« Plusieurs informations évoquent une offre de l’industriel américain fabricant du F-35 portant sur la vente de lance-roquettes HIMARS (Lockheed Martin, NDLR) destiné à l’armée de terre française », a interpellé le sénateur Les Républicains du Territoire de Belfort, Cédric Perrin, ce mercredi 13 mai, lors des questions au gouvernement, au Sénat.
Cette question concerne directement le département, qui accueille à Bourogne le 1er régiment d’artillerie, seule unité française équipée de lance-roquettes unitaires (LRU), qui doivent être remplacés avant la fin de la décennie (lire notre article) ; c’est le seul équipement d’artillerie de l’armée de terre française avec une capacité de frappe à longue portée (70 kilomètres), alors que le canon Ceasar a une portée d’une quarantaine de kilomètres. Cédric Perrin, président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées au Sénat, par ailleurs rapporteur pour son groupe de la loi de programmation militaire actuellement en discussion, soutient une solution souveraine pour les capacités d’artillerie de très longue distance, ce que l’on nomme les frappes dans la profondeur.
« Le sujet de l’artillerie et notamment des frappes dans la profondeur est un enjeu absolument majeur pour notre pays », a répondu Catherine Vautrin, ministre des Armées. « Après une vingtaine d’années pendant lesquelles les investissements ont été assez limités, pour ne pas dire particulièrement limités pour notre artillerie, nous sommes arrivés à des seuils qui nécessitent qu’effectivement, nous trouvions des réponses et des réponses rapides », a-t-elle ajouté. Il est urgent de remplacer le LRU (notre article), dont l’obsolescence le condamne après 2027.
Deux groupements français travaillent au remplacement du LRU
La ministre des Armées a confirmé que deux groupements d’entreprises (Safran et MBDA d’un côté et Thalès et ArianeGroup de l’autre) travaillent des solutions avec la direction générale de l’armement, pour proposer une capacité de tir longue portée, de l’ordre de 150 kilomètres. La ministre confirme « des tests » en cours (lire ici). La solution Turgis Gaillard annoncée en mai 2025 n’est même pas évoquée par la ministre. Elle semble avoir été aussi soudaine qu’éphémère (lire notre article).
L’actuelle loi de programmation militaire (LMP) prévoyait l’achat de 13 systèmes d’armes de tirs longue portée pour remplacer le LRU, pour 2030 et 26 pour 2035. Avec l’actualisation de la LPM, Christine Vautrin veut doubler les prévisions, en fixant à 26 le nombre de lance-roquettes achetés dès 2030 ; un engagement majeur est redouté par les états-majors pour le tournant de la décennie. « 26 équipements qui, je l’espère et je fais tout pour, seront des équipements souverains », a ajouté la ministre lors de son allocution. Une volonté. Par encore une confirmation. Joint par téléphone ce mercredi soir, Cédric Perrin estime que 26 systèmes sont toujours insuffisants.
Cédric Perrin a alors rappelé qu’il était « hors de question de placer notre souveraineté militaire sous dépendance américaine », citant l’exemple de l’Estonie qui vient de recevoir du matériel américain « avec des restrictions d’emploi ». Du matériel reçu avec du retard, qui plus est. De fait, acheter américain ne permet donc pas non plus d’éviter le trou capacitaire lié à l’obsolescence du LRU, replace le sénateur. « Nous avons les compétences, nous avons les industriels et les offres nécessaires semblent concluantes », souligne Cédric Perrin dans son discours. Qui ajoute un troisième argument contre une décision d’acheter américain : « Quel signal enverrions-nous à nos partenaires européens après avoir défendu l’autonomie stratégique européenne pendant des années ? »

