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« Aujourd’hui, nous mangeons de façon cognitive et non pas de façon expériencielle »

Sophie Primot, diététicienne-nutritionniste, présente ce qu'est "manger en pleine conscience"
Sophie Primot est diététicienne-nutritionniste, spécialisée dans les approches psycho-comportementale. Elle milite pour le manger en pleine conscience

Des étudiants en bachelor (bac + 3) nutrition humaine et sportive, du Cours Notre-Dame des Anges à Belfort, organisent ce samedi 20 mars le 1er Salon de la nutrition, virtuel. À cette occasion, ils accueillent Sophie Primot*, diététicienne nutritionniste à Sierentz (Haut-Rhin), qui pratique une approche psycho-comportementale. Elle parle de la « pleine conscience ».

Des étudiants en bachelor (bac + 3) nutrition humaine et sportive, du Cours Notre-Dame des Anges à Belfort, organisent ce samedi 20 mars le 1er Salon de la nutrition, virtuel (notre article). À cette occasion, ils accueillent Sophie Primot*, diététicienne nutritionniste à Sierentz (Haut-Rhin), qui pratique une approche psycho-comportementale. Elle parle de la « pleine conscience ».

Qu’est-ce que manger en pleine conscience ?

Manger en pleine conscience, c’est une approche expérientielle, ici et maintenant, sans jugement, et qui permet de se reconnecter à ses sensations corporelles. Nous sommes dans une société où tout va très vite. On veut du résultat. Il faut être efficace. Et tout est cognitif. Et nous sommes obsédés par les pensées automatiques ; on est en mode pilotage automatique. Le principe de la pleine conscience, c’est le contraire du pilotage automatique. Les gens, souvent, se perdent en pensées sur le passé : « J’aurais dû, je n’aurais pas dû. » Ou se perdent en conjectures : « Demain, je devrais pensé à ça. » Finalement, ils n’incarnent plus l’instant présent et pour la nourriture, c’est pareil. Aujourd’hui, la plupart des gens mangent devant les écrans, ce qui génèrent des pathologies comme l’obésité. On ne se rend plus compte de la quantité qu’on ingère, ni de la qualité. On ne prend plus le temps de cuisiner en pleine conscience, ni de manger en pleine conscience.

À qui s’adresse cette approche ?

J’ai fait le diplôme universitaire de psychologie et de pédagogie du comportement alimentaire à la faculté de médecine de Dijon (Côte-d’Or). C’est le professeur Yasmine Lienard, qui est médecin psychiatre, instructeur MBSR (méditation en plein conscience pour la réduction du stress) qui m’a formée. Cette méditation en pleine conscience s’adresse à des gens qui ont des troubles de la conduite alimentaire : l’anorexie (restriction alimentaire) ; l’obésité (impossibilité de restreindre son alimentation) ; l’hyperphagie (ingestion de nourriture supérieure à ce que l’on dépense) ; l’orthorexie (obsession de ne manger que des produits sains) ; la bigorexie (obsession de l’activité physique, donc l’alimentation s’en ressent). C’est de plus en plus prégnants de nos jours, encore plus depuis un an avec la covid-19. Ces pathologies sont souvent liées à un dysfonctionnement, à une dérégulation des sensations corporelles. On ne ressent plus la faim. On ne ressent plus la satiété, ni le rassasiement. Ce sont des notions oubliées. Les enfants savent très bien faire. En général, ils mangent quand ils ont faim et s’arrêtent quand ils n’ont plus faim. Aujourd’hui, nous mangeons de façon cognitive et non pas de façon expériencielle. Par exemple, manger le chocolat en pleine conscience permet de le déguster différemment, d’envoyer d’autres signaux au cerveau et finalement, pour ceux qui ont des problèmes de régulation, d’en manger moins.

Manger en pleine conscience, comment cela se découpe ?

Manger en pleine conscience, c’est comme vivre en pleine conscience : c’est essayer d’accueillir l’instant présent sans jugement. Par rapport à un aliment, on peut avoir une idée : le chocolat, ça fait grossir, alors je n’en mange pas. Mais là, c’est la tête qui réfléchit. Si le chocolat, j’en ai envie, j’en mange un carreau en pleine conscience, il n’y a pas de souci. C’est une certaine flexibilité que l’on n’a pas quand on est dans des pensées automatiques. Et ça soulage franchement dans certaines pathologies.

"Manger le chocolat en pleine conscience permet de le déguster différemment, d’envoyer d’autres signaux au cerveau et finalement, pour ceux qui ont des problèmes de régulation, d’en manger moins"
Sophie Primot, diététicienne-nutritionniste, présente ce qu'est "manger en pleine conscience"
Sophie Primot
Diététicienne

Manger en pleine conscience, c’est déjà manger à table, assis, sans écran, en prenant son temps…

Je prends mon café en pleine conscience. Je ressens la chaleur de la tasse dans ma main, je sens l’odeur du café, j’ai le contact de ma tasse sur mes lèvres. En sevrage tabagique, on apprend aux fumeurs à prendre leur première cigarette du jour en pleine conscience, en s’ancrant et en prenant deux grandes respirations. Et on leur demande de prendre la première bouffée de cigarette, de la savourer en pleine conscience. On s’est rendu compte que ces fumeurs allaient fumer de moins en moins car leur cerveau a un message décuplé des sensations…

Et on n’est plus sur des cigarettes automatiques…

Exactement. Et pour la nourriture, c’est pareil.

"Les pratiques méditatives ou de recentrage permettent, à terme, d’éviter l’esprit de vagabondage"
Sophie Primot, diététicienne-nutritionniste, présente ce qu'est "manger en pleine conscience"
Sophie Primot
Diététicienne

Ces pratiques peuvent-elles entrer dans des protocoles de soins ?

Scientifiquement, les études ont validé le fait qu’une prise en charge par la méditation en pleine conscience a les mêmes effets à terme que des neuroleptiques. C’est une fenêtre ouverte énorme sur l’évolution du soin.

Se rapproche-t-on de pratiques comme l’hypnose, que l’on utilise par exemple pour anesthésier ?

C’est aussi un outil de neurosciences, qui a le même effet : focaliser l’attention et arrêter « le petit vélo ». Ce sont les idées qui tournent en boucle, qui provoquent les insomnies, les compulsions, le tabagisme, l’alcoolisme, l’anxiété. C’est le même fonctionnement cognitif.

Manger en pleine conscience peut-il fonctionner tout seul : je vis à 100 à l’heure, mais le matin je prends un peu de temps. Ou faut-il l’associer à des pratiques méditatives ?

Les pratiques méditatives ou de recentrage permettent, à terme, d’éviter l’esprit de vagabondage. Souvent, nous sommes pollués et épuisés nerveusement parce que nous sommes bombardés de pensées automatiques. J’ai 4 enfants, 2 jobs et plein de projets. Quand je me laisse emporter par mon cerveau, je me reconnecte à mes points d’ancrage, je me focalise sur ma respiration, mon rythme cardiaque s’abaisse. Je dors mieux, je m’énerve moins, je suis moins perméable au stress. Je gère mieux mes enfants, je supporte mieux mon conjoint (sourire). Ça n’a que des avantages.

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