Belfort : les syndicats dénoncent des délocalisations de General Electric

Huit axes industriels sont retenus dans les orientations stratégiques du site de Belfort de General Electric

La direction belfortaine de General Electric a annoncé, mercredi, à l’occasion d’un comité social et économique (CSE), la délocalisation d’activités vers l’Arabie saoudite et les États-Unis. Des activités liées à la réparation des rotors. Le contexte sanitaire permet d’accélérer la procédure. Les syndicats sont particulièrement inquiets de l’avenir de Belfort.

La direction belfortaine de General Electric a annoncé, mercredi, à l’occasion d’un comité social et économique (CSE), la délocalisation d’activités vers l’Arabie saoudite et les États-Unis. Des activités liées à la réparation des rotors. Le contexte sanitaire permet d’accélérer la procédure. Les syndicats sont particulièrement inquiets de l’avenir de Belfort.

Des voix évoquant un risque de délocalisation de plusieurs activités belfortaines vers la Hongrie, l’Arabie saoudite et les États-Unis s’élevaient depuis quelques semaines. Les représentants du personnel ont commencé à alerter les politiques. Puis le gouvernement, lundi. Mercredi, le couperet est tombé à l’occasion d’un comité social et économique (CSE) de l’entreprise. « GE veut délocaliser aux États-Unis et en Arabie saoudite (…) près de 30% de l’activité réparation rotor », dénoncent la CFE-CGC et Sud Industrie dans un communiqué de presse commun.

« Le covid-19 est l’argument parfait pour faire tout ce qu’on veut sans respecter les accords », dénonce, par téléphone, Philippe Petitcolin, secrétaire du CSE, syndiqué à la CFE-CGC. « Comme nous sommes en période de covid-19, nous ne pouvons pas être à 100 %, donc les heures qui ne sont pas faites à Belfort doivent être faites ailleurs », précise Philippe Petitcolin, en rapportant la justification de la direction, énoncée mercredi à l’occasion du CSE. Et de déplorer : « Il y a pourtant plein d’alternatives avant de délocaliser. » Philippe Petitcolin évoque la possibilité de créer des équipes de week-end, de repousser les départs liés au plan social on d’installer de l’activité dans les bâtiments vides. « Dans le contexte actuel de crise économique, GE gas étudie toutes les solutions afin de préserver son activité et de pouvoir fournir ses clients », glisse pour sa part la direction de General Electric Gas. « Des solutions peuvent toujours être envisagées, sous réserves de discussions et d’accords avec tous les syndicats », souffle un proche du dossier.

L’avenir devait s’écrire avec la réparation des aubes

L’activité de réparation des rotors était l’une des activités envisagées dans le prochain projet industriel. Aujourd’hui, elle représente 30 à 50 000 heures de travail par an. Philippe Petitcolin, estime qu’on pouvait atteindre 100 000 heures si cette activité était développée. On évoquait aussi la réparation des aubes. « Fabriquer des aubes ou réparer des aubes, cela demande le même équipement industriel », relève Philippe Petitcolin, qui notait que dans une logique de régionalisation de l’activité, installer les activités de vente, de production et de réparation dans la région avait du sens. Il fallait donc que Belfort deviennent un « centre de réparation des rotors et des aubes ».

La crise sanitaire fragilise encore plus la situation. Un décret, adopté le 2 mai, adapte « temporairement les délais relatifs à la consultation et l'information du comité social et économique afin de faire face aux conséquences de la propagation de l'épidémie de covid-19 ». Il réduit à 8 ou 11 jours le temps de consultation avant d’acter la décision.

« Si on commence à délocaliser, c’est fini, craint-il, avant de remarquer : Avec le covid-19, il y a encore moins d’intérêt à partir. » Les transferts des machines à réparer stockées à Belfort vers l’Arabie saoudite et les États-Unis vont également coûter « plusieurs millions d’euros » et prendre « plusieurs mois ». Ce qui permet à Philippe Petitcolin de rejeter l’urgence invoquée pour cette décision.

