Le prestige de la ration de combat française [vidéo]

24 heures avec le 35e RI. Le Trois a passé 24 heures avec les soldats de la 4e compagnie du 35e régiment d’infanterie de Belfort, lors d’un stage d’aguerrissement dans les Vosges. Dans ce dernier opus, on s’intéresse aux rations de combat individuelles réchauffables (RCIR). Réputées à travers le monde, elles sont confectionnées avec soin. Dégustation d’une arme singulière, non dénuée d’intérêts tactiques ! Et qui répond à une multitude de contraintes.

24 heures avec le 35e RI. Le Trois a passé 24 heures avec les soldats de la 4e compagnie du 35e régiment d’infanterie de Belfort, lors d’un stage d’aguerrissement dans les Vosges. Dans ce dernier opus de notre série estivale, on s’intéresse aux rations de combat individuelles réchauffables (RCIR). Réputées à travers le monde, elles sont confectionnées avec soin. Dégustation d’une arme singulière, non dénuée d’intérêts tactiques ! Et qui répond à une multitude de contraintes.

12 h 30, en ce mardi de fin juin. La chaleur est étouffante dans cette vallée vosgienne. Le capitaine Julien, commandant de la 4e compagnie – les Scorpions – du 35e régiment d’infanterie de Belfort, donne l’ordre de s’arrêter sous un hangar, à Bussang, non loin du casino. On a 15 minutes pour casser une graine. Tout le monde déballe sa ration de combat individuelle réchauffable (RCIR).

La boîte, qui pèse 1,5 kg, « couvre les besoins alimentaires journaliers d’un combattant qui n’a pas accès à une alimentation traditionnelle », indique l’armée de terre dans une vidéo de présentation de la ration. Sa valeur énergétique correspond à 3 200 kilos calories, soit les besoins d’un homme pour répondre à l’effort d’une marche de 30 km rappelaient Les Échos en 2019. Elle comprend 13 % de protides, 32 % de lipides et 55 % de glucides.

Mais pour déjeuner, pas le temps de sortir le kit pour réchauffer. Le risotto de porc aux champignons sera consommé froid. C’est prévu pour et ça se mange plutôt bien. « Si t’as pas de fourchette, m’interpelle le soldat Ludovic, je te conseille d’utiliser les biscuits salés. » Méthode très efficace. Les biscuits sont (bien) solides. Et après avoir avalé une bonne douzaine de kilomètres en 4 heures, se rassasier fait du bien. Et le plaisir n’est pas absent.

24 heures avec le 35e RI

Épisode 1 : « Sur le pied de guerre avec les soldats du 35e régiment d’infanterie » (lire ici)

Épisode 2 : « Au coeur d’une mission furtive du 35e régiment d’infanterie » (lire ici)

Les rations françaises jouissent d’une sacrée cote de popularité à l’internationale. On n’hésite pas à dire que ce sont les meilleures du monde. On pourrait quasiment parler de Soft power. En 2010, en Afghanistan, il se disait qu’une ration française se troquait contre cinq rations américaines. Ce sont les Américains qui ont introduit cette idée lors de la Seconde Guerre mondiale avec la ration K des troupes aéroportées, du docteur Ancel Keys. Et cette réputation de la ration française dépasse les cercles de l’armée ; on trouve même des rations en vente sur Ebay, conseillées pour les randonnées, les parties de pêche, de chasse et les bivouacs. Les prix oscillent entre 11,25 euros et 16,8 euros l’unité. Son coût unitaire pour l’armée : 10,8 euros. La ration française dispose même d’une page Wikipedia !

 

[ En images ]

Photos prises par Le Trois – Thibault Quartier

« C’est du moralex »

Risotto, canard aux olives, sauté de lapin, porc créole, veau marengo, rougaille saucisse, tartiflette… Les plats cuisinés de 300 gr, en conserve, sont variés et brassent l’ensemble de la gastronomie française, de la métropole aux territoires d’outre-mer. Pour parler à tout le monde. En tout, le centre d’expertise du soutien du combattant et des forces a concocté 14 menus ; ainsi, chaque soldat peut tenir une semaine en ne mangeant qu’une fois le même plat. La moitié des menus est aussi sans porc.

