Charles Huet : « La Carte française fait découvrir le made in France et donne un coup de pouce budgétaire »

Charles Huet est le p-dg de La Carte française, la première carte cadeau multi-enseigne, qui ne peut être dépensée qu’en produits Made in France. 125 000 produits sont référencés. Surtout, il montre l’impact que peut avoir le Made in France sur la réindustrialisation. Et l’impact d’une telle carte cadeau, notamment lorsque l’on sait que chaque année, les comités d’entreprises distribuent 2 milliards d’euros de cartes cadeaux. Interview avec un pape du made in France, présent à Belfort à l’occasion du forum Reconstruire, ce mercredi 20 octobre.

Charles Huet est le p-dg de La Carte française, la première carte cadeau multi-enseigne, qui ne peut être dépensée qu’en produits Made in France. 125 000 produits sont référencés. Surtout, il montre l’importance du Made in France sur la réindustrialisation. Et le levier que représente un tel dispositif, alors que les comités d’entreprises distribuent 2 milliards d’euros de cartes cadeaux chaque année à Noël. Interview avec un pape du made in France, présent à Belfort à l’occasion du forum Reconstruire.

Comment devient-on un entrepreneur du made In France, alors qu’il n’y avait pas de lumières à l’époque qui invitait à entrer ?

(rire) Nous étions peu nombreux à nous lancer. J’étais animé par la blessure de la désindustrialisation, soucieux du sort de mon pays et voulant agir. Et on peut agir rapidement en entreprenant. Je constatais surtout que l’on pouvait agir tout de suite en tant que consommateur. J’ai donc d’abord voulu l’informer. J’ai quitté mon cabinet de conseils pour écrire un guide pratique du Made in France, Made in emplois. Le bouquin s’est vendu à 6 000 exemplaires. Il faisait 500 pages et passait en revue tous nos produits de grande consommation et les classaient en fonction du nombre de familles qu’ils faisaient vivre dans le pays. Aujourd’hui, nous donnons gratuitement ces informations sur une application mobile, développée avec la CFE-CGC. J’ai également travaillé au label Origine France garantie, au salon du Made in France. Ces dernières années, je me suis rendu compte que le dernier frein à lever pour faire passer les Français des paroles aux actes d’achat, c’est de donner un coup de pouce budgétaire. J’ai monté une carte cadeau, dépensable qu’en made in France.

C’est La Carte française…

J’ai co-fondé La Carte française en novembre 2019. C’est la première carte cadeau multi-enseignes, dépensable qu’en made in France. C’est une carte bancaire, aussi simple d’utilisation en boutique physique qu’en ligne. On ne peut l’utiliser que dans des boutiques qui garantissent que plus de 70 % des produits à leur catalogue sont fabriqués en France.

« Chaque année, à Noël, les comités d’entreprise distribuent plus de 2 milliards d’euros de cartes cadeaux. Tous les ans, les syndicats ont dans leur main un plan de relance supérieur au plan de réindustralisation d’Agnès Pannier-Runacher »
Cgarles Huet
P-dg de La Carte française

Combien de produits ou d’entreprises sont référencés par La Carte française ?

