Mercredi, vers 15 h 30, une voiture siglée de la police nationale mène une patrouille à Audincourt (Doubs), non loin de Montbéliard. Elle identifie une Clio noire qui sort d’un rond-point sans clignotant. Elle se porte à sa hauteur pour un contrôle. « Lorsque la patrouille se rapproche de la Clio, elle constate qu’elle commence à accélérer », raconte Paul-Édouard Lallois, procureur de la République de Montbéliard, à l’occasion d’une conférence de presse, ce vendredi matin. La voiture grille un stop et accélère encore. Une course poursuite s’engage. Le véhicule se dirige sur l’A36, en direction de Belfort, au niveau de l’échangeur d’Arbouans. La voiture en fuite s’engage d’abord à contre-sens, avant de se raviser et de récupérer la « bonne bretelle » en forçant les plots en plastique.
Le prévenu est né en Espagne en 2002 et est domicilié à Alpens (Catalogne), mais il réside vraisemblablement dans le secteur d’Audincourt, indique le parquet de Montbéliard.
Un « miracle »
« Ils sont à une moyenne de 180 km/h (sur l’autoroute, NDLR). Les policiers constatent que le véhicule zigzague, qu’il dépasse par la droite », poursuit le magistrat. Les policiers se sont engagés dans la course-poursuite avec l’accord de la hiérarchie, relève le magistrat, même s’ils ont déjà identifié le véhicule. « J’ai donné carte blanche aux policiers et aux gendarmes de mener, autant que possible, la chasse aux auteurs de refus d’obtempérer et de rodéos motorisés, pour donner le maximum de chances de pouvoir interpeller en flagrance les auteurs », justifie Paul-Édouard Lallois.
Le conducteur de la Clio sort une vingtaine de kilomètres plus loin, pour prendre la R.N. 1019 en direction de la Suisse. La gendarmerie locale est alors prévenue et vient à la rencontre des véhicules.
Au rond-point de Grandvillars, quelques kilomètres après la sortie d’autoroute, le conducteur aperçoit la gendarmerie arrivant en sens inverse et fait demi-tour. Entre-temps la voiture de police s’est positionnée en travers de la route. Il la percute. « [Le prévenu] a la possibilité de s’arrêter. Pour autant, l’individu va délibérément foncer en direction du véhicule de police », replace le procureur. Le conducteur prend la fuite à travers champ et les forces de l’ordre ne peuvent pas le suivre. Dans la voiture, la police judiciaire retrouve deux bonbonnes de protoxyde d’azote.
Les deux policiers sont « particulièrement choqués » et ont reçu une journée d’incapacité totale de travail (ITT) ; l’un des deux souffre « d’un léger traumatisme crânien ». « C’est un miracle que les policiers ne soient pas plus blessés », indique le procureur, qui estime également que ce refus d’obtempérer aurait pu se terminer « en véritable drame ».
« Défavorablement connu » de la justice
Vers 21 h, un homme se présente au commissariat de Montbéliard. C’est l’ancien propriétaire du véhicule, qui vient notifier que le véhicule vient d’être vendu. Vers 23 h, une personne se présentant comme le nouveau propriétaire vient au commissariat de Montbéliard, avec un mineur. Ce dernier s’accuse d’avoir été le conducteur. Après une série de vérifications, les policiers comprennent vite que cette version ne tient pas. Le propriétaire du véhicule passe finalement aux aveux, dans la nuit, au cours de sa garde-à-vue. Il conduisait bien le véhicule. « Entre le propriétaire du véhicule et le mineur on n’est pas du tout sur le même type d’apparence physique, de taille, de corpulence », indique le procureur. Et les policiers n’avaient absolument pas reconnu le mineur, non connu des services de police.
Le prévenu est « défavorablement connu » de la justice. Depuis 2020, il a été condamné sept fois par les tribunaux de Montbéliard ou de Belfort, pour des faits liés au trafic de drogue. Il a même été condamné à deux reprises à trois ans de prison. L’individu a été placé en détention provisoire, indique le parquet, ce vendredi après-midi. Il est convoqué, dans le cadre d’une procédure de comparution immédiate, ce mardi 4 août, au tribunal de Montbéliard. Il est poursuivi pour refus d’obtempérer et pour violence avec arme sur fonctionnaires de police, considérant que le véhicule est une arme « par destination ». Il encourt jusqu’à 10 ans d’emprisonnement.
