Gregory Pastor (CGT) : « Il y a un désengagement total de General Electric en Europe »

Gregory Pastor est le coordinateur de la CGT pour General Electric, en France, mais également secrétaire pour le comité de groupe européen du géant américain, pour la branche power. Cette branche regroupe les entités gaz (turbines à gaz), Steam (nucléaire et charbon) et Power conversion, dont la spécialité est la conversion de puissance. Ce salarié de Power Conversion milite pour une vision d’ensemble, qui dépasse les branches de General Electric et les établissements. Entretien.

Gregory Pastor est le coordinateur de la CGT pour General Electric, en France, mais également secrétaire pour le comité de groupe européen du géant américain, pour la branche power. Cette branche regroupe les entités gaz (turbines à gaz), Steam (nucléaire et charbon) et Power conversion, dont la spécialité est la conversion de puissance. Ce salarié de Power Conversion milite pour une vision d’ensemble, qui dépasse les branches de General Electric et les établissements. Entretien.

Vous militez pour une vision européenne de General Electric. Pourquoi est-ce si important cette échelle d’analyse ?

Il faut différencier la gestion et le pilotage. La gestion appartient à l’établissement, comme peut l’être GE EPF (l’entité française des turbines à gaz, qui a subi un important plan social en 2019) ou Hydro. Le pilotage, lui, est ramené à l’échelle mondiale. Si tu veux comprendre le pilotage, il faut au moins le regarder à l’échelle européenne, donc au niveau du comité de groupe européen. Stratégiquement, General Electric regarde le marché européen et non pas le marché de l’établissement. Dans la conception de General Electric, les entités européennes doivent être principalement orientées vers l’Europe ; c’est le principe de régionalisation. Un continent répond à un continent. C’est une connerie monstre, car tu coupes les productions, l’engineering et le commercial. À Power conversion, c’est ce que nous avons justement réussi à éviter, en restant des établissements P&L, c’est-à-dire profits & loses.

Quel est le projet de General Electric en Europe ?

C’est assez simple. Il y a un désengagement total. On abandonne le marché du neuf, car il n’y en a pas en Europe ; rien n’est donc donné aux entités orientées vers le neuf pour se développer.  L’Europe n’est que positionnée sur les services, là où on peut marger le plus. L’Europe sera principalement spécialisée pour répondre au parc existant, et non pas pour le renouveler. [En Europe], General Electric s’oriente vers l’éolien, qui n’est pas un marché mature, comme peut l’être le gaz. C’est un marché en devenir. Les PSE actuels financent ces investissements. Mais les choix de l’éolien sont des choix financiers, car c’est sur la maintenance que l’on réalise des marges. Et l’éolien n’est pas cher à produire. La deuxième question concerne le positionnement de General Electric par rapport à l’intérêt que nous pouvons avoir vis-à-vis de la transition énergétique. Mais le profit passe d’abord. Pourtant, nous avons des entreprises utiles. Prenons l’exemple d’Hydro : il n’y a pas mieux en énergie décarbonnée. Le gaz, on en a besoin face à l’intermittence de l’éolien. Enfin, dès que tu as un client et un fournisseur, tu as forcément du réseau. Et nous avons l’entité Grid.

On critique souvent l’approche de l’industriel américain…

General Electric ne sait pas développer de compétences. Quand il a des besoins, il achète. Quand il n’a plus de besoins, il vend ou il casse. [Il organise] l’abandon de l’Europe et il fait des restructuration pour avoir des entités vendables. On donne de l’autonomie, on repositionnement sur les services, on découpe les entités les unes des autres, pour pouvoir vendre par appartement. Avec le rachat d’Alstom (en 2015, NDLR), il y a l’illusion qu’il y aurait un repositionnement vers l’Europe. Mais General Electric est incapable de gérer une société axée sur le projet. L’intégration de la partie Alstom s’est faite au chausse-pied. On a demandé à des entités construites sur des logiques de projet de tout casser au profit d’une logique de produit. Sur le produit, il y a beaucoup plus d’actions pour gérer la marge, alors que dans une logique de projet, on observe beaucoup plus d’érosions de la marge.

