Suite aux mobilisations du 17 et 24 octobre, une assemblée citoyenne du Territoire de Belfort a été créée. Cette dernière a déclaré à la préfecture le rassemblement, de ce samedi 31 octobre devant la préfecture (lire notre article). « La veille, à 22 h 10, la déclarante a reçu une MICAS (Mesure individuelle de contrôle administratif de surveillance, NDLR) signée par le ministère de l’Intérieur : interdiction de quitter sa commune, pointage quotidien, interdiction d’approcher les manifestations, sous peine de 3 ans de prison », explique l’assemblée citoyenne dans un communiqué. Une mesure mise en place pour deux jours: ce samedi 31 octobre, et demain, dimanche 1er novembre.
Problème pour le collectif ? Cette mesure est, selon lui, un outil antiterroriste. Sur le site du ministère de l’Intérieur on peut lire :« Les mesures de police administrative permettant de lutter en amont contre le terrorisme ». Parmi ces mesures on retrouve la MICAS.
« L’arrêté ne lui reproche que des activités militantes, » se défend l’assemblée citoyenne.
Suite à cette mesure, l’assemblée citoyenne a déposé, le 31 octobre, au tribunal administratif de Besançon, pour obtenir la suspension de cette mesure. Pour le moment, elle n’a reçu aucun retour.
« J'ai l'impression que l’on essaie de museler des opposants politiques. »
« J’ai assez mal réagi, surtout vu la situation. Avec l’assemblée citoyenne, nous avions eu des rapports constructifs avec la préfecture, donc je n’ai pas très bien compris ce qui est arrivé », déplore celle qui a reçu la mesure.
D’autant plus qu’elle ne légitime pas les faits qui lui sont reprochés. Elle explique faire partie d’un grand nombre d’associations et participer à de nombreuses manifestations. « Je ne vois pas en quoi cela fait de moi quelqu’un qui porte une menace terroriste. » En reprenant les faits, elle cite sa participation aux mobilisations anti-vax, Bloquons tout ou des rassemblements en soutien à la Palestine. « Et n’hésitant pas à provoquer les forces de l’ordre », lit-elle. « J’ai plutôt l’impression de bien faire le contraire. »
Alors qu’elle ne pouvait pas se déplacer pour le rassemblement devant la préfecture de Belfort, elle a pu faire un discours via un appel téléphonique. « J’ai l’impression que l’on essaie de museler des opposants politiques. » Elle ne baisse pour autant pas les bras et assure qu’elle continuera à se mobiliser.
« C’est une remise en cause de l’état de droit »
Yvan était présent ce samedi devant la préfecture de Belfort. La première raison qu’il émet lorsqu’on lui demande pourquoi il est venu se mobiliser : être sûr qu’on ait toujours le droit de manifester. « Il y a des choses qui posent questions. On voit que, juste le fait de revendiquer pacifiquement, c’est compliqué. »
Militant depuis toujours, il explique ressentir un mélange d’inquiétude, de résignation et de fatalisme. « Je vois des personnes autour de moi qui sont non violentes, de bons citoyens, mais qui se font embêter. »
Parmi les associations présentes lors du rassemblement, il y avait la Ligue de Droits de l’Homme (LDH). « Pour nous c’est une remise en cause de l’état de droit et une instrumentalisation de la lutte antiterroriste. C’est-à-dire qu’on utilise des moyens administratifs pour empêcher des militants d’user de leurs droits politiques. »
L’association juge les justifications de la mesure infondées. L’association dénonce également les arrêtés mis en place par la préfecture, interdisant les rassemblements dans certaines zones de la ville. « Ces arrêtés sont donnés tard le soir pour qu’il n’y ait pas de recours possible. » Pour l’association, cette remise en cause de l’état de droit a des conséquences très concrètes : « C’est faire la courte échelle à l’extrême droite et au fascisme. C’est habituer les gens à se voir privés de liberté. »
Sollicitée, la préfecture du Territoire de Belfort n’a pas souhaité pas communiquer sur le sujet.
