Vous êtes le rapporteur de l’actualisation de la loi de programmation militaire, au Sénat, qui sera votée mardi soir…
Je ne veux pas une loi de programmation militaire d’actualisation, mais une loi de « cohérence », par rapport à la menace mise en avant par le gouvernement dans la revue nationale stratégique. Le Gouvernement demande 36 milliards de plus pour 2030 (portant le montant total 2024-2030 à 436 milliards d’euros, NDLR). Ils ne permettent que de « sincériser » la loi de 2023 ; c’était ce qu’on demandait à l’époque.
Vous demandez une rallonge de 14 milliards d’euros supplémentaires, portant l’enveloppe à 450 milliards d’euros…
On intègre 30 Rafales supplémentaires, trois frégates, 26 LRU, qui doivent remplacer les équipements du 1er Régiment d’artillerie de Bourogne, avec une possibilité de porter cette dernière commande à 52, et un travail sur les missiles aéro-balistiques (pouvant frapper à 1 000 ou 2 500 kilomètres, NDLR). Il faut que nous soyons aussi cohérents dans nos engagements vis-à-vis de l’Otan, où l’on a promis un investissement annuel à hauteur de 3,5 % du PIB en 2035. Avec les 36 milliards du gouvernement, on n’atteint seulement 2,43 % du PIB. Il faudrait que l’on gagne 1 point entre 2030 et 2035… Il faut lisser dans le temps l’effort et le partager entre toutes les générations.
Vous demandez aussi de la cohérence vis-à-vis de nos alliés…
L’Allemagne annonce 160 milliards d’euros pour 2030. Les Britanniques progressent. La Pologne investit. On ne peut pas être déclassée. « La diplomatie sans les armes, c’est la musique sans instrument », disait Otto Von Bismark. Nous devons dissuader la menace russe et peser dans la guerre globale. Nous vivons un moment historique. Et pour être respecté, il faut être puissant. Regardez le coût de la guerre au Moyen Orient sur nos économies, alors que nous ne sommes pas impliqués…
Vous avez dénoncé (lire notre article) le projet d’achat américain pour remplacer le LRU, qui équipe le 1er régiment d’artillerie de Bourogne. Le projet est-il enterré ?
C’est pour le dénoncer que j’ai posé la question au gouvernement (lire notre article). L’armée française a bien reçu une offre très avantageuse du fabricant américain de l’Himars (Lockheed Martin, NDLR) et l’a sérieusement étudiée. De toute manière, il y aura un trou capacitaire (aucun équipement de tir longue portée du type LRU, jusqu’à 70 km, ne sera disponible entre l’arrêt de l’actuelle génération et la dotation du nouvel équipement, NDLR), qu’on le développe ou qu’on l’achète. Mais il ne faut pas être naïf, cette offre américaine (qui concerne une dizaine d’équipements seulement, NDLR) n’est là que pour tuer dans l’œuf le développement d’une solution souveraine française, éliminant alors un potentiel futur concurrent en Europe. Deux projets industriels (ArianeGroup et Thalès d’un côté, Safran et MBDA de l’autre) sont dessus et les tests semblent démontrés que c’est particulièrement performant.
Pourrions-nous imaginer la fabrication des munitions du LRU dans le Territoire de Belfort ?
Ceux qui vont fabriquer les munitions du LRU auront besoin de lignes de production. Cela aurait du sens, si une structure souveraine est choisie, de s’installer à proximité du 1er régiment d’artillerie de Bourogne, seul régiment français qui exploite des lance-roquettes unitaires. Et je viens de recevoir un courrier de la ministre des Armées, qui me confirme des réflexions en cours sur le 1er RA (lire par ailleurs).
Des « réflexions » autour du 1er RA
Cédric Perrin avait sollicité la ministre des Armées, Catherine Vautrin, pour ne pas détruire deux bâtiments du 1er régiment d’artillerie après 2032, à la suite d’une réhabilitation immobilière du régiment et de la construction de six bâtiments d’hébergement, compte tenu des enjeux géopolitiques. Les bâtiments seront détruits, car « en mauvais état », après 2032, pour ne pas « obérer » les capacités d’hébergement du régiment. Mais la ministre confirme que « cette emprise militaire s’insère dans des réflexions actuelles sur l’évolution générale du stationnement de l’armée de terre ». Des conclusions sont attendues pour réévaluer les besoins de construction ou de réhabilitation. Au regard des évolutions géopolitiques et de la place prise par l’artillerie, un renforcement du 1er régiment d’artillerie n’est pas à exclure.

