Sochaux : la remise en cause du télétravail inquiète les salariés de Stellantis

Salariés du groupe Stellantis, au centre de technologie de la batterie, à Mirafiori, en Italie.
Aujourd'hui, les salariés de Stellantis ont la possibilité d'être sur site seulement 1,5 jour par semaine. | ©Stellantis – Julien Cresp

Alors que Stellantis est considéré comme pionnier en la matière, le constructeur automobile souhaite réduire la part du télétravail. Un retour en arrière qui interroge. Entre la capacité d'accueil des sites limitée, des risques psychosociaux et des difficultés au recrutement, les syndicats du site de Sochaux s'inquiètent de cette nouvelle politique.

Ça sonne comme un retour en arrière. La direction du groupe Stellantis a annoncé sa volonté de réduire le télétravail. L’objectif ? Faire revenir les 8 500 salariés sur les sites de production français. Ce projet a un nom : « Back together we win ». Traduction : « De retour ensemble, nous gagnons. » 

Les syndicats du site sochalien de Stellantis (lire nos articles), ont du mal à comprendre ce revirement de situation. Avec la crise sanitaire, « il avait été décidé de déployer de façon massive le télétravail », se remémore Laurent Oechsel, délégué syndical central, affilié à la CFE-CGC. Nous étions en 2021 et le groupe mettait alors en place le projet « New era of Agility ». 

Bien avant que le télétravail ne soit en vogue, ce dispositif existait chez le constructeur automobile, considéré comme un pionnier. Celui qui n’était encore que PSA l’a mis en place dès 2014. En 2019, les accords « motivation et de bien-être au travail » sont signés et encouragent le télétravail.

Stellantis, pionnier en termes de télétravail

Aujourd’hui, les salariés concernés par le télétravail doivent au minimum être présents sur site 1,5 jour par semaine. Avec ce projet, ce chiffre devrait atteindre 3 jours. On évoque même la possibilité d’une présence 4 jours par semaine, voire la suppression totale du télétravail et un retour au 100 % de présentiel. D’abord mis en place aux États-Unis, ce changement de politique arrive sur les sites européens. « À Sochaux, on va avoir 2 000 à 2 200 personnes à faire venir », estime Benoît Vernier.  

Du côté de Force ouvrière (FO), Thierry Giroux, délégué syndical, s’agace : « On change de direction et on revient en arrière. Ça énerve vraiment tout le monde. » Depuis 2025, Antonio Filosa a repris les rênes de Stellantis en succédant à Carlos Tavares. « On ne comprend pas », déplore Benoît Vernier, délégué syndical central, à la CFDT.

Un retour sur site à quel prix ?

Du côté de la CFTC, Jean-Luc Ternet, délégué syndical, pointe du doigt « le manque de structures ». Un élément relevé par tous les syndicats. Les capacités d’accueil des salariés qui vont revenir sont limitées. « À l’origine, on avait un bureau pour une personne. Lorsque le télétravail est arrivé, on est passé à huit bureaux pour dix personnes. Aujourd’hui, si on veut faire revenir tout le monde, il faut rajouter des bureaux », remet en contexte Benoit Vernier. 

Au-delà des bureaux, tout l’aspect logistique est à prendre en compte. Laurent Oechsel en fait la liste : il va falloir penser au nombre de places de parking, les places en restauration ou encore le nombre de locaux sociaux. « La direction est contrainte d’engager des dépenses et des investissements supplémentaires », complète Thierry Giroux. En parallèle, Stellantis a annoncé mercredi 25 janvier la perte de 22 milliards en 2025, la deuxième plus lourde jamais enregistrée par le groupe français (lire notre article)

Les syndicats s’inquiètent également pour le bien-être des salariés. Thierry Giroux le voit bien autour de lui. Certains sont préoccupés par leur nouvelle organisation personnelle : la garde des enfants, une maison achetée trop loin du site… « Les salariés sont inquiets car leur équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle est touché », confirme Laurent Oechsel. Des répercussions qui risquent d’atteindre le secteur du recrutement. Du moins, c’est la crainte de Thierry Giroux. « Le fait de remettre en question le télétravail, ça rebute les jeunes », observe-t-il.

Des discussions entre la direction et les syndicats

Laurent Oechsel reste réaliste. Il sait bien que Stellantis est dans son droit en voulant réduire le temps de travail. « On ne peut pas se battre contre la direction, mais on peut être autour d’une table pour négocier. » Et pour cela, les syndicats demandent plus de communication. « Il n’y a pas de diagnostic partagé ni d’études sérieuses sur l’impact réel », déplore Thierry Giroux. De ce fait, FO demande le lancement immédiat d’une expertise. 

Interrogé, Stellantis a assuré que les retours sur site vont se faire progressivement et avec pragmatisme. « On va prendre le temps qu’il faut », précise un porte-parole du groupe. Toutes les adaptations se feront également en phase avec les spécificités locales et la capacité des sites. « On va prévoir les travaux qu’il faut », complète cette même source. Stellantis l’assure, des discussions avec les partenaires sociaux vont être engagées pour évoquer les conditions de travail.

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