« C’est dommage au vu des investissements consentis », a souligné Tania Cavassini, ambassadrice de Suisse en France lors d’un point presse organisé à la mairie de Belfort. Une formule très diplomatique pour dire le mécontentement de la Suisse de voir les trains venus de Bienne et Porrentruy s’arrêter désormais à Delle. Les investissements pour relancer la ligne Belfort-Bienne, a rappelé l’ambassadrice, ont été de 110 millions d’euros, dont 35 millions d’euros apportés par la confédération helvétique.
La décision de l’arrêt des trains suisse à Delle a été prise en 2023, alors que la fréquentation n’atteignait que 400 voyageurs par jours en 2022, alors qu’on en espérait 1600. La Suisse s’était alors déjà émue de cette décision ; le sénateur Cédric Perrin, qui accompagne l’ambassadrice durant sa visite dans la région, avait alors pointé des horaires et des correspondances inadaptés.
Tania Cavassini a donc voulu se faire la « porte-parole des usagers » en souhaitant que de nouvelles discussions soient engagées et aboutissent à un rétablissement des trains de Suisse jusqu’à la gare TGV et à Belfort.
« Le même niveau d'échanges qu'avec le Portugal ou la Hongrie »
Tania Cavassini effectue une visite officielle de trois jours et demi en Bourgogne-Franche-Comté et dans la bande frontalière côté suisse. Au-delà du débat sur la ligne Belfort-Bienne, l’ambassadrice a souligné l’importance des relations entre la Suisse et la Bourgogne-Franche-Comté, notamment à travers la hausse de 18 % des échanges entre l’une et l’autre entre 2023 et 2025. « Nous sommes à un niveau déchange avec votre région équivalent à celui de la Suisse avec le Portugal ou avec la Hongrie », a-t-elle resitué. Elle estime qu’au-delà de la frontière existe un « bassin de vie partagé », et cite en exemple à la fois les 48 600 frontaliers que compte la région et les 28 000 Suisses qui vivent en Bourgogne-Franche-Comté (dont une très grande majorité on la double nationalité). Ou encore l’Arc horloger, dont les savoir-faire en mécanique horlogère et mécanique d’art ont été inscrits sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2020. Un dossier porté conjointement par les deux pays.
Elle a également évoqué une communauté de savoirs entre la France et la Suisse, avec des échanges constants entre les différentes composantes de l’université Marie et Louis Pasteur et l’université de Neuchâtel ou encore l’EPFL (école polytechnique fédérale de Lausanne).
Permettre aux Français de suivre un apprentissage en Suisse
Le sénateur Cédric Perrin, quant à lui, a évoqué le sujet de l’apprentissage en Suisse, inaccessible aux Français : pour intégrer les formations en apprentissage en Suisse, il faut obligatoirement y être domicilié. Cédric Perrin estime qu’il y a un intérêt commun à ce que les jeunes français accèdent à l’apprentissage en Suisse : pour la France, leur permettre de sortir du chômage ; pour le canton de la République du Jura, peu peuplé, limiter le risque d’exode d’entreprises faute de main d’œuvre (le canton du Jura est au plein emploi).
La visite officielle de l’ambassadrice dans la région l’a conduite à Arc-et-Senans, Besançon, Belfort, Delle, La-Chaux-de-Fond. Dans le Territoire de Belfort, elle s’est rendue notamment à l’usine d’Alstom, à l’UTBM. A la mairie de Belfort, elle a été également accueillie par Marie-Anne Tharin, nouvelle élue, déléguée aux relations internationales, et par Frédéric Rousse, directeur de la coopération transfrontalière à la Ville de Belfort.