On peut dépenser La Carte française sur 350 sites en ligne et dans 150 boutiques physiques. Nous comptons des centaines de marques et nous avons plus de 125 000 produits fabriqués en France, de tous les secteurs. Nous la vendons aux particuliers, mais surtout en BtoB, aux comités social et économique (CSE). Chaque année, à Noël, les comités d’entreprise distribuent plus de 2 milliards d’euros de cartes cadeaux. Tous les ans, les syndicats ont dans leur main un plan de relance supérieur au plan de réindustralisation d’Agnès Pannier-Runacher (ministre déléguée à l’industrie, NDLR) d’1 milliard d’euros (annoncé en février 2021, NDLR). J’ai rencontré des gens sincères, honnêtes, compétents qui se battent toute l’année contre les délocalisations. À Noël, ils n’avaient pas d’autres choix que d’offrir des cartes dont on savait pertinemment qu’elles seraient dépensées chez Toys’rRus, Ikea ou Amazon… À 95 %, le budget de ces comités va s’évader pour alimenter des usines et des ateliers hors du pays. Il fallait proposer une alternative. L’idée est de mettre les consommateurs au service des syndicalistes, pour défendre l’emploi et la pérennité des sites industriels. Pour cela, il faut qu’à Noël, les syndicalistes filent à leurs collègues, in fine consommateurs, de quoi acheter made In France. Il y a un énorme effet de levier. En 2020, pour notre première année complète, nous avons réussi à convaincre 150 CSE ; nous avons vendu pour un million d’euros. Il y a 25 000 porteurs de La Carte française aujourd’hui. Et nous espèrons que ce n’est que le début.

« J’ai rencontré des gens sincères, honnêtes, compétents qui se battent toute l’année contre les délocalisations et à Noël, ils n’avaient pas d’autres choix que d’offrir des cartes dont on savait pertinemment qu’elles seraient dépensées chez Toys’rRus, Ikea ou Amazon »
Charles Huet
P-dg de La Carte française

De quelle valeur est la carte ?

Du montant que tu choisis, à partir de 30 euros. Notre version 2, qui sort en ce moment, est déplafonnée, rechargeable et prolongeable. Avec cette version, nous commençons à mettre en place la monnaie du made In France. Nous invitons tous les offreurs de cadeaux, qui ne savent pas quoi offrir à Noël, [à opter pour La Carte française]. T’es sûr de faire plaisir en offrant le choix entre des centaines de milliers de produits. Dans le même temps, tu glisses la monnaie du made in France dans le téléphone ; ce sera une carte Visa, dans les Wallet, Apple Pay ou Google Pay. Une partie de la commission que nous facturons aux enseignes est rendue aux clients ; chaque dépense génère au minimum 3 % de cash back à l’acheteur.

On ne reçoit donc qu’une seule fois la carte?

Exactement. L’offreur, particulier ou professionnel, peut recharger la carte de quelqu’un d’autres. Tu peux aussi la recharger toi-même parce que tu as reçu 50 euros de ton CSE et que tu veux acheter le lave-vaisselle relocalisé ou la montre Routine relocalisée, la plus française du monde.

On reproche au made in France d’être plus cher. Que répond un chantre du made In France ?

Il s’astreint lui-même à ce qu’il prône pour les autres. C’est mon combat moral. Quelqu’un qui me dit que [cette question] le soucie et « y’a qu’à » ou « faut qu’on », qu’il faut voter pour lui, lui donner un blanc-seing et qui de pied en cap est habillé en made in China… Cette contradiction me pose un problème. Depuis 10 ans, je consomme à 90 % du made In France, sauf pour mon téléphone et mon ordinateur. C’est possible et je l’ai fait avec moins que le revenu médian français, parce que je me paie au Smic.

Ensuite, sur le prix, ce n’est pas toujours vrai. Sur l’alimentaire et le cosmétique, le made in France n’est pas plus cher que les concurrents. Nous avons des secteurs puissants, profonds et présents sur tous les niveaux de gamme… DOP, c’est le shampoing le moins cher du marché et il est fabriqué à Rambouillet et fait vivre 120 familles dans le sud des Yvelines. En revanche, c’est tendanciellement vrai sur la mode et l’ameublement. Après, ce sont des arbitrages. Un budget, ce sont des quantités multipliées par des prix. Si tu veux acheter des produits avec un prix unitaire plus élevé, tu réduis les quantités. J’ouvre mon placard de t-shirts, polos ou chemises ; je n’ai pas besoin d’en acheter tous les 6 mois. Cela invite aussi à sortir de la lobotomie, à reprendre la main sur ta consommation : « Je ne vais pas être dans une consommation impulsive et je vais consommer un peu moins. »

