Quatre jours après la montée, quel sentiment prédomine ?
Clément Calvez – C’est beaucoup de bonheur, après une saison marathon. Cela fait plusieurs semaines que l’on se dit que nous sommes capables d’obtenir cette montée. Du coup, cela crée une pression et un stress supplémentaires. Les dernières semaines ont été fatigantes mentalement, mais ce dénouement est incroyable avec un stade plein, une ambiance de dingue et un public complètement hystérique.
Vous attendiez-vous à cette ferveur et à cette puissance populaire ?
Julien Cordonnier – Je savais qu’il y allait avoir beaucoup de monde. Mais franchement, je ne pensais pas autant. Nous sentions une grande attente de la région, donc nous nous attendions à ce que ce soit fou, mais à ce point-là, non.
Quand vous voyez ce stade être envahi, quelle est votre réaction ?
Clément Calvez – L’avant-match est déjà incroyable ; ton stade est plein depuis quinze jours. On décide d’ouvrir le stade deux heures avant le match, exceptionnellement. Et deux heures avant, il est plein comme un œuf, le parvis est blindé, tout le monde est en jaune. On sentait que quelque chose se passait. Au fil du match, tu te rends compte que tu mènes 2-0, que Fleury n’arrive pas à faire la différence… En début de seconde période, tu sais que tu as réussi à atteindre le Graal. Quand le coup de sifflet final est sifflé, voir tout ce public qui envahit la pelouse… Ces images de Bonal sont incroyables (retrouvez nos meilleurs clichés de la soirée de la montée, ici).
Cette longue fin de saison, où le FCSM a eu du mal à concrétiser la montée, n’a-t-elle pas été libérée au coup de sifflet final ?
Julien Cordonnier – C’est ça ! Nous avons eu plusieurs fois l’occasion de valider cette montée, notamment à Châteauroux (lire notre article). Nous sentions beaucoup d’attente. Nous savions, au fond de nous, que nous étions quasiment en Ligue 2, mais qu’il restait une part d’incertitudes. Ce n’est pas le soir même où tu te rends compte de ce que t’as fait. T’es pris par les émotions, le monde…
Clément Calvez – Ces derniers jours, l’engouement du public m’a vraiment touché. Voir l’émotion que le club procure aux Francs-Comtois, aux supporters du club, c’est un sentiment indescriptible. Nous bossons, nous aimons notre club, nous faisons tout pour qu’il performe. Mais quand tu vois que tu fais vraiment partie de la vie des gens, qu’ils pleurent sur la pelouse à la fin du match, cela donne des frissons.
Julien, vous êtes arrivé à un moment particulier, en 2023 ; vous deviez diriger en Ligue 2. Le club est finalement relégué. Vous restez malgré tout. En trois ans, vous avez réussi à concrétiser ce retour en Ligue 2. Comment regardez-vous ce parcours ?
Julien Cordonnier – Cela a été un défi un peu fou ! La première saison a été très intéressante. La deuxième a été plus chaotique ; nous avons été – notamment moi – chahutés assez fort. Et cette troisième saison valide le travail entrepris depuis trois ans. Nous étions tous alignés.
La force émotionnelle vient-elle aussi de la rareté d’une montée ?
Julien Cordonnier – C’est rare de monter. Moi, c’est ma 4e montée. Trois en tant que directeur sportif et une en tant que joueur. Sincèrement, c’est la plus exceptionnelle parce que tu es dans un club fabuleux. Cela donne une saveur totalement différente parce qu’il y a une ferveur populaire, parce que tu reviens de je-ne-sais-où !
Clément Calvez – Pour le coach (Vincent Hognon, NDLR), c’est la 6e et moi, ma 5e.
Votre 5e montée ?
Clément Calvez – C’est pour cela que nous avons été embauchés ! Nous sommes les pattes de lapin (rire).
L’an prochain, vous nous faites donc une « Le Mans », qui accède à la Ligue 1 après être monté de National l’an dernier ?
Clément Calvez – Ce qu’ils ont fait, c’est incroyable, exceptionnel. Cela arrive, mais c’est rare. Depuis le début, notre projet est de remonter en Ligue 2 et d’asseoir le club dans le premier tiers du classement. Nous avons passé une étape. L’étape 2 sera de se maintenir. Et l’étape 3, de se positionner dans le premier tiers du classement pour rêver à de belles performances.
Quelles sont les conséquences sur le budget ?
