Plusieurs milliers de soldats. Des centaines de véhicules. Les chiffres d’engagement des forces dans l’exercice Orion donnent le tournis. Et soulignent toute l’ambition de cette manœuvre exécutée en plusieurs séquences et pendant de longues semaines : se préparer à un conflit de haute intensité.
Depuis plusieurs mois, on joue ce type de conflit à différentes échelles, comme les tableaux d’une pièce de théâtre : on se prépare à l’avant-conflit, avec la lutte informationnelle par exemple, on s’entraîne aux déploiements massifs, à la mise en route de l’outil industriel, aux relations interministériels… En ce printemps 2026 se jouait la dernière pièce de cet immense puzzle, qui sera décortiqué et fera l’objet d’analyses fines de la part des autorités : la partie coercitive avec l’engagement des forces terrestres.
« Au plus près des conflits contemporains »
« L’enjeu principal est de préparer la France à une guerre de haute intensité », replace ainsi le colonel Franck Duchemin, chef de corps du 35e régiment d’infanterie (lire notre article). 500 Gaillards, le surnom des militaires du 35, ont été déployés sur l’exercice, soit la moitié du régiment. Ce dernier était intégré à la 7e brigade blindée, la force engagée dans l’affrontement. La brigade faisait face à un ennemi équivalent, qui s’apparentait à la Russie ; il était « joué » par la 27e brigade d’infanterie de montagne.
Les Gaillards composaient la majeur partie d’un bataillon de 700 hommes, en compagnie de sapeurs du 3e régiment du génie de Charleville-Mézière d’artilleurs du 68e régiment d’artillerie d’Afrique. Le 35e régiment d’infanterie a notamment fourni à l’exercice une compagnie de VBCI (véhicule blindé du combat d’infanterie), l’outil principal du régiment, affichant une trentaine de tonnes sur la balance ; c’est un véhicule blindé permettant à cette infanterie mécanisée d’avancer.
Pendant deux semaines, les Gaillards ont progressé dans un champ de bataille menant de l’Yonne à la Champagne. « Nous avons collé au plus près des conflits contemporains », détaille l’officier supérieur, très satisfait de la manœuvre. « Je pense que nos Gaillards sont prêts », assure le colonel Franck Duchemin.
Les militaires s’entraînent tout au long de l’année au régiment, notamment sur leurs compétences métiers. Ils travaillent également dans des centres dédiés pour se perfectionner à certains combats. À Belfort, les militaires disposent « d’infrastructures opérationnelles de qualité », rappelle le colonel : parcours d’audace ; zones de manœuvre ; champs de tir. Le tout, à proximité de la caserne. Avec Orion, les soldats sortent de leurs zones de confort. « On se confronte à la réalité de l’engagement sur le terrain, où il y a des villes et des villages », indique Franck Duchemin. On n’est pas enfermé dans un camp. « C’est vivant. Le relief est très différent », ajoute-t-il. Cela n’a rien à voir d’évoluer dans une zone boisée, comme la Bourgogne, par rapport à des régions de plaines comme la Champagne où il est impossible de se dissimuler.
La compagnie drone du régiment mise à l’épreuve
À l’occasion d’Orion, le 35e RI a pu éprouver sa nouvelle organisation, dont sa nouvelle compagnie de drones. « On monte en puissance depuis l’été dernier », explique le chef de corps du régiment ; le 35e Ri est le premier régiment d’infanterie à disposer d’une compagnie de drones de combat. Dans l’esprit du chef de corps, c’est une unité de reconnaissance et de frape. « Les premiers résultats sont très positifs, apprécie-t-il. Cette compagnie dronisée a permis d’avoir un effet levier sur la réussite de la mission. »
Les drones permettent d’avoir un engagement plus serein des forces, assure-t-il, car le terrain a été mieux repéré, et leur effet de neutralisation sur l’ennemi est accentué. Donc, lorsque la troupe arrive, la force de l’ennemi a considérablement diminué par le passage anticipé de drones.
La compagnie de drones est « plus agile », explique l’officier supérieur. Elle se déplace avec de petits véhicules. Elle octroie des capacités d’observation renforcées, mais elle permet surtout de frapper rapidement. Elle facilite la fabrication de têtes de pont plus solides, alors que le bataillon doit par exemple traverser une rivière avec des éléments provisoires mis en place par le génie. Les retours sur ses atouts offensifs sont concluants pour l’officier, qui les a aussi utilisés dans des manœuvres de déception, pour détourner le regard de l’adversaire et le prendre à revers. « Les drones ont un effet de vitesse et de choc sur l’adversaire », apprécie Franck Duchemin, qui loue aussi les capacités de cet outil, dans une utilisation défensive. Cela permet de créer « un rideau implacable », avec de l’artillerie et des mines, « rendant difficile l’entrée dans une zone ».
Le 35e RI vient d’être doté de la munition téléopérée Damoclès, dit munition rôdeuse ou drone kamikaze, dont un tir a pu être fait au camp militaire de Suippes, lors de l’exercice Orion. Une munition qui permet de « frapper plus loin et plus fort », dixit l’officier. Damoclès vole plus longtemps (40 minutes environ) et sur une plus longue distance (plusieurs kilomètres) qu’un drone FPV de plusieurs centaines de grammes et d’une dizaine de centimètres d’envergure.
Si les premiers bilans de la nouvelle compagnie drones sont positifs, le colonel Duchemin est aussi conscient que le 35e régiment d’infanterie est au début de sa prise en main de cette nouvelle capacité. Il faut continuer de former des pilotes. D’éprouver l’utilisation tactique. Même s’ils sont prêts, les Gaillards vont continuer de se préparer. En l’honneur de la devise du régiment, qui rend elle hommage au testament légué par le colonel Maud’Huy : Tous gaillards, pas d’traînars !