Fin février, malgré les soubresauts liés au déroulement de la procédure du plan de sauvegarde de l’emploi, l’optimisme était pourtant de mise sur la construction du plan industriel. 10 pistes étaient sur la table. On envisageait même d’aller aux États-Unis pour les souffler à l’oreille de Scott Strazik, le grand patron du business gaz du géant américain. « La qualité du travail réalisé à ce jour sur le projet industriel a été saluée lors du dernier comité de suivi parrainé par l’État français, qui s’est tenu le 5 mars dernier, remarque la direction de General Electric gaz, avant de préciser : Ce projet industriel est actuellement en cours de révision pour prendre en compte l’impact de la crise du Covid-19. »

Menace de recours

La crise sanitaire fragilise encore plus la situation. Un décret, adopté le 2 mai, adapte « temporairement les délais relatifs à la consultation et l’information du comité social et économique afin de faire face aux conséquences de la propagation de l’épidémie de covid-19 ». Cette décision du gouvernement, prise pour limiter les risques de crises économiques, a un impact considérable sur la situation. Et nuit gravement au destin belfortain.

Un tel projet décidé par la direction de General Electric aurait normalement ouvert une période d’information-consultation des partenaires sociaux d’un mois, ou de deux mois si le CSE avait recours à un expert confirme une source juridique. Dorénavant, ces périodes sont respectivement réduites à 8 et 11 jours. Autant dire que le temps presse ! Et que la pression est déjà forte sur les partenaires sociaux. « L’urgence, c’est de bloquer ce transfert », insiste Philippe Petitcolin. Et le communiqué de presse de rappeler : « En 2019, General Electric justifiait 792 suppressions d’emplois à Belfort par une hypothèse de baisse de marché non avérée. En réalité́, cela visait à masquer un vaste plan de délocalisation en Hongrie, Pologne et Inde, contraire aux accords signés avec l’État français en 2014 lors de l’acquisition d’Alstom. » Les ventes de 2019 étaient 60 % supérieures aux hypothèses présentées pour justifier le plan social.

L’aviation a du plomb dans l’aile

Lors de l’accord d’octobre 2019, l’intersyndicale avait notamment obtenu le rapatriement de la production de la turbine à gaz 9FA de Greenville (USA) vers Belfort et obtenu le décalage du transfert de la ligne de combustion vers la Hongrie afin de former les ouvriers et d’envisager une montée en puissance vers l’aviation (lire notre article). 200 emplois étaient envisagés dans cette diversification. Les mauvaises nouvelles enregistrées par le business aviation de General Electric – où un plan mondial de suppressions de poste de plus de 10 000 personnes est annoncé – ne poussent pas à l’optimiste quant à l’installation d’activités liées à l’aviation à Belfort. « Cela oblige GE à réévaluer nos opportunités dans ce domaine », confirme la direction de Ge Gaz.

« Si General Electric ne respecte pas ses engagements, prévient Philippe Petitcolin, l’intersyndicale n’hésitera pas à déposer un recours contre le gouvernement pour ne pas avoir fait respecter les accords de 2014 et 2019. » De son côté, la direction du géant américain précise qu’elle a « respecté tous les engagements pris le 19 octobre ». Les vieux fantômes de 2019 reviennent sur le devant de la scène.

Et la Hongrie ?

Le 24 avril, le Parti communiste français, dans un communiqué, dénonçait la décision de la direction de l’entité turbines à gaz du « transfert accéléré de lignes de production vers la Hongrie et les États-Unis ». Le communiqué dénonçait également l’abandon des pistes de diversification du site belfortain « dans l’aviation, l’aéronautique ou l’éolien ». Mercredi, lors du CSE, la direction n’a pas annoncé de délocalisation vers la Hongrie, programmée dans le plan social. La ligne combustion ne devait pas partir avant fin 2020, le temps d’engager la diversification vers l’aéronautique. « Sur le papier, ils ont sauvé la Hongrie, mais en fait, cela a déjà commencé », souffle une source syndicale. On évoque trois types de pièces qui partent déjà vers la Hongrie : les pièces de combustion ; les directrices ; les segments de protection. Pour cette dernière, « c’est de la délocalisation pure », tempête cette même source. « L’usine ne le faisait pas et cela demande de l’investissement et de la formation, explique-t-elle, avant de dénoncer : On était prêt au départ des pièces de combustion. Mais pas du reste. »

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