDD spécialement dédiées. Mais avec une nouveauté cette année : les Eurockéennes ne vont pas lancer d’appel à candidatures, mais vont plutôt puiser dans le vivier dont elles disposent. « On passait beaucoup trop de temps, compte-tenu du nombre de candidatures, à gérer des refus. Et en plus, on créait des frustrations », explique en substance Jean-Paul Roland.
Ainsi, les Eurockéennes vont d’abord solliciter ceux qui sont déjà intervenus et qui ont donné satisfaction, pour voir s’ils sont disponibles. Ensuite, les personnes qui ont déjà essuyé plusieurs refus seront contactées pour voir si elles sont toujours demandeuses. Les postes concernés vont de l’accueil à la plomberie, en passant par le montage, l’entretien, etc. Et puis, concède Jean-Paul Roland, l’absence du festival No Logo cette année provoque une plus forte disponibilité d’intermittents.
Autre changement cette année, les Eurocks renoncent à leur cops défendant au dispositif de recours aux mineurs. « L’idée était de pouvoir proposer des jobs d’été à des jeunes et de leur faire découvrir l’envers du décors, mais on doit gérer trop de complication administratives », se désole Jean-Paul Roland.
170 entreprises mécènes
Environ 170 entreprises locales participent au budget des Eurockéennes via le mécénat. « C’est sans doute le meilleur indice d’attachement aux Eurocks et de territorialité », se félicite Jean-Paul Roland, directeur de Territoire de Musiques.
Le dispositif de mécénat est encadré par la loi, en l’occurrence, la « loi Aillagon ». Elle autorise aux entreprises mécènes de déduire de leur impôt 60 % de leur don. La contrepartie autorisée est quant à elle plafonnée à un équivalent de 25 % des 40 % du montant donné par le mécène.
. Pour les Eucrockéennes, ces contreparties sont non seulement des billets, mais aussi des visites d’entreprises, des opérations de speed-meeting deux fois par an. Deux personnes ont en charge à plein temps et toute l’année le mécénat au sein de Territoire de Musiques. Les formules proposées aux entreprises s’échelonnent de 7 500 à 25 000 euros.
Jean-Paul Roland et Johanna Donzé, administratrice aux Eurockéennes et une des deux personnes chargées du club des mécènes des Eurocks, soulignent la stabilité des mécènes : « On a quelques départs chaque année, mais qui sont le plus souvent liés à la vie des entreprises, et dix à quinze nouveaux mécènes par an » .

