700 zones d’activités économiques sont référencées en Bourgogne-Franche-Comté, selon Arnaud Marthey, président socialiste de l’agence économique régionale (AER) et maire de Baume-les-Dames. Mais on compte seulement deux terrains de plus de 10 ha à proposer immédiatement, alors que 370 terrains de plus de 5 000 m2 sont potentiellement disponibles, dans toute la Bourgogne-Franche-Comté, aux investisseurs. Ces 600 ha représentent des terrains allant de 5 000 m2 à 23 ha.
« Nous n’avons pas de fonciers stratégiques d’envergure en Bourgogne-Franche-Comté, déplore Arnaud Marthey, avant de convenir : C’est une faiblesse. » Mais il ne baisse pas les bras pour autant. « Ce n’est pas rédhibitoire. Nous avons des potentialités, il faut dérisquer les projets », explique-t-il. Les freins d’urbanisme ont-ils été identifiés et levés ? Les contraintes environnementales sont-elles réglées ? L’alimentation électrique est-elle suffisante ? Si ce n’est pas le cas, quel est le délai ? Autant de questions systématiquement sur la table lorsqu’un prospect étudie une implantation et son délai. Il faut anticiper « les petits irritants », résume le président de l’AER. « Ce sont des éléments qui peuvent manquer, pour être dans la short list. Il faut travailler et anticiper pour être au rendez-vous », insiste Arnaud Marthey.
On l’aura compris, le foncier économique est au cœur de la stratégie du nouveau président de l’agence économique régionale. « Je veux une stratégie plus poussée, assure-t-il. Il faut intensifier le niveau de connaissance du foncier économique. » L’observatoire régional du foncier économique, présenté au mois de décembre (lire notre article) doit contribuer à ce partage de connaissances. L’agence travaille également sur une labellisation propre, régionale, pour identifier les terrains prêts, tout en accompagnant les territoires pour anticiper et proposer des terrains qualifiés.
La foncier disponible des entreprises déjà en place
Si le foncier économique immédiatement disponible est rare, Arnaud Marthey relève que les réserves foncières des entreprises en place « sont plutôt bonnes ». Elles peuvent donc envisager sereinement de s’agrandir, si elles ont l’activité. Le spécialiste des industries Olivier Lluansi souligne justement le potentiel de réindustrialisation que représente le tissu des PME et des ETI déjà en place.
Aujourd’hui, les fonds sont fléchés vers l’industrie de rupture (intelligence artificielle, quantique), au détriment de l’industrie déjà en place, relève à ce titre Olivier Lluansis. Pourtant, « deux tiers du potentiel industriel est dans la modernisation de notre tissu existant », confiait-il au Trois, au mois de mai (lire notre article). 400 à 450 000 emplois pourraient être créés en 10 ans en France en soutenant la modernisation du tissu industriel en place.
Par analogie, au-delà de nouvelles implantations dans la région, l’accompagnement des entreprises en place pour se développer est une levier puissant. Et avec un foncier disponible et prêt immédiatement. « Il faut faire évoluer les entreprises », valide Arnaud Marthey, qui évoque le club ETI régional. Dans ce cadre, il cite l’exemple d’ABEO, à Rioz, spécialiste mondial des équipements sportifs, qui a enregistré un chiffre d’affaires de 280 millions d’euros en 2025 et une croissance de 12,6 %. « Quand les entreprises ont des besoins, il faut être présent », insiste le président de l’AER. Autre levier d’action identifié par Arnaud Marthey, il faut accroître l’accompagnement en ingénierie financière, « pour avoir des projets mieux financés ».
Cette maîtrise foncière est d’autant plus nécessaire que la dynamique économique est morcelée en Bourgogne-Franche-Comté. Des géographies vont bien, alors que d’autres sont dans le dur. Et des secteurs, comme l’énergie, sont très dynamiques et recrutent, alors que d’autres, comme l’automobile, sont en très grande difficulté et réduisent leurs effectifs. Pour accompagner la diversification du territoire, le conseil régional va justement se doter d’une feuille de route défense, indique le président de l’AER.

