General Electric : « C’est un coup de tonnerre »

On attendait les annonces après les élections européennes. Il n’a fallu que 36 heures après les résultats. Plus de 1 000 emplois vont être supprimés à Belfort. Une catastrophe pour le nord Franche-Comté.

On attendait les annonces après les élections européennes. Il n’a fallu que 36 heures après les résultats pour que tombe le couperet. Plus de 1 000 emplois vont être supprimés à Belfort. Une catastrophe pour le nord Franche-Comté (MAJ le 28/05/2019, à 19h39).

« On est assommés. » À la mi-journée, ce mardi midi, les quelques salariés qui bravent les averses ne cachent pas leurs désarrois face à l’annonce de General Electric. C’est l’état de choc. La direction du groupe a en effet confirmé officiellement ce mardi matin ce que tout le monde redoutait tant : un plan social d’ampleur. 1 044 postes supprimés, dont 792 dans l’entité turbine à gaz et 252 à Global operations, une unité européenne support, de comptabilité partagée. Ce service avait ouvert à Cravanche, en 2017. Ces suppressions concernent principalement Belfort. Le site de Chonas sera aussi vendu apprend-t-on auprès d’une source proche du dossier. Quelques postes sont aussi concernés à Boulogne-Billancourt. À Belfort, General Electric emploie près de 4 300 personnes, dont 1 900 dans l’entité turbines à gaz. Ce plan social représente donc le quart des effectifs de la cité du Lion.

3 000 emplois directement concernés

« C’est plus de la moitié des salariés de l’activité gaz (…) qui vont perdre leur emploi avec cette annonce », ont souligné dans un communiqué commun Damien Meslot (LR), maire de Belfort, Marie-Guite Dufay (PS), présidente de la Région Bourgogne-Franche-Comté, les trois parlementaires du département et le président du conseil départemental, Florian Bouquet (LR). Ils dénoncent aussi « l’indécence » de l’opération, pour reprendre les mots du sénateur Cédric Perrin. Moins de 36 heures après l’annonce des résultats des élections européennes. Ce qui fait dire à Sébastien, interrogé porte de la Découverte, que « tout était préparé et négocié d’avance ».

Chez les salariés, méfiants de parler à la presse et prudents « compte tenu du contexte », on n’est pas surpris. En revanche, l’ampleur est inattendue. « C’est un coup de tonnerre », a confié un délégué syndical, qui craint que des « pans entiers d’activités », ne disparaissent. Avec 792 suppressions d’emplois, l’entité turbines à gaz est amputée de plus de 40 % de ses forces vives. « C’est inacceptable », tance Philippe Petitcolin, délégué syndical CFE-CGC, syndicat de cadres, majoritaire à Belfort. Joint à la mi-journée, Dominique Thiriet, secrétaire site de la CGT à General Electric, craignait que ce ne soit « la mort annoncée du site de Belfort ». Qu’avec 800 salariés en moins, le site belfortain n’ait plus la taille critique et ne pèse plus autant dans la cartographie de General Electric. Avec 16 000 collaborateurs dans l’Hexagone, les sites belfortains représentaient le quart du géant américain en France. « On est dans une guerre économique avec les États-Unis, analyse Thierry. C’est un acte de guerre. »

Les salariés sont nombreux à craindre un rapatriement total de General Electric à Greenville, aux États-Unis. Plusieurs redoutent aussi les conséquences sur le travail. « On était déjà surchargés », souffle l’un d’entre eux, pointant du doigt également les problèmes d’organisation et la fuite de Belfort des « fonctions décisionnelles ».

« L’impact économique et social va être extrêmement violent pour nombre de familles et d’entreprises », relève Louis Deroin, président de la CPME 90. Florian Bouquet, président du conseil départemental du Territoire de Belfort, estime que ces 1 000 suppressions de postes vont entraîner, finalement, la suppression de 3 000 emplois directs ou indirects dans le département. Que ce soit chez les sous-traitants, chez les artisans ou dans les commerces, dont l’activité va baisser. Le départ de l’hôpital avait déjà été difficile en 2017 relève un salarié, interpellé ce mardi après-midi. Le nouvelle annoncée risque d’aggraver la situation. « Il s’agit d’une nouvelle épreuve pour la cité du Lion, pour le bassin industriel du nord Franche-Comté et plus largement pour la filière énergie en France », soulignent les élus dans leur communiqué commun.

Malgré le coup reçu sur la tête, Philippe Petitcolin n’est pas « résigné ». « Nous allons nous battre pour qu’il y ait 0 suppression », poursuit-il. Ils ont des arguments. Car si une diversification peut être envisagée à long terme, il faut sauver les emplois et les compétences aujourd’hui.

Cellule psychologique

Les élus ont été avertis de la situation hier soir. Les syndicats ont été avertis ce mardi matin du projet de restructuration. S’enclenche dorénavant une période de consultation. « J’ai pleinement conscience de l’incertitude que cela génère pour vous à titre personnel, mais aussi de l’inquiétude qui peut peser sur votre environnement familial et sur votre entourage », a écrit Catherine Létang, la directrice des ressources humaines, dans un courrier adressé aux salariés au début d’après-midi, que Le Trois a pu consulter. Elle y indique également qu’un renforcement des mesures d’accompagnement social et psychologique est acté. Des groupes de parole seront ouverts à Belfort et Bourogne.

« L’heure est à la mobilisation générale, nous ne lâcherons rien ! » ont conclu les élus dans leur communiqué de presse. Selon nos informations, on a conseillé aux managers de General Electric d’emporter chez eux leurs ordinateurs. Il semblerait que la direction ne craigne un blocage de l’usine. « Il y a des choses à faire, insiste Philippe Petitcolin, à condition d’aller tous dans le même sens. »