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Belfort : enquête au 35e RI contre deux soldats affichant des sympathies néonazies

La caserne Maud'Huy, à Belfort, abrite le 35e régiment d'infanterie. | ©Google Street View
Analyse
Deux militaires du 35e régiment d’infanterie de Belfort, jeunes engagés, sont épinglés pour afficher ouvertement une idéologie néonazie, comme le dévoile le média Street Press. Une situation qui déclenche des procédures d’enquêtes au sein de l’institution militaire, de nouveau confrontée à ce type de dérive. Analyse.

« Il n’y a aucune tolérance vis-à-vis de ces différentes idéologies néo-nazies et extrémistes », assure la capitaine Aurélie, conseiller communication de la 7e brigade blindée de Besançon (Doubs), dont dépend le 35e régiment d’infanterie de Belfort. Le média national StreetPress a révélé, ce mercredi matin, l’affichage de sympathies néonazies de deux jeunes militaires du 35e régiment d’infanterie de Belfort ; l’un des deux est membre du groupe d’ultra-droite des Vandal Besak, à Besançon. Ce groupuscule fait partie de mouvements suivis avec attention par les services de renseignement, confirment plusieurs sources. Des actes violents lui ont été attribués ces derniers mois.

L’enquête du média numérique dévoile notamment que l’un des militaires affiche ces messages sur les réseaux sociaux, tout en affirmant sa volonté de tuer des étrangers et des LGBT. Il commente, sur une de ses photos, être dans un « des régiments les plus NZ (nazi, NDLR) au monde ». Au printemps 2021, un caporal-chef du régiment avait déjà été épinglé pour son profil néo-nazi, par Mediapart. Le même militaire a ensuite été mis en examen en novembre après la découverte d’un arsenal de 130 armes à son domicile, couplé à de la propagande néonazie (lire l’article)

« On est dans l’extrême radicalité »

Le journaliste Christophe-Cécil Garnier, rédacteur en chef adjoint du pôle enquête StreetPress a enquêté pendant plusieurs mois sur les deux militaires du 35e RI. C’est sa première enquête sur Belfort rendue possible après un travail de longue haleine sur le groupe « Vendal Besak ». « En enquêtant sur ces réseaux, je suis tombé sur le profil d’un des deux militaires. Il avait un physique que l’on retient, avec ses tatouages, sa très grande taille. » Rapidement, il retrouve une photo du 35 RI où il apparaît et déroule le fil. L’un des deux militaires affiche ses sympathies néo-nazies publiquement sur les réseaux sociaux. « C’était open-bar. J’ai déjà vu des discours aussi radicaux, c’est quelque chose auquel je suis habitué. Mais de manière aussi accessible, c’est impressionnant… Je ne me suis pas infiltré pendant dix mois, là, tout était très franc. On est dans l’extrême radicalité. » 

« Ces deux militaires, très jeunes en service, n’étaient pas connus pour des faits de cette nature », assure la délégation à l’information et à la communication de la défense (Dicod) du ministère des Armées. « Le commandement n’avait pas constaté ce positionnement depuis leur engagement », a-t-elle ajouté. On évoque une dérive individuelle. « Toutes les idéologies néfastes, nauséabondes, révisionnistes, extrémistes, sont proscrites », ajoute la Dicod. L’armée confirme, « qu’à la lumière des éléments notamment révélés par l’article », une enquête est en cours. 

Les deux soldats mis en causes ont été reçus ce mercredi après-midi par le lieutenant-colonel Mathieu Pochard, qui assure la suppléance du commandement du 35e régiment d’infanterie, alors que l’actuel chef de corps commande le bataillon international de l’Otan, en Roumanie (lire notre article). “Ces idéologies sont inacceptables”, dénonce l’officier, joint par téléphone. L’officier supérieur invite toutefois a bien “démontrer” et “mesurer” l’adhésion de ces militaires à ces idéologies. “On prendra le temps de l’enquête”, ajoute-t-il, afin de “démêler le vrai du faux, pondérer ce qui doit l’être”. “Et sanctionner durement ce qui doit l’être aussi”, certifie le lieutenant-colonel, qui regrette la méthode journalistique employée, notamment la diffusion des photos des deux hommes. En interne, certains questionnent la jeunesse des deux militaires et leur caractère influençable. Au début de la formation, des sensibilisations aux réseaux sociaux sont faites aux recrues. “Ils n’en prennent pas la mesure”, regrette le lieutenant-colonel Mathieu Pochard.

