À Belfort, Arnaud Montebourg milite pour un Made in France XXL

À l’occasion du forum Reconstruire, qui promeut une industrie française souveraine et responsable, ce mercredi à Belfort, le candidat à l’élection présidentielle Arnaud Montebourg a décliné quelques lignes de son programme industriel. Avec sa verve, il a critiqué « une corruption élégante » de l’élite française, milité pour la reconstruction d’un Alstom de l’énergie et formulé quelques propositions pour s’affranchir de contraintes européennes.

À l’occasion du forum Reconstruire, qui promeut une industrie française souveraine et responsable, ce mercredi à Belfort, le candidat à l’élection présidentielle Arnaud Montebourg a décliné quelques lignes de son programme industriel. Il a critiqué « une corruption élégante » de l’élite française, milité pour la reconstruction d’un Alstom de l’énergie et formulé quelques propositions pour s’affranchir de contraintes européennes.

À Belfort, ce mercredi, on parlait industrie (retrouvez ici les échanges de la journée). On parlait made in France. Autant de sujets sur lesquels l’ancien ministre de l’Économie et du redressement productif Arnaud Montebourg est à l’aise. Et dans la fief d’Alstom, il est forcément revenu sur le rachat par le conglomérat américain General Electric, en 2014. Un dossier qu’il a d’abord suivi, avant d’être débarqué à l’été et remplacé par Emmanuel Macron, qui deviendra ensuite président de la République. Avec sa verve qu’on lui connait, sûrement décuplée par la campagne présidentielle qui s’amorce et dans laquelle il s’est engagé.

« Alstom nous a été dérobés par la puissance des Américains. C’est une coalition des services de renseignement de la NSA, de l’appareil judiciaire de la DOJ (department of Justice, NDLR) et d’une grande entreprise qui fonctionne avec l’État qui s’appelle General Electric, détaille-t-il. Cette triple alliance a fonctionné à merveille. » En évoquant Alstom, il parle aussi de l’usurpation d’Alcatel ou de Technip. Il dénonce « le prix de la trahison » des dirigeants de ces trois entreprises : 20 millions d’euros  pour Patrick Kron, à Alstom ; 9 millions d’euros pour Thierry Pilenko, de Technip ;  et 13 millions d’euros pour Michel Combes, alors patron d’Alcatel.

« Trafic d’influence »

Il n’oublie pas la responsabilité de l’État français, qui n’a pas empêché la vente, ni l’a dénoncée ensuite, alors qu’il pouvait le faire en s’appuyant sur le décret Montebourg de mai 2014. Il a rendu, à cette occasion, un vibrant hommage au député Les Républicains (LR) Olivier Marleix, présent au forum, sur son travail à la tête de la commission d’enquête sur les décisions de l’État en matière de politique industrielle, notamment dans les cas d’Alstom, d’Alcatel et de STX, saluant aussi les informations transmises au parquet national financier.

Il évoque ainsi des « coïncidences fâcheuses et d’ailleurs soupçonnables » entre « les banquiers d’affaire, les avocats, les agences de communication qui avaient reçu l’équivalent de 115 millions d’euros d’honoraires dans l’affaire du démantèlement d’Alstom, du rachat d’Alstom par General Electric » et la campagne d’Emmanuel Macron. Et de dire : « Il y avait donc là comme une sorte de trafic d’influence au sommet de l’État ». Avant de regretter : « Le pouvoir de l’argent ne s’exerce pas seulement sur la cupidité des hommes à la tête des entreprises mais aussi sur la complicité des hommes à la tête des États. » Une attitude qu’il qualifie de « corruption élégante ».

« Reconstruire »

Pour lutter contre « cette prédation » économique, il faut se « protéger », estime-t-il. Mais c’est aussi renforcer la France alors que sa balance commerciale accuse un déficit de 85 milliards d’euros, cite-t-il, contre un solde positif de 183 milliards pour l’Allemagne et de 65 milliards d’euros pour l’Italie. Lors d’un échange en aparté de son discours, il estimait qu’il fallait aussi rapatrier la production en France d’une soixantaine de « produits critiques », évoquant par exemple l’importation, pour 10 milliards d’euros par an, de médicaments alcaloïdes, utilisés pour les anesthésie. De rappeler aussi la facture de 6 milliards d’euros d’import de masques.

« Nous n’aurons pas d’autres choix que de se remettre tous ensemble à monter des entreprises. Et des grandes entreprises ! Le plus vite possible pour qu’elles atteignent la taille mondiale. Ce n’est [donc] pas la start-up nation qui va le faire », annonce le candidat. Il invite à associer acteurs publics et privés. Il faut planifier, rappelant ce qu’ont fait les Chinois. C’est son programme « Made in France de taille XXL ». Il faut « reconstruire » l’industrie française, « lanterne rouge » des puissances européennes. Ce doit devenir une « cause nationale » comme « la lutte contre le cancer ».

EDF-GE : « Il faut un acteur indépendant »

Arnaud Montebourg estime que le rachat à General Electric devrait concerner un vaste périmètre, comme nous l’écrivons ci-contre. Sur le rachat par EDF, dont des discussions sont ouvertes, il estime que « c’est mieux que rien ». Mais il n’est pas convaincu. « Je ne pense pas qu’EDF peut être l’opérateur : il est exploitant, pas constructeur. C’est comme si vous disiez qu’Air France allait racheter Airbus. » Et d’ajouter : « Il faut un acteur indépendant », pour qu’il puisse continuer de travailler avec EDF et d’autres clients, comme Rosatom. Cela n’empêche pas EDF d’être autour de la table. En marge de ce discours, il avait observé « que le même qui a vendu, rachète », visant Emmanuel Macron. « Quelle incompétence et quel abandon de la France », avait-il déclaré lors de cet échange téléphonique, ce mardi.

Il veut déjà reconstituer un Alstom de l’énergie décarbonée. S’il faut racheter la turbine à vapeur Arabelle, il invite aussi à racheter à General Electric les barrages hydro-électriques installés à Grenoble, qui étaient leader mondial, les éoliennes off-shore à Nantes et les activités de réseau. « Il faut assurer notre autonomie [et] notre indépendance« , a-t-il déclaré. « Il faut beaucoup de capital. il faut retrouver les industriels », concède-t-il. « [Mais] si on passe une petite annonce, on n’aura pas de mal à retrouver tout le monde », ajoute-t-il.

S’affranchir de règles européennes

Mais pour se faire, il faut prendre « une décision collective », prévient Arnaud Montebourg. « Les aides et les limitations imposées par l’Union européenne [sont] incompatibles avec le programme du made in France XXL », estime le candidat. Il propose de faire des « ententes » entre les entreprises. Il va falloir écarter « tranquillement, avec le sourire, les quelques règles européennes qui nous empêchent de nous reconstruire », a-t-il glissé, mettant en garde qu’il ne veut pas d’un Frexit. Ce sera fait « par la voie référendaire », en proposant un amendement de « l’article 88 de la constitution », où le parlement pourra « modifier un certain nombre de décisions issues des institutions européennes ».

Ce mercredi, à Belfort, Arnaud Montebourg était en campagne. Plein de passion. Sur des thématiques qu’il chérit. Le tout incarné dans sa conclusion qu’il a voulu pleine de panache. « Vive la république industrielle, vive le made in France, vive la république tout court et vive la France. » Lui aussi veut amorcer sa « remontada ».

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