Filière automobile : « Les emplois de demain ne seront pas ceux d’aujourd’hui »

Laetitia Royer est consultante en Ressources humaines au cabinet Secafi.
Laetitia Royer est consultante en Ressources humaines au cabinet Secafi. | ©Le Trois – Thibault Quartier
Interview

L’industrie en général et la filière automobile en particulier sont confrontées à un enjeu de compétences. La première pour assurer la production de demain. La seconde pour survivre et assurer l’activité d’une filière en profonde restructuration et bousculée par les acteurs asiatiques. Anticiper les besoins d’emplois et de compétences est vital. Notamment pour un territoire. C’est ce qu’explique Laetitia Royer, consultante en ressources humaines au cabinet Secafi.

Qu’est-ce qu’une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) territoriale, que vous avez présenté ce mercredi matin à l’occasion d’un rendez-vous organisé par la CFE-CGC et le collectif Reconstruire à Audincourt ?

La GPEC territoriale permet d’anticiper et de répondre aux futurs besoins de compétences ; elle permet de se projeter sur l’avenir et de pouvoir rendre un territoire plus attractif.

Pourquoi penser l’emploi et les compétences à l’échelle d’un territoire avec un outil issu du monde de l’entreprise peut-il être pertinent ?

La GPEC est surtout utilisée au niveau des entreprises. Mais le jour où vous avez une restructuration dans une entreprise, vous n’avez pas cette projection des besoins des autres entreprises de votre territoire ; on passe donc par les cases congés, mobilité, reclassement ou inscription à France Travail pour se repositionner et se remettre dans une formation, afin d’accéder aux emplois proposés dans ce territoire. C’est d’autant plus vrai que les gens ne sont pas mobiles ; ce n’est pas dans notre culture. Ils vont rester sur ce territoire s’ils arrivent à anticiper et à se projeter.

L’idée, c’est de mettre face à face les besoins de recrutements avec les suppressions d’emplois d’aujourd’hui, tout en anticipant ceux de demain ?

Dans trois à cinq ans, nous aurons tel besoin, avec tel volume. Quand on parle d’emploi, on parle toujours d’emploi qualitatif et quantitatif.  On sait que demain, on pourra recruter tant de salariés sur tel poste. Mais aujourd’hui, il faut pouvoir les former et les accompagner.

Ce besoin d’anticiper est-il le signe d’une industrie en complète recomposition ?

Tout dépend des secteurs. L’industrie se pose des questions. Elle perd aujourd’hui certaines compétences et elle a en besoin. On est aussi dans une industrie qui est percutée par les nouvelles technologies, comme l’intelligence artificielle. Parfois, on est obligé de recréer des parcours de formation en interne, pour pouvoir anticiper plus rapidement.

L’industrie automobile va-t-elle réussir à passer cette période de transformation des compétences, alors qu’elle affronte une restructuration qui se fait à marche forcée ? Peut-elle disparaître de notre territoire ?

Elle ne va pas disparaître. Par contre, les emplois de demain ne seront pas les emplois d’aujourd’hui. Et au niveau quantitatif, on n’aura sûrement pas le même nombre de salariés qui y travaillent. Il y aura une réduction.

"Une GPEC territoriale permet de mieux faire connaître l'industrie"
Laetitia Royer est consultante en Ressources humaines au cabinet Secafi.
Laetitia Royer
Consultante

Les emplois sont de moins en moins des emplois ouvriers, qui ont longtemps été le marqueur du nord Franche-Comté. On parle plus de recherche et de développement, de techniciens. Est-ce la tendance de la recomposition de l’emploi ?

La stratégie des constructeurs est d’avoir des bureaux d’études, des centres de recherche. Mais on ne peut pas se passer non plus de production. Si l’on ne garde que les centres de recherche, on perd des compétences, en réactivité…

La GPEC permet-elle à l’industrie de répondre à l’enjeu de l’attractivité ?

Oui. On peut communiquer quand on a une vision claire des emplois en devenir. Les salariés peuvent se projeter, mais également les jeunes qui, aujourd’hui, n’ont pas une image très brillante de l’industrie. Pour que les jeunes s’y projettent, il faut connaître les métiers. Je pense que visiter une industrie, visiter une entreprise, ce sont des choses que les jeunes ne font pas assez. Une GPEC territoriale permet de mieux faire connaître l’industrie, de donner l’envie aux jeunes d’aller sur ces métiers.

Une GPEC Nord Franche-Comté

Le pôle véhicule du futur a été mandé par le conseil régional Bourgogne-Franche-Comté et la direction régionale de l’économie, de l’emploi , du travail et des solidarités de porter une GPEC territoriale ; une initiative rare en France. 150 000 euros de financement ont été engagés sur quatre ans. La mission doit être menée jusqu’en 2027 indique Ludovic Party, du pôle véhicule du futur, qui suit notamment les questions de la performance de la filière automobile. Une trentaine de structures sont rassemblées. L’idée est notamment de faciliter la connaissance de l’écosystème, faire connaître les entreprises, présenter les outils de recrutement de France travail, comme le recrutement par simulation. Initialement, la GPEC était centrée sur l’automobile. Finalement, elle a été étendue à toute l’industrie du nord Franche-Comté : automobile, ferroviaire, énergie. Le dispositif « doit permettre aux acteurs de collaborer pour répondre collectivement aux nouvelles attentes en matière de compétences », explique le Pôle, sur son site Internet.

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