Louis Deroin : « Le coût de l’énergie a été le véritable accélérateur des difficultés »

À l’occasion de ses vœux, le président du syndicat patronal CPME nord Franche-Comté, Louis Deroin, a déploré le manque de considération accordé aux corps intermédiaires dans le dialogue social. Il est revenu aussi sur les difficultés des entreprises, confrontées à une multitude de crises et émet un point de vigilance sur la sous-traitance automobile. Interview, en marge de la cérémonie.
Louis Deroin, président de la CPME Nord Franche-Comté. | ©Le Trois – Thibault Quartier
À l’occasion de ses vœux, le président du syndicat patronal CPME nord Franche-Comté, Louis Deroin, a déploré le manque de considération accordé aux corps intermédiaires dans le dialogue social. Il est revenu aussi sur les difficultés des entreprises, confrontées à une multitude de crises et émet un point de vigilance sur la sous-traitance automobile. Interview, en marge de la cérémonie.

Vous souhaitez pousser un coup de gueule. Que dénoncez-vous ?

Une attitude. Une attitude par rapport à cette manière dont notre pays est en train de se gérer au travers de collectifs informels, capables de tout bloquer et de faire changer de position un gouvernement, alors qu’ils ne représentent qu’à peine 200 personnes.

Qu’est-ce qui vous inquiète avec cette forme de contestation ?

C’est en train de casser l’équilibre de fonctionnement de notre société, qui repose aujourd’hui sur le dialogue social avec un État d’un côté, des organisations syndicales salariées et des organisations patronales de l’autre. C’est cette relation tripartite qui nous permet de construire les mesures sociales, les mesures économiques, les mesures en faveur du travail, de débattre. Où va-t-on demain s’il suffit qu’une poignée bien médiatisée bloque un pays [et que] les acteurs qui sont légitimement là pour négocier, discuter et trouver des solutions sont mis de côté ?

Vous avez le sentiment que l’on n’écoute plus les partenaires sociaux, comme l’est la confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) ?

Entre autre. Et je trouve que c’est encore plus violent pour les syndicats salariés. C’est grave. Et leur seule solution, aujourd’hui, c’est de déclencher un mouvement de grève de dingue et d’avoir plus d’un million de personnes dans la rue (1,12 million de personnes ont manifesté jeudi 19 janvier, selon le ministère de l’Intérieur, et 2 millions selon la CGT, NDLR), simplement – et ce n’est pas forcément que le sujet des retraites qui les motive  – pour dire qu’ils existent et qu’ils sont les interlocuteurs avec qui discuter. Si vous écoutez les commentaires du lendemain de la grève, de nombreux leaders syndicaux disaient : « C’est nous les organisations légitimes. » Ce qui veut bien dire qu’ils ont eu le sentiment de perdre cette légitimité.

Où va-t-on demain s’il suffit qu’une poignée bien médiatisée bloque un pays [et que] les acteurs qui sont légitimement là pour négocier, discuter et trouver des solutions sont mis de côté ?
Louis Deroin

Aujourd’hui, quels sont vos points d’inquiétude ?

Paradoxalement, l’immobilisme et le changement. L’immobilisme, parce qu’il y a beaucoup de choses qui doivent évoluer et qui ont énormément de mal à évoluer – la simplification administrative par exemple. Et le changement, qui n’est pas fait de manière préparée et constructive et qui, dans les petites entreprises, crée des séismes qui pourraient être évités si c’était mieux accompagné.

À quoi pensez-vous par exemple ?

Actuellement, on parle par exemple du PGE, qui était une excellente mesure pour accompagner les entreprises. Depuis presque deux ans, nous disons qu’il faut simplement amender la procédure de remboursement de ce PGE, l’étaler. Nous le disions déjà avant la crise des matières premières. Nous le disions déjà avant les problèmes de recrutement. Et là, nous avons la crise de l’énergie qui amplifie tout cela. Si nous ne trouvons pas une solution pour étaler le remboursement du PGE (prêt garanti par l’État, NDLR), nous allons mettre des entreprises à genoux.

 

Si nous ne sommes pas capables de faire muter les compétences de nos collaborateurs dans la filière automobile vers les nouveaux métiers, nous allons forcément avoir un séisme
Louis Deroin

Sentez-vous, dans le nord Franche-Comté, que les entreprises sont en difficultés ? Certaines pourraient-elles mettre la clé sous la porte ?

Oui. Il y a des entreprises pour lesquelles nous sommes très inquiets. Notre dispositif Casques bleus croisent des situations beaucoup plus difficiles que celles que nous avions connues précédemment. Avec un coût de l’énergie qui a été le véritable accélérateur des difficultés.

Quel voeux formulez-vous pour 2023 ?

Au-delà de mon coup de gueule face au risque de disparition d’un dialogue équilibré, je lance un appel à travailler ensemble. Que chaque acteur, quel qu’il soit, ne soit pas dans le dogme, ni les contraintes. Les contraintes de son système, de son administration… Qu’il ne soit pas non plus dans le dogme de ses idéaux. Que chacun soit capable de s’écouter pour essayer de trouver une solution. C’est ensemble que nous réussirons à passer 2023.

La CPME rayonne à l’échelle du nord Franche-Comté. En 2023, sur quels secteurs économiques avez-vous un point de vigilance ?   

Il y a quelques temps, j’aurais plutôt parlé du secteur industriel belfortain. Aujourd’hui, la dynamique hydrogène va plutôt dans le bon sens. Les évolutions avec General Electric et Alstom aussi. L’inquiétude est forcément plus sur la filière automobile et le devenir de toute la chaine de sous-traitance, qui n’est probablement pas encore en marche par rapport aux mutations qui arrivent. Des mutations qui risquent d’être beaucoup plus rapides [que ce qu’on pensait].

On annonce déjà -5% d’emplois dans le secteur automobile (lire notre article) en Bourgogne-Franche-Comté entre juin 2021 et juin 2022. Que vous inspire cette donnée de l’Insee ?

Des prémices. Si nous ne sommes pas capables de faire muter les compétences de nos collaborateurs dans la filière automobile vers les nouveaux métiers, nous allons forcément avoir un séisme. L’enjeu va être là : avoir les compétences qui permettent aux entreprises de se diversifier vers de nouveaux métiers et que ces entreprises soient accompagner vers cette diversification.

En 2022, beaucoup de Français ont pris conscience des effets du dérèglement climatique, notamment avec les incendies. 2022, c’est aussi la crise énergétique, accentuée par la guerre en Ukraine. On voit l’urgence pour les entreprises d’engager une transition. Comment va-t-on les accompagner pour moins consommer d’énergie, être plus vertueuses ?

Par une intelligence collective sur tous les sujets. Cela va passer par l’innovation, où l’on devra trouver des machines-outils moins consommatrice d’énergie, par une rationalisation des process de fabrication, comme les chefs d’entreprise savent le faire. Cela va passer par plus d’intelligence dans les mobilités, pour le transport des marchandises. Et cela va passer par le sujet de l’arrivée des nouvelles énergies et de leur capacité à fournir les volumes nécessaires pour l’industrie, mais aussi par l’arrivée de [la filière] hydrogène, mais pas uniquement la production [d’équipements], aussi la production d’hydrogène propre.

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