« Des cas très marginaux »

L’étape suivante sera le déclenchement d’une enquête de commandement. Les sanctions, si les faits sont avérés, peuvent conduire à un blâme ministériel, voire à une rupture du contrat de travail. Et ces enquêtes « ne rigolent pas », assure le général 2e Section, (c’est-à-dire qu’il n’est plus militaire d’active) Jérôme Pellistrandi, rédacteur en chef de la Revue Défense nationale. Il a notamment été chef de corps du 28e régiment de transmission d’Issoire (Puy-de-Dôme) et a commandé la brigade multinationale d’appui, à Strasbourg (Bas-Rhin). L’officier intervient quotidiennement sur BFM pour expliquer la guerre en Ukraine. 

En dehors de ces mesures disciplinaires, des poursuites judiciaires peuvent être engagées, au besoin, note le général. Les propos tenus à l’égard du régiment sur son caractère “nazi” peuvent-ils être concernés ? Le caractère diffamatoire peut être posé ; sollicité sur cette question, le Dicod n’est pas encore revenu vers Le Trois au moment de la publication. 

L’enquête de commandement implique aussi la direction du renseignement et de la sécurité de la défense (DRSD). Cette unité doit notamment « prévenir toute incursion de ce type d’idéologie dans nos armées », insiste la Dicod. Ces services regardent justement « s’il y a des organisations » derrière ces comportements individuels éclaire le général Jérôme Pellistrandi.

« Ce sont des cas très marginaux », estime également le général, qui précise que ces dérives concernent surtout des engagés. « Il n’y a aucune ambiguïté sur l’attitude du commandement et de l’institution militaire », rassure-t-il. La direction du renseignement et de la sécurité de la défense réalise « un travail immense et crucial », affirme la Dicod, afin de repérer ces profils au recrutement ou au quotidien. « Cependant, aucun dispositif de détection n’est infaillible », ajoute le service.

« Je fais confiance à la hiérarchie militaire »

« Il n’y a pas de place pour ces gens dans nos armées », relève Cédric Perrin, sénateur Les Républicains (LR) du Territoire de Belfort, vice-président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat. « Ces comportements doivent être sévèrement sanctionnés », appuie-t-il. « J’ose espérer, note-t-il, que c’est un cas isolé. » Il ne veut toutefois pas que l’on fasse d’amalgame, en appelant à être « vigilant ». « Je pense qu’il y a eu un travail énorme fait par les services de renseignement pour repérer et démanteler les groupuscules d’extrême droite », estime le sénateur, qui glisse toutefois que cela n’a pas forcément été fait avec l’extrême gauche. Cette lutte contre ces dérives « est un combat perpétuel » pour les armées assure Cédric Perrin. « Je fais confiance à la hiérarchie militaire », termine-t-il. Sollicitée, la préfecture du Territoire de Belfort a précisé : « Nous faisons confiance au ministère des Armées pour sanctionner les comportements qui ne sont pas conformes à l’éthique militaire. »

La prochaine loi de programmation militaire (2024-2030), approuvée cet été, « prévoit un doublement du budget consacré à ce service », confirme la Dicod, « afin de lui permettre de veiller au mieux à la détection rapide de ces profils, pour lesquels l’armée n’a aucune tolérance ». Le général conclut : « Il peut y avoir des brebis galeuses; il faut les écarter. Elles n’ont pas leur place dans l’armée. »

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