Mais que trouve-t-on dans la ration ? La ration comprend trois repas : un petit-déjeuner ; un déjeuner ; et un dîner. Outre deux plats cuisinés, on trouve un hors d’œuvre, comme un pâté Henaff, qui fournit les armées depuis 1920, une terrine, des sardines ou des rillettes. On trouve également des pâtes de fruit (excellentes !), du chocolat du Comtois Klaus, du nougat, des barres de céréales, des biscuits de campagne (bien ferme !), un ensemble petit-déjeuner avec café, lait en poudre et du muesli. On trouve aussi une soupe lyophilisée, un dessert et une poudre énergisante à diluer dans l’eau. Les menus sont régulièrement changés. Un petit kit pour réchauffer est fourni, accompagné de comprimés de purification d’eau et d’un sac poubelle. Il y a même un paquet de mouchoirs.

Dans une vidéo de l’armée (à retrouver ci-dessus), le chef Thierry Marx remarque que l’importance dans la cuisine et le fait de se nourrir, c’est de savoir avec qui on « partage » le moment. Les repas sont des temps de retrouvailles. « De reconstruction », formule-t-il. D’où l’intérêt d’y prêter attention. Et on le voit bien à l’arrivée au campement, quand les services de logistique déchargent les cartons de rations. Chacun se sert et fait son troc. On échange une barre contre un plat. Du chocolat contre du caramel. « C’est l’heure de faire son marché », sourit le lieutenant Marion. L’ambiance est joyeuse.

Cette attention portée aux (menus) plaisirs contribue aussi à casser la monotonie du soldat. « C’est du moralex », résume le capitaine Romain, commandant adjoint des Scorpions. « C’est presqu’une boite de ration qui vaut une étoile », sourit pour sa part le chef (étoilé) Thierry Marx. On est loin des rations au corned beef d’antan, qu’on surnommait « singe ».

La ration de combat individuelle réchauffable (RCIR) française est très réputée. Et manger est toujours un moment d'échanges (©TQ).

« Une armée marche avec son estomac »

Les rations de combat reçoivent cet intérêt particulier depuis les années 1990. Près d’Angers (Maine-et-Loire), aux Ponts-de-Cé, les rations sont assemblées sur une chaine de montage robotisée, dans une usine de 17 000 m2. Le site a été inauguré en 1992. Plus de 2 millions de rations sont expédiées chaque année depuis ce site. Et près de 80 000 analyses y sont faites pour s’assurer de la qualité des rations ; une traçabilité est également mise en place.

Si les apports sont scrutés, l’armée essaie aussi de proposer des menus qui plaisent. C’est un équilibre à trouver. « Il faut trouver le juste milieu entre le goût des jeunes soldats et leurs besoins nutritionnels », valide l’armée. Chaque portion doit par exemple comporter 30 % de viande. Elle doit surtout répondre aux contraintes opérationnelles. Elle est étanche et très solide. Elle doit pouvoir se conserver sous les chaleurs de plomb et par un froid extrême. Et on ne doit pas dépendre d’une date de péremption ; la durée optimale d’utilisation est de 2 ans. On doit pouvoir les transporter facilement dans un sac, sans les éventrer, et pouvoir les parachuter sur une zone inaccessible. 1 million de ces rations sont stockées en France et accessible. Les préfets peuvent les mobiliser, en cas de catastrophe naturelle, comme des inondations par exemple.

Il est 21 h. C’est l’heure de boire un thé, avant d’aller se coucher sous la bâche, un campement rudimentaire, mais efficace. Un petit plaisir après une très longue marche. Une manière de se réchauffer alors que la pluie s’annonce. La majorité de la compagnie s’endort, pendant qu’une poignée de soldats dépense encore de l’énergie en assurant la garde. Avant de reprendre la route le lendemain. Rassasiés. Car comme le rappelait Napoléon Ier : « Une armée marche avec son estomac. »

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