Enfin, il y a des distributeurs de pouvoir d’achat. L’État distribue des primes de Noël, des allocations de rentrée scolaire. Aujourd’hui, elles vont être utilisées à 80 % pour des produits, malheureusement, importés. Ce serait pas mal de les distribuer en made in France. Les CSE offre 2 milliards d’euros. Et toi tu peux offrir du pouvoir d’achat à tes proches en leur offrant La Carte française. Le but est d’adresser ce sujet prix avec La Carte française. Oui, c’est tendanciellement un peu plus cher [de consommer made in France] et les gens ne connaissent pas ces marques. Ayant des coûts plus élevés, elles font moins de marges. Elles n’ont pas des boutiques standardisées en centre-ville, ni de quoi payer des publicités à la télévision ou des égéries à l’international. Le but de La Carte française, c’est de faire découvrir les vraies marques made in France, de donner un coup de pouce budgétaire et de lever ce frein prix.

Si on regarde le coût global d’un produit importé (coût de l’importation, désindustrialisation, réchauffement climatique, perte de fiscalité…), le problème du prix est-il toujours aussi vrai ?

Le consommateur ne regarde pas globalement, mais en micro-économie. Les politiques devraient regarder globalement. À chaque fois que l’on achète du made in China, on ferme un atelier de confection en France. On a alors des chômeurs à payer, nos cotisations seront plus élevées et les produits made In France seront plus chers. Le système s’auto-entretient. Le made in France a des impacts énormes. Le premier est l’emploi. Chaque emploi made In France génère a minima trois fois plus d’emplois directs qu’un produit importé (étude menée avec la fédération indépendante du Made in France, NDLR). Chaque emploi industriel générant 3 à 5 emplois connexes et des emplois indirects dans son bassin d’emplois, acheter made in France, c’est généré globalement au moins 10 fois plus d’emplois en France. À la différence de l’emploi de service, cet emploi est disséminé dans le moindre canton et pas seulement à Paris, Lyon et Nantes. Tu réduis mécaniquement ton empreinte carbone. Tu finances également ton modèle social. Tu travailles à ta résilience et à ta souveraineté. C’est un peu du survivalisme collectif le made in France. En cas de crise…

« Le made in France, c’est aussi le maintien des savoir-faire. Ils sont très rapides pour quitter le pays. Ils sont extrêmement longs à reconstruire »
Cgarles Huet
P-dg de La Carte française

…si on a besoin de masques par exemple ?

On préfère avoir encore des ateliers de confection desquels on peut repartir, pour réorienter la production sur des masques, réorienter la production des spiritueux ou des cosmétiques sur du gel hydroalcoolique ou réorienter la production automobile sur des respirateurs. Le made in France, c’est aussi le maintien des savoir-faire. Ils sont très rapides pour quitter le pays. Ils sont extrêmement longs à reconstruire.

PUB
Ceci vous intéressera aussi
EDF : les députés approuvent les crédits de la renationalisation

En réclamant un débat plus large sur l'avenir énergétique du pays, l'Assemblée nationale a soutenu mardi le financement par l'État Lire l'article

Réorganisation en vue à EDF, confronté à de lourds défis

Renationalisation à 100% et changement de patron: l'Etat s'apprête à réorganiser EDF, confronté à de lourds défis industriels et financiers. Lire l'article

Alstom : un juge d’instruction enquête après une plainte pour corruption d’Anticor
La direction de General Electric répond à la mise en demeure des syndicats CFE-CGC et Sud Industrie.

Une information judiciaire pour corruption d'agent public étranger et recel visant Alstom a été ouverte le 23 mars après la Lire l'article

14-Juillet : Peugeot et la longue histoire des voitures présidentielles

Peugeot fait partie des fournisseurs de l’Élysée, pour les véhicules présidentiels, dès 1921. Certains véhicules sont des icônes, comme la Lire l'article

Défilement vers le haut