Le Jura, rural mais industrialisé, encaisse douloureusement la crise sanitaire

Département rural mais fortement industrialisé, le Jura affronte à bas bruit mais douloureusement les conséquences de la crise de la covid-19 qui mine son économie et menace des centaines d’emplois, même s’il ne manque pas d’atouts.

(AFP)

Département rural mais fortement industrialisé, le Jura affronte à bas bruit mais douloureusement les conséquences de la crise de la covid-19 qui mine son économie et menace des centaines d’emplois, même s’il ne manque pas d’atouts.

Dans ce département de 260 000 habitants, frontalier de la Suisse, les annonces de plans sociaux et de restructurations aux conséquences délétères sur l’emploi se sont succédé en septembre et octobre. Exemples les plus marquants : la fermeture programmée mi-2021 de l’usine d’outils coupants LMT-Belin, le redressement judiciaire du lunetier L’Amy, la mise en vente du fabricant de sanitaires Jacob Delafon et les difficultés du sous-traitant aéronautique SKF Aerospace et de la fonderie automobile MBF Aluminium.

Au total, ce sont quelque 700 emplois supprimés ou en sursis. La covid-19 a mis à mal des pans entiers de l’industrie de ce département qui figure proportionnellement parmi les plus industrialisés de France avec un tiers de ses emplois salariés, soit 18 000 personnes, relevant de ce secteur. La crise sanitaire a révélé ses fragilités en dépit d’indéniables signes de robustesse. Ainsi, la situation de dépendance à un groupe étranger est fatale à l’usine LMT-Belin à Lavancia-Epercy, son actionnaire allemand se recentrant sur ses sites outre-Rhin. Quant à l’usine Jacob Delafon, près de Dole, son propriétaire américain Kohler a annoncé aux 151 salariés qu’elle ne « s’inscrirait plus dans sa stratégie » à compter de 2021. 

"La covid, un prétexte"

« C’est un savoir-faire français unique et plus que centenaire qui menace de disparaître si aucune solution de reprise n’est trouvée d’ici à fin janvier », alerte Rodolphe Gomis, élu CFE-CGC. « L’éloignement des centres de décision constitue sans doute un point faible de certains établissements industriels » jurassiens, pointe Denis Prat, directeur de l’antenne départementale de la Banque de France.

MBF Aluminium, à Saint-Claude, revendique en revanche le soutien de son actionnaire, le Britannique CMV. « Il a mis 12 millions d’euros de caution en 2018 pour notre dernier gros investissement », relève la directrice générale Adeline Munarolo. Mais « c’est le non-respect des engagements de commandes de Renault » qui hypothèque l’avenir du site de 260 salariés, selon sa dirigeante. Fait insolite, elle a organisé une manifestation pour la défense de ces emplois le 15 octobre.

« La covid, c’est un prétexte qu’ont pris des employeurs lointains pour rayer des sites de la carte et masquer leurs erreurs stratégiques », juge Richard Dhivers, secrétaire général de l’union départementale CGT. Autre handicap selon M. Dhivers, « le patronat local manque de volonté pour développer la formation et prendre les virages technologiques ». Dans l’industrie de la lunette – une tradition jurassienne –, une « grappe » d’industriels se constitue toutefois entre les nombreuses PME locales, pour développer des activités comme la « robotique de précision », signale David Philot, préfet du Jura. 

"Culture professionnelle"

Le Jura estime ne pas manquer d’atouts pour passer le cap de la crise. « L’industrie est bien diversifiée, elle ne dépend pas d’un seul secteur comme l’automobile », observe ainsi Christophe Thiébaud, président de la CPME du Jura. David Philot relève aussi la « qualité de la main-d’oeuvre, à forte culture professionnelle ». « C’est un territoire de compétences, de dynamisme entrepreneurial, riche de belles entreprises familiales », ajoute le représentant de l’État. Par ailleurs, la position géographique est considérée comme « avantageuse » par Denis Prat, « entre Lyon, l’Allemagne et la Suisse, avec des infrastructures routières de qualité dans le département ».

Avant le confinement, le Jura affichait un taux de chômage faible : 5,5 % à fin mars 2020, en baisse de près d’un point sur un an. Cette performance, aidée par le travail frontalier en Suisse qui concerne 6 000 actifs, va « bien sûr » se dégrader, prédit le préfet, mais de façon contenue, espère-t-il. Le chômage partiel, qui a bénéficié à près de 40 000 salariés sur 56 000 depuis mars selon les chiffres de la Banques de France, devrait continuer à jouer son rôle d’amortisseur de la crise, ajoute M. Philot qui annonce « une dizaine » de dossiers d’activité partielle longue durée (jusqu’à deux ans) en discussion.

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