Législatives : ce candidat chevènementiste qui bouscule la politique belfortaine

Le retour de Jean-Pierre Chevènement à Belfort provoque des heurts dans le microcosme politique. Son intention d’encourager la candidature de Baptiste Petitjean aux élections législatives, soutenue par Emmanuel Macron, bouscule à gauche, sa famille d’origine, comme au sein des partisans de l’actuelle majorité présidentielle.

Le retour de Jean-Pierre Chevènement à Belfort provoque des heurts dans le microcosme politique. Son intention d’encourager la candidature de Baptiste Petitjean aux élections législatives, soutenue par Emmanuel Macron, bouscule à gauche, sa famille d’origine, comme au sein des partisans de l’actuelle majorité présidentielle.

L’organisation d’un meeting de Jean-Pierre Chevènement, à Belfort, pour soutenir la réélection d’Emmanuel Macron au 2nd tour de l’élection présidentielle, ce dimanche 24 avril, laisse des traces dans la cité du Lion. Si le meeting n’a pas déplacé les foules – 150 personnes selon les organisateurs – il suscite par contre des remous.

La figure politique affirme avec vigueur son soutien au président sortant ; il l’avait déjà fait le 10 février, lorsque le chef de l’État avait relancé la filière nucléaire depuis Belfort et confirmé le retour de la turbine Arabelle sous pavillon français (lire notre article). Mais à côté de ce soutien de poids au chef de l’État, il organise également l’investiture de Baptiste Petitjean comme candidat soutenu par Emmanuel Macron dans la 2e circonscription du Territoire de Belfort lors des élections législatives des 12 et 19 juin ; celui que l’on surnomme le lion de Belfort doit aussi lancer dans les prochaines semaines sa nouvelle formation politique, Refondation républicaine.

Baptiste Petitjean est originaire de Belfort et est âgé de 34 ans. Il a été directeur de la fondation Res Publica de 2010 à 2020 ; la fondation a été créée en 2005 par Jean-Pierre Chevènement. Il travaille aujourd’hui comme conseiller au Haut-commissariat au plan, piloté par François Bayrou. Il suit les questions liées à la reconquête de l’appareil productif et à l’agriculture. Le jeune homme est engagé auprès de Jean-Pierre Chevènement depuis 2002, lorsqu’il a été battu aux élections législatives dans la 2e circonscription du Territoire de Belfort par un certain Michel Zumkeller… député UDI sortant de la circonscription et candidat pour une 4e réélection (lire notre article).

Quelle place pour LREM ?

Officiellement, personne ne confirme cette candidature. Officieusement, personne n’est dupe de l’intention. Plusieurs sources confirment que Baptiste Petitjean a organisé des rencontres ces dernières semaines pour préparer une candidature. « Nous sommes complètement tournés vers le second tour, répond simplement l’intéressé, joint par téléphone. Le climat politique est exceptionnel. Les enjeux sont importants. Nous ne sommes pas du tout dans cette phase [des législatives]. » Il confirme qu’aujourd’hui, l’enjeu est de « convaincre » les Français de voter Emmanuel Macron, puis de « gagner ». « Ensuite, on réfléchira », glisse-t-il. L’élection présidentielle se termine ce dimanche soir, mais de nombreux regards sont déjà tournés vers les deux week-ends du mois de juin. Pour préserver les susceptibilités, on met par ailleurs en avant les procédures de désignation internes aux mouvements, qui ne seront en effet dévoilées qu’à la suite de l’élection présidentielle.

Le résultat du scrutin de ce week-end aura inévitablement des répercussions sur les investitures. Mais des discussions, si ce n’est des négociations, sont déjà en cours chez les macronistes. Dans ce jeu, on ne peut ignorer que La République en Marche (LREM) libère déjà la place à son partenaire du MoDem dans la 1re circonscription du Territoire de Belfort, comme en 2017 ; la candidature de Thiébaud Grudler est régulièrement avancée. De fait, si la candidature de Baptiste Petitjean était confirmée dans la 2e circonscription, le parti d’Emmanuel Macron n’aurait donc pas de candidat « maison » dans le Territoire de Belfort. C’était Bruno Kern en 2017. Sa candidature reste, qui plus est, « d’actualité », confirme-t-il au Trois. « Je n’imagine pas que Jean-Pierre Chevènement ait monnayé son ralliement pour quelques plats de lentilles », image-t-il. « C’est une figure morale pour laquelle Emmanuel Macron a beaucoup d’affection. Mais ce n’est pas parce que vous êtes une figure morale que vous revenez chef de parti, ajoute Bruno Kern. Votre serviteur (Bruno Kern, NDLR) tient la boutique depuis 5 ans. Il a été de tous les scrutins et a son mot à dire. » Et un macroniste de souffler : « Ce n’est plus le moment des parachutages. »

Des plaies ouvertes

Si ce retour suscite des interrogations dans le camp macroniste, il n’épargne pas non plus la gauche et les anciens proches de Jean-Pierre Chevènement. Il rebat les cartes, beaucoup plus que le simple soutien de l’ancien maire de Belfort à Emmanuel Macron, formulé au mois de février sur le dossier Alstom. « Jean-Pierre Chevènement finit de fracturer ses anciens amis », remarque un observateur avisé de la vie politique locale. Et ce retour ravive des plaies dans la gauche belfortaine, qui étaient loin d’être refermées.