Clément Calvez – Nous terminons cette année notre budget avec 14 millions d’euros de dépenses, liées aux frais complémentaires de la montée, comme l’augmentation de l’affluence en fin de saison. L’an prochain, notre budget sera aux alentours de 15 millions d’euros. Et l’augmentation des dépenses est principalement liée à la masse salariale et à l’augmentation des charges liées à l’organisation des matchs, parce que nous nous attendons à avoir plus de monde (le club envisage une affluence moyenne de 15 000 personnes, contre 12 526 supporters cette saison, NDLR).
Du côté des recettes, vous allez toucher, de nouveau, des droits TV…
Clément Calvez – Nous toucherons 1,7 million d’euros, car nous avons le centre de formation, donc nous avons des dotations de l’UEFA. Nous allons, par ailleurs, augmenter nos recettes naturelles : la billetterie, le sponsoring (de 3,5 à 5 millions d’euros, NDLR). Le merchandising devrait rester stable, car nous avons fait une année exceptionnelle. Enfin, il y a les mutations. Nous faisons une très belle année, mais nous devrions faire une bonne année également l’an prochain, car nos joueurs seront plus exposés.
Vous évoquez le sponsoring. L’année est marquée par le retour de Peugeot. Y a-t-il une clause de montée et une augmentation de leur participation ?
Clément Calvez – Comme tout contrat de sponsoring, il y a des clauses en cas de montée ou de descente sur le contenu et sur la valeur de ce contenu. Peugeot est sponsor, il ne devient pas actionnaire. Il ne bouleverse pas le modèle économique du club.
Est-ce que l’arrivée de Peugeot et la montée en Ligue 2 attirent de nouveaux partenaires ?
Clément Calvez – Déjà, l’arrivée de Peugeot renforce notre discours de club ancré dans son territoire, attaché à ses origines, à son histoire. Et Peugeot fait partie de l’histoire du FC Sochaux. Elle est venue aussi crédibiliser notre discours sur le projet sportif, économique et social du club. Une marque comme Peugeot ne vient à tes côtés que si ton projet est crédible et cohérent. Ce retour nous a apporté beaucoup d’exposition régionale et nationale ; cela a suscité de l’attention.
Côté sportif, a-t-on une équipe taillée pour la Ligue 2 ?
Julien Cordonnier – Pas mal de garçons ont déjà connu la Ligue 2 : Julien Masson, Dylan Tavares, Aymen Boutoutaou, Kapit Djoco, Mathieu Peybernes… Je suis persuadé que ce groupe est capable de se maintenir en Ligue 2. Pour ce faire, il faudra aussi que nous bonifions cette équipe, pour amener de la compétitivité et pour se renforcer sur différents secteurs de jeu.
Un renfort par ligne ?
Julien Cordonnier – L’idée est de se renforcer avec un bon joueur par ligne pour amener un peu plus de concurrence, qui fait progresser. L’objectif n’est pas de casser ce groupe, qui a très bien fonctionné. Au contraire, c’est de le bonifier avec des garçons qui s’intégreront parfaitement en termes de mentalité, parce que la cohésion de ce groupe et l’ambiance dans le groupe ont été la clé de la réussite.
Clément Calvez – Comme le dit Julien, sur la partie sportive, il va falloir se renforcer, mais ce n’est pas le même chantier que la saison dernière. Il ne faut pas se tromper ; les budgets sont toujours serrés.
Le coach a façonné une équipe avec de l’allant, pour enthousiasmer Bonal. Peut-on conserver une telle identité en Ligue 2 quand on joue le maintien ?
Julien Cordonnier – La volonté n’est pas de changer notre ADN: le fait de jouer vers l’avant, d’être enthousiaste, d’avoir la volonté de gagner les matchs. Après, il faudra aussi être subtil et malin dans nos approches.
Quand on monte avec une belle réussite collective, des joueurs suscitent de l’intérêt… Quelle sera votre politique ?
Julien Cordonnier – Aujourd’hui, le modèle économique du FC Sochaux passe par la vente de joueurs. C’est un modèle que nous devons perpétuer et accentuer avec la Ligue 2. Pour le moment, le seul joueur qui a, entre guillemets, un bon de sortie, même s’il est sous contrat, c’est Elson Mendes, car il lui reste une année de contrat ; c’est le seul joueur de l’effectif dans ce cas. Nous avons eu des discussions avec lui et son entourage pour prolonger. Aujourd’hui, nous n’avons pas abouti à un accord. Il est hors de question que ce garçon reste une année [supplémentaire] au FC Sochaux et parte libre la saison prochaine. Si nous avons un accord avec un club qui nous permet de retomber [sur nos pieds] et qui permet aussi au joueur de trouver un projet sportif qui lui corresponde, on se mettra autour de la table.
