General Electric : cette hausse de 20 % d’un haut salaire qui irrite les syndicats

Les négociations salariales annuelles sont très tendues dans l’activité nucléaire de General Electric. Le site de Belfort est bloqué depuis mardi midi et le blocage a été reconduit ce vendredi matin. La découverte d’une forte augmentation du plus haut salaire de l’entreprise est particulièrement mal perçue.

Les négociations salariales annuelles sont très tendues dans l’activité nucléaire de General Electric. Le site de Belfort est bloqué depuis mardi midi (lire notre article) et le blocage a été reconduit ce vendredi matin. La découverte d’une forte augmentation du plus haut salaire de l’entreprise est particulièrement mal perçue. mis à jour le 15 janvier à 20h28

22 500 euros. C’est la paie mensuelle perçue par le plus haut salaire de General Electric Steam Power System, qui regroupe l’activité nucléaire du géant américain, rachetée à Alstom en 2015 et bientôt revendue à l’énergéticien français EDF. Salaire mensuel hors prime rappellent plusieurs organisations syndicales. C’est une donnée mal caviardée – donc initialement cachée – présente dans un document relatif aux négociations annuelles obligatoires (NAO), que Le Trois a pu consulter.

Ce n’est pas le salaire mensuel qui irrite plusieurs représentants syndicaux. C’est l’augmentation constatée en un an. « De 20 % », s’indigne Jean Bérillon, délégué syndical à Sud Industrie. « Et on nous parle de modération », s’emporte-t-il. « Pourquoi faut-il se serrer la ceinture alors que d’autres s’accordent grassement des augmentations, mais qu’ils n’en accordent pas aux autres ? » questionne-t-il, énervé. Même son de cloche du côté de la CGT. « La direction fait état de difficultés et demande à l’ensemble des organisations syndicales, car nous sommes dans une période compliquée, de faire des efforts », regrette Laurent Santoire. Pour lui, l’augmentation de 20 %, que les organisations syndicales ont observé en comparant le plus haut salaire de l’année dernière avec celui de cette année « est une récompense pour avoir été acteur de la vente qui va rapporter 1 milliard d’euros aux actionnaires de GE, sans passer par la case investissement, et pour la gestion du PSE qui a permis d’assainir un bilan financier quitte à fragiliser l’outil industriel. »

« Ce qui me frustre le plus, complète Saïd Bersy, de la CGT, c’est le chantage et le manque de respect, historique, des instances représentatives du personnel. » Le ras-le-bol s’entend dans la voix du délégué syndical. « On ne nous consulte plus. On ne nous invite plus. » En témoigne un nouveau courrier adressé ce vendredi aux salariés de l’établissement Thermal manufacturing Belfort (TMB), qui, dans cette entité nucléaire, fabrique la turbine Arabelle et les alternateurs. C’est l’établissement qui comprend la plus grande part d’ouvriers de l’entité.

Prime Macron annulée

Dans ce courrier, la direction a annoncé aux salariés de l’établissement que la Prime Macron ne serait pas versée ; avant jeudi, la direction proposait 350 euros et les syndicats demandaient 1 000 euros. Cette prime n’est versée qu’aux salariés non-cadres et touchant un salaire inférieur à trois fois le smic. TMB est donc le principal établissement de GE Steam concerné par la prime Macron. « Avec le blocage du site qui s’est prolongé aujourd’hui au-delà de mercredi 12 h, le budget que nous avions envisagé pour une éventuelle Prime Macron a été épuisé et nous avons dû retirer la proposition des 350 euros de la négociation », peut-on lire dans le courrier adressé par la direction, que Le Trois a également pu consulter. « Non seulement on ne s’attaque qu’à TMB, mais en plus, une personne qui n’est pas en grève est aussi interdite de prime », dénonce Saïd Bersy.

Cette prime pouvait être versée à 581 personnes annonce la CGT. Cela représentait une enveloppe totale de 203 350 euros. « Soit 0,2 % de la masse salariale totale de GE Steam Power system », s’insurge Laurent Santoire, qui l’évalue à 100 millions d’euros. Celui-ci est d’autant plus remonté que si la direction a accepté de passer l’augmentation individuelle pour tous de 2,3 à 2,5 %, elle a repris l’enveloppe nécessaire d’un autre côté. « Au final, elle ne donne rien », dénonce-t-il. Pour lui, cette augmentation d’un haut salaire et l’augmentation très limitée est « un mépris de classe ». « On nous fait croire que c’est notre salaire qui crée des difficultés alors que c’est notre travail qui crée de la valeur », analyse-t-il. La direction, dans son courrier, évoque une donnée de la Banque de France qui évalue l’inflation, en France, à 1,64 %, plus faible que l’augmentation accordée. Une manière de dire que l’augmentation est notable.

La direction de GE Gaz au piquet

Deux représentants de la direction de l’entité turbines à gaz de General Electric est venue à la rencontre du piquet de grève, ce vendredi après-midi, apprend-t-on auprès de la CGT. « Ils sont venus dans un climat serein, avec respect, salue Saïd Bersy, délégué syndical CGT, pour échanger sur les raisons de la mobilisation. » La volonté était de trouver une solution pour laisser passer une livraison. Comme c’est un mouvement intersyndical, le piquet n’a pas levé le blocus car toutes les organisations syndicales n’étaient pas présentes pour trancher la question. Le piquet a proposé de revenir lundi matin.

Jean Bérillon regrette également, dans ces négociations, que le montant des dix plus hautes rémunérations de l’entreprise ait disparu du bilan social depuis le rachat de l’entité par General Electric, en 2015. « C’est pourtant une donnée obligatoire », assure-t-il, après s’est renseigné auprès de l’inspection du travail. Ce manque de « transparence » l’agace.

Si le plus haut salaire s’établit à 22 500 euros mensuel, le salaire mensuel moyen de cette catégorie de cadre supérieur s’établit à 11 682 euros. Dans cette entité de General Electric, le salaire médian (c’est-à-dire que la moitié des effectifs a un salaire supérieur, l’autre un salaire inférieur) est de 4 300 euros mensuel, tout en sachant que les ouvriers et les techniciens représentent seulement un tiers des effectifs. En France, selon l’Insee, le salaire médian s’établit à 1 940 euros en 2019. Sollicitées, la CFDT et la CFE-CGC n’étaient pas en mesure de nous répondre lors de notre appel.

Ce vendredi matin, le blocus du site, effectif avec trois barrages, a été renouvelé par les salariés, lors d’une assemblée générale. Les négociations sont dans le dur. Si ce n’est explosive. Une nouvelle assemblée générale est programmée ce lundi, à 10 h. Cette entité nucléaire de General Electric comptait 1 650 salariés, au 31 décembre 2021.

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