Il est plus question d’entretien que de rénovation : le chantier actuellement en cours consiste à débarrasser le Lion de Belfort des chlorophytes, sortes d’algues et de lichens, qui recouvrent sa surface et lui donnent son aspect noir. Cette « colonisation biologique », selon les termes de Justine Vignères, conservatrice des monuments historiques à la Drac (direction régionale de l’action culturelle), noircit donc le grès rose dont il est fait.
Le dernier nettoyage du Lion remonte à 2019. L’arrivée du Tour de France à Belfort le 17 juillet 2026 a incité la Ville à lancer une nouvelle opération de nettoyage, afin d’offrir son meilleur visage aux caméras de télévision. Question d’image de la ville.
Le grès des Vosges dont il est fait est une pierre assez fragile. Raison pour laquelle les Monuments de France ont souhaité adopter une méthode moins abrasive que les précédentes. « Le grès est très sensible, poursuite Justine Vignères. Il y a un risque d’érosion des lignes sculptées. »
En 2019, explique Laurent Casadei, technicien responsable du patrimoine bâti de la vieille ville de Belfort, la technique retenue était l’hydrogommage : une projection d’un mélange d’eau et de sable
Cette fois, la Drac a préconisé l’utilisation d’un produit à base d’huiles essentielles, afin que le Lion retrouve son teint rose : il s’agit d’un produit biocide, qui offre l’avantage de l’innocuité pour les personnes, l’environnement et la pierre.
Brossage à la main
Le chantier a démarré le 30 mars et doit s’achever pour le 20 mai, veille du Fimu (Festival international de musique). Le temps nécessaire pour le montage de l’échafaudage, la pulvérisation du biocide, le brossage à la brosse à racines, et enfin le démontage de l’échafaudage.
L’échafaudage à lui seul requiert une bonne technicité. Sa mise en place a demandé une semaine et demi. Il est hors de question de mettre des points d’ancrage dans la roche de la statue et il faut épouser au maximum sa forme, afin que les ouvriers puissent être au plus proche. Des appuis sont pris sur la statue en lui assurant une protection pour le pas que le métal de l’échafaudage ne l’altère. Quelques anneaux déjà présents permettent toutefois des arrimages, et surtout de mettre en place des dispositifs de sécurité par cordes et mousquetons pour les ouvriers.
Comme en 2019, le chantier a été attribué à l’entreprise Albizzati. En 2019, cela correspondait au centenaire de l’entreprise. « Même si c’est la deuxième fois, c’est une vraie fierté et une vraie émotion », témoigne Jean-Louis Albizati. Et peut-être encore plus pour Afrim Dina, Anel Ljesnjanin, Adam Moussa Mohamed, Umit Sabahyeli et Sabit Zharku, les salariés qui redonnent son lustre à ce phare du patrimoine belfortain.
Lors du nettoyage de 2019, seulement trois personnes ont été affectées au chantier, avec une machine d’hydrogommage. Cette fois, afin que le chantier ne le dure pas plus longtemps malgré la technique du biocide et du brossage, cinq personnes sont mobilisées. « La durée du chantier est identique, mais il y a plus d’heures de travail dessus », résume Jean-Louis Albizati. En plus du nettoyage, quelques joints abimés pourront être refaits.
A l’origine, recouvert d’un badigeon gris
Depuis au moins le milieu du XXe siècle, les Belfortains ont l’habitude de voir le Lion comme aujourd’hui, c’est-à-dire avec ses pierres apparentes. Or, à l’origine, il était recouvert d’un badigeon gris. C’est comme cela que l’avait voulu le sculpteur Auguste Bartholdi. D’ailleurs, une reproduction de carte postale sur un panneau explicatif de la plateforme du Lion le montre ainsi peint. Si les joints des pierres sont presque complètement masqués, les courbes des muscles du Lion semblent être mieux mis en valeur avec le badigeon.
« Le grès rose des Vosges n’est pas une pierre destinée à être exposée », rappelle Justine Vignères. Ceci en raison de sa fragilité. Lors de sa livraison en 1880, le Lion était donc recouvert d’un badigeon gris (voir notre diaporama) et il semble que cette couche a été renouvelée à plusieurs reprises. Au XXe siècle, la pierre apparente a été petit à petit préférée. Histoire de goûts, de mode. Pour l’instant, on n’a pas encore daté exactement le retrait du badigeon, mais le Lion fait l’objet de nettoyages réguliers depuis 1980.
Les Monuments de France s’interrogent sur l’opportunité de revenir à cet état initial avec un badigeon, qui était donc celui voulu par Bartholdi. La Ville a demandé des études supplémentaires. Le risque existe en effet de choquer les Belfortains, habitués à voir le Lion en pierres apparentes. Lorsque la cathédrale Saint-Christophe de Belfort a été refaite, il y avait eu un débat autour de l’idée de revenir à des tuiles roses originelles, au lieu des tuiles d’ardoise auxquelles les Belfortains étaient habitués, se souvient Laurent Casadei, le responsable du patrimoine bâti à la Ville. Ce sont finalement des tuiles roses comme à l’origine qui ont été choisies.
Un badigeon de teinte grès pourrait être la solution alternative qui satisferait tout le monde : l’aspect du Lion ne serait pas modifié pour les Belfortains et sa pierre serait protégée. « Notre premier objectif est d’assurer la meilleure conservation possible et le second de retrouver le plus possible l’état qui était celui voulu par Bartholdi », explique Justine Vignères.
Le nettoyage représente un budget de 60 000 euros financés par la ville, avec une subvention de l’Etat de 40 %.
Aidez-nous à installer et développer un site d’informations en accès gratuit dans le nord Franche-Comté! Letrois.info vous propose de l’info locale de qualité pour vous aider à comprendre les grands enjeux de la région de Belfort-Montbéliard-Héricourt, qui constitue un bassin économique et un bassin de vie au-delà des frontières administratives.