« General Electric ne sait pas développer de compétences. Quand il a des besoins, il achète. Quand il n’a plus de besoins, il vend ou il casse. [Il organise] l’abandon de l’Europe et il fait des restructuration pour avoir des entités vendables »
Grégory Pastor
Coordinateur de la CGT chez General Electric

Selon nos informations, 1 200 suppressions de postes (1) sont envisagées en Europe, chez Steam Power…

À ce jour, je ne peux pas m’exprimer sur le sujet. Je suis tenu par la confidentialité et j’estime que des choses doivent être dites par la direction (le comité central économique de l’entité Steam, en France, est programmé le 8 décembre, NDLR).

Vous dénoncez aussi l’attitude du Gouvernement dans ce dossier.

Bruno Le Maire (ministre de l’Économie, NDLR) est un menteur. Par omission, il tolère la casse de l’outil industriel, nécessaire à la transition énergétique, car General Electric fait des embauches dans l’éolien. C’est comme cela que je l’interprète. À ce jour, tous les [nouveaux] emplois à Cherbourg (Manche), Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) et Nantes (Loire-Atlantique) ne sont pas des CDI. Ils ont l’ambition, mais ce ne sont que des emplois précaires. Quand tu fais le lien avec les 1 000 emplois [promis], tu accordes la confiance que tu veux ! On accepte que des entreprises fassent de la casse industrielle pour se positionner sur des dossiers avec de plus fortes marges, plutôt que de trouver des outils pour protéger cette industrie.

« Soyons sur ce qui nous rassemble le plus : protégeons la filière et imposons l’arrêt des plans de sauvegarde de l'emploi (PSE) »
Grégory Pastor
Coordinateur de la CGT chez General Electric

Comment vous positionnez-vous vis-à-vis d’un éventuel rachat de la branche nucléaire de General Electric ?

Attention à ne pas entrer dans un mauvais débat. Est-ce que la branche nucléaire sans le reste a toujours du sens ? La transition énergétique revêt un enjeu majeur, face aux enjeux climatiques, sociaux et énergétiques. Aujourd’hui, General Electric a tous les outils de cette transition : l’hydro-électrique, l’éolien, les turbines à combustible, le nucléaire, les réseaux, l’électrification et la conversion d’énergie. On ne regarde que les producteurs d’énergie, mais il y a aussi les équipementiers. Sans filière industrielle, on court à la catastrophe. La question est de savoir comment définit-on cette filière ? Est-ce la sortie de toute la branche énergie de General Electric pour que la France reste maîtresse de cette filière ? Quels moyens se donne-t-on ? Défendre Belfort, Grenoble ou Villeurbanne en tant qu’individualité, pour nous, c’est une erreur. Il faut préserver la filière dans son intégralité. Comment, à travers du contrôle public, arrive-t-on à protéger ce bien commun qui est la filière industrielle énergétique. Pour la CGT, il faut bloquer tous les PSE (plans de sauvegarde de l’emploi, NDLR) de la branche énergie, que ce soit chez Schneider Electric, Vallourec, Industeel ou encore Framatome.

Que préconisez-vous ?

Il faut toute de suite protéger la filière énergétique, sinon on ne pourra plus faire de retour en arrière. Il faut réintégrer du contrôle public. Il faut mettre tous les moyens en œuvre pour y arriver. Dans un second temps, viendra un temps politique et citoyen où nous ferons le choix du mix énergétique de demain. Les organisations syndicales seront de la partie pour amener leur expertise. Quand, au départ, la CGT a porté ce discours de protection de la filière, nous étions un peu seul. Aujourd’hui, c’est plus partagé. Soyons sur ce qui nous rassemble le plus : protégeons la filière et imposons l’arrêt des PSE. Les financements des PSE doivent être mis dans des investissements pour booster la transition énergétique. On ne peut pas avoir l’un sans l’autre.

(1) Le 4 décembre, L’Est Républicain avançait le chiffre de 1 160.

 

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