« On est content et satisfait », se ravit André Fages, délégué syndical CFE-CGC de l’usine Alstom de Belfort, par ailleurs élu au comité social et économique (CSE) d’Alstom France. Le 8 janvier, la direction d’Alstom a annoncé le recrutement de 200 personnes d’ici décembre 2026 (lire notre article). Dans un premier temps, 20 soudeurs-chaudronniers seront embauchés en contrat durée indéterminée (CDI). Une journée portes-ouvertes est d’ailleurs organisée le 31 janvier à cet effet. D’autres postes seront à pourvoir : monteurs câbleurs, soudeurs, logisticiens, techniciens essais, industrialisation, ingénierie…
Une vague de recrutements qui n’arrive pas par hasard. « Si on fait le compte, ça fait beaucoup de volumes à assurer jusqu’en 2030-2031 », souligne André Fages. Depuis quelque temps, Alstom voit son carnet de commandes grossier. En novembre, l’industriel a décroché un marché avec les chemins de fer ukrainiens (lire notre article). 55 locomotives doubles sont commandées. La SNCF avait déjà commandé 115 rames de TGV, ce qui implique la fabrication de 230 motrices à Belfort (la motrice est la locomotive du TGV et il y en a 2 par rame). L’opérateur privé, Proxima, futur concurrent de la SNCF, a lui aussi passé une commande de 12 rames (lire notre article). « Après, il y a l’ONCF (Office Nationale des Chemins de Fer du Maroc, NDLR). Ils ont commandé 18 trains donc 36 locomotives. On doit livrer avant le début de la Coupe du monde de football, soit avant 2030 », renchérit André Fages. L’Eurostar s’est aussi rapproché d’Alstom. Le site de Belfort a pour mission de fournir 60 motrices à la compagnie ferroviaire (lire notre article). « Au mois de juin, on nous a [aussi] demandé 15 monorails à faire sur un an », ajoute cnore André Fages.
Un nombre important de contrats qui contraste avec la période de 2016. Par manque de commandes, le site avait failli fermer ses portes. « La direction nationale d’Alstom avait annoncé qu’il fermait l’usine de Belfort », se remémore le délégué syndical CFE-CGC.
Des questions en suspens : concurrence de la Suisse, formation
Autant de commandes qui nécessitent des recrutements. « C’est une bonne nouvelle par rapport à tout ce qu’on a pu connaître ces dernières années », fait savoir Eddy Carnot, délégué syndical CGT à Alstom. « Ça fait presque 35 ans que je bosse à Belfort et je n’ai jamais vu ça », s’enthousiasme André Fages. Est-ce toutefois suffisant ? Eddy Carnot considère que c’est assez. « Sans les 200, on n’y arrivera pas. Maintenant, s’il y en a un peu plus, on y arrivera mieux », estime, quant à lui, André Fages.
Pourtant, il se pose tout de même quelques questions en termes de faisabilité. Il évoque trois problématiques. La première étant que le site de Belfort se trouve proche de la frontière suisse, où les salaires des ouvriers sont plus élevés. « La deuxième chose, c’est que comme toutes les grosses boîtes, Alstom ne veut pas payer ses salariés trop cher. » Finalement, André Fages s’interroge sur les formations. Une fois embauché, un salarié n’est pas tout de suite opérationnel à 100 %.
Il évoque d’ailleurs « un partenariat qui avait été ouvert entre la direction d’Alstom et des organismes de formation ». Cela pourrait déboucher sur des Certificats de qualification professionnelle (CQP). Alstom évoque lui aussi ce partenariat. Des formations d’autant plus nécessaires pour le délégué syndical CFE-CGC, qui regrette une perte de compétences au sein de l’industrie. « Il y a beaucoup de choses qu’on savait faire il y a une quinzaine d’années et qu’on ne sait plus faire aujourd’hui », interpelle-t-il. Un constat également fait par Eddy Carnot : « Il faut renouveler un petit peu toutes les compétences qu’on a perdues. » Dans certains secteurs, les départs à la retraite n’ont pas été remplacés. Aujourd’hui, le double enjeu est de transmettre le savoir, mais aussi de gagner en compétences.
Quid des salaires pour les nouvelles recrues d'Alstom
« La priorité est d’embaucher les intérimaires actuellement dans nos murs et qui sont formés », recommande Eddy Carnot. Une vague de recrutements qui pourrait permettre de pallier les emplois précaires. Pourtant, Eddy Carnot attend d’avoir plus de précisions sur ces embauches. « Il faudra voir à quoi ça correspond, si ce sont des CDI », complète-t-il. De son côté, André Fages estime que sur les 200 embauches, la première moitié sera des contrat à durée déterminée (CDD) et la seconde des intérimaires.
La question du salaire est aussi évoquée par les deux délégués syndicaux. « Ça embauche quand même pas mal sur le bassin d’emploi », rappelle André Fages. Des propos complétés par Eddy Carnot : « Pour trouver des gens compétents, il faut aussi que ça passe par le salaire. »
Alors, pour se démarquer, Alstom aurait tout intérêt à proposer des salaires plus élevés. À ce sujet, Alstom répond inscrire le salaire offert dans les standards des industriels du bassin d’emploi de la région. La société précise également que le salaire de soudeur ne se limite pas seulement au salaire, mais peut être complété par des primes, un intéressement, un CSE attractif et une qualité de vie au travail.