Selon nos informations, Jean-Pierre Chevènement a par exemple sondé l’entourage de Mathilde Regnaud, conseillère municipale d’opposition, pour qu’elle soit la suppléante de Baptiste Petitjean. Elle a refusé catégoriquement. « Je continue de défendre les valeurs de la gauche et l’écologie », a-t-elle précisé au Trois par téléphone. Elle pourrait être candidate, avec l’Union populaire, mais conditionne aussi son engagement au soutien des Verts, donc à un accord entre les forces politiques et un rassemblement de la gauche, du moins d’une partie de la gauche. Du côté des Insoumis, « nous ne nous exprimons pas sur les législatives tant qu’il n’y a pas de candidats désignés », précise Florian Chauche, chef de file de La France insoumise dans le Territoire de Belfort. Des négociations sont déjà ouvertes à l’échelle nationale entre les forces de gauche pour discuter des soutiens, des répartitions de circonscription et des investitures. D’autres discussions pourront avoir lieu localement ensuite.

« Pour les prochaines législatives, les nombreux suffrages obtenus par Jean-Luc Mélenchon dans tout le département donnent à La France Insoumise la légitimité de choisir les candidatures de l’union populaire. Je soutiendrai leur choix en espérant qu’il traduise la volonté de rassembler la gauche et les écologistes », a précisé Christian Proust ce mercredi matin sur Facebook. Mais l’ancien président du conseil général du Territoire de Belfort, qui a formé un binôme avec Jean-Pierre Chevènement, a surtout pris la parole pour dire qu’il « ne partage pas le choix [que Jean-Pierre Chevènement] a fait de soutenir E. Macron dans cette élection présidentielle ». Il précise alors qu’il ne soutiendrait pas un « candidat éventuel d’un parti allié à LREM ».

Mais s’il profite de cette tribune pour clarifier sa position vis-à-vis de la posture de la figure tutélaire du Territoire de Belfort, il encourage aussi implicitement son choix en faveur d’une candidature de Mathilde Regnaud. Il marque surtout sa différence avec l’autre mouvement de gauche du Territoire de Belfort. Il attaque Bastien Faudot, élu municipal et départemental d’opposition, membre de la Gauche républicaine et socialiste (GRS), ancien proche de Jean-Pierre Chevènement et de Christian Proust. Leur rupture est actée depuis la campagne municipale, fin 2019. Christian Proust lui reproche (voir post Facebook ci-dessus) de véhiculer une « rumeur » dans laquelle il soutiendrait Jean-Pierre Chevènement.

Contacté, Bastien Faudot affirme n’avoir jamais sous-entendu que Christian Proust soutiendrait un candidat de Jean-Pierre Chevènement. Dans un texto émanant de l’élu GRS et destiné à un membre de La France insoumise du Territoire de Belfort, que Le Trois a pu consulter, Bastien Faudot affirme : « Proust a garanti [à Jean-Pierre Chevènement] qu’il ne l’embêterait pas au nord (dans la 2e circonscription, NDLR). » Ce message est à l’origine de cette rumeur que Christian Proust considère avec intérêt. Selon Bastien Faudot, il n’évoque pas le soutien de l’ancien président du Département à un candidat de Jean-Pierre Chevènement mais plutôt une posture où il ne viendrait pas menacer pas son ancien mentor. Se pose alors la question de la candidature de Mathilde Regnaud et de la circonscription où elle s’engagerait. Nord ou Sud ? Et explique aussi pourquoi Samia Jaber, proche de Bastien Faudot, a dégainé une candidature dans l’entre-deux tour de la présidentielle (lire notre article) dans la 2e circonscription du Territoire de Belfort. Christian Proust dénonce justement, ensuite, cette « candidature de division » assure-t-il. « Si elle était maintenue, cette candidature n’aurait pour seul effet que de rendre plus difficile l’élection pourtant possible d’un.e député.e de l’union populaire compte tenu de la division de la droite », estime Christian Proust. La candidature de Samia Jaber, conseillère municipale et départementale d’opposition, s’inscrit dans des thématiques chères à Jean-Pierre Chevènement, celles de l’industrie, des valeurs républicaines et de la souveraineté. Mais en marquant catégoriquement un attachement à gauche, en opposition à « l’ultra-libéralisme’ d’Emmanuel Macron.

Au-delà de la dénonciation d’une « rumeur » – qui tout en la dénonçant lui donne du corps – on observe surtout des postures en réaction au retour de Jean-Pierre Chevènement dans le jeu politique belfortain. Chacun se place et redoute qu’une autre force de gauche ne vienne diviser les voix. Surtout, ce retour oblige à abattre ses cartes de crainte d’être dépassé. Qui pour porter les grandes idées qui ont marqué le parcours politique de Jean-Pierre Chevènement ? Et où se placent-elles dans cette recomposition politique qui s’opère en France ? C’est dans une lutte fratricide que s’est engagé ce débat qui va animer les prochaines élections législatives dans le Territoire de Belfort.

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