Recevez-vous des sollicitations : Élie N’Gatta a percé et fait une super saison ; Aymen Boutoutaou et Benjamin Gomel étaient finalistes pour être élus meilleur joueur de National…
Julien Cordonnier – Nous avons déjà eu beaucoup d’approches lors du mercato hivernal, que ce soit Aymen (Boutoutaou, NDLR), Benjamin (Gomel, NDLR) ou Kapit (Djoco, NDLR). Avec Clément, nous avons fermé la porte parce que nous ne voulions pas nous affaiblir. Aujourd’hui, c’est sûr que nous avons des garçons qui sont sollicités. Vous parlez d’Elie N’Gatta : c’est un jeune joueur avec un gros potentiel. Mais aujourd’hui, l’objectif n’est pas de vendre Elie. Il lui reste deux ans de contrat. Nous avons entamé des discussions pour prolonger. La volonté, c’est qu’il fasse une belle année en Ligue 2. Aujourd’hui, nous avons la capacité de pouvoir garder nos meilleurs joueurs, qui sont dans une situation contractuelle qui nous le permet.
Autre réussite de la saison, faire de Bonal un espace de loisirs autour d’un match de football…
Clément Calvez – C’était un vrai enjeu de faire en sorte que le club soit celui de tous les Francs-Comtois. Il y a de plus en plus de jeunes et de femmes qui viennent au stade. Nous devons continuer dans cette voie. Cela passe par les accueillir de la meilleure manière qu’il soit. Nous voulons accueillir plus de monde l’année prochaine et accueillir des spectateurs qui n’ont pas forcément l’habitude de venir au stade. Pour augmenter l’affluence, cela passe par un travail autour de la campagne d’abonnement, par un travail autour de nos offres, par l’aménagement du stade. Nous nous sommes rendus compte que les fan zones mises en place ont fonctionné. Mais au-delà d’une certaine affluence, on est à l’étroit. Il va falloir que l’on soit capable d’aménager encore le parvis et de créer de nouvelles zones de manière à ce que les personnes qui viennent au stade de plus en plus tôt pour passer un bon moment autour de nos rencontres, aient de quoi profiter de leur soirée. Autre chantier, au centre de formation, avec le lancement des travaux du terrain synthétique, homologué pour la N3, qui devrait débuter d’ici la fin d’année.
Julien, si vous deviez identifier trois ou quatre moments clés dans la saison sportive, quels seraient-ils ?
Julien Cordonnier – Le premier, c’est le stage au Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire). Nous avons senti une vraie force. Le deuxième moment, c’est le premier match à domicile contre Orléans (le 15 août 2025, NDLR). Quand tu mets cinq buts à Orléans, une équipe qui jouait potentiellement la montée en Ligue 2, cela donne confiance. Le troisième moment, c’est le match à Caen (le 20 février 2026, victoire 3-1, NDLR). C’est un match déclic dans notre volonté d’aller titiller la montée en Ligue 2. Et le dernier moment clé, c’est le point arraché contre Fleury par Julien Masson (le 10 avril, NDLR). Le premier moment nous permet de bien préparer la saison, le second de bien l’entamer, le troisième de confirmer que nous étions une équipe en mesure de jouer la montée et le dernier de montrer que nous avions des ressources, dans un contexte de match difficile avec des décisions qui sont contraires. Aujourd’hui, cela compte énormément dans la balance.
Clément, quels sont vos moments forts ?
Clément Calvez – Comme Julien, le stage au Chambon-sur-Lignon. Il a été un vrai moyen de souder l’équipe, un vrai socle sur lequel nous nous sommes appuyés toute l’année. Autre moment fort, ce sont les moments créés avec les familles. Il y avait beaucoup de joueurs avec des enfants, cette année. Nous avons été voir un spectacle à Valentigney, fait un barbecue chez Camel Meriem à l’Arena 25, une sortie à Europa Park à Noël. J’ai aussi été marqué par l’engouement des supporters et l’énergie qu’ils nous ont renvoyé ; le déplacement à Châteauroux a été particulièrement marquant, ainsi que les deux derniers matchs. Ensuite, le match de Fleury, il compte beaucoup, avec cette égalisation à la dernière minute. Le retour de Peugeot, c’était aussi un grand moment, fort en symboles. Le faire dans l’usine et voir tous les Francs-Comtois extrêmement heureux, c’était un moment important de la saison.