Le Trois –

Belfort : le feu de la colère couve toujours chez les pompiers

Le 9 décembre 2022, les pompiers du Territoire de Belfort avaient manifesté devant le conseil départemental. | ©Le Trois – archives
Enquête
Les syndicats s’insurgent à nouveau du manque de considération de leur direction et dénonce un mal-être prégnant au service départemental d’incendie et de secours du Territoire de Belfort. Le président, Florian Bouquet, s’en défend.

14 novembre 2022. Un préavis de grève illimité est déposé par quatre organisations syndicales du service départemental d’incendie et de secours du Territoire de Belfort (Syndicat autonome, Avenir secours, CFTC-SPADIS, FO SIS), représentant autant les officiers que les hommes du rang. La grève concernait l’application de la loi de transformation de la fonction publique qui met fin aux régimes dérogatoires à la durée légale de travail, fixée à 1 607 heures (voir ici). Depuis, les pompiers n’en sont jamais vraiment sortis. Les tensions sont restées vives avec la directeur du Sdis, le colonel Philippe Pautigny mais aussi avec le président du conseil d’administration du Sdis, Florian Bouquet, également président du conseil départemental du Territoire de Belfort.

Onze mois plus tard, dans certains camions figurent encore l’écrito « en grève ». Si les tags ont été effacés pour tenter de créer un vague apaisement (lire ici), la séance du dernier conseil d’administration du Sdis (Casdis), organisée le 14 septembre, montre que la situation est loin d’être réglée. « L’intervention que nous avons faite le 27 juin lors du conseil d’administration n’apparaît pas dans les comptes-rendus. Pourquoi ? » interroge l’officier adjoint Frédéric Parent, lors de cette séance. « Parce que cela n’était pas à l’ordre du jour », répond Florian Bouquet. Par téléphone, le président complète en affirmant qu’« il y a une chambre d’enregistrement qui ne prend en compte que l’ordre du jour. Si leur intervention ne figure pas, c’est simplement liée à ça », commente-t-il.

« Tout ce qui peut mettre en lumière ou refléter le mal-être, on s’en affranchit au sein du SDIS 90 », écrit le syndicat Autonome dans un communiqué à la suite du conseil. Lors de ce précédent conseil d’administration, le 27 juin, Éric Chevillard, représentant du personnel, avait soulevé une dégradation des conditions des agents.

Selon un compte-rendu de cette séance, consulté par Le Trois, il avait d’abord informé : « Un courrier signé par tous les syndicats qui siègent dans des instances, a été adressé il y a quelques jours à M. le Président avec copie à M. le Préfet ainsi qu’aux organismes en charge de la santé des agents.” Puis avait poursuivi : “Que contient ce courrier ? Simplement, mais absolument factuellement, le signalement d’une problématique interne gravissime au Sdis 90. » Le représentant du personnel énonce alors les difficultés : dégradation de l’ambiance de travail, arrêt maladie des cadres et officiers en ribambelle, risques psychosociaux… « Le manque de considération, de communication ascendante et descendante, la non-reconnaissance des compétences sont aujourd’hui le ressenti de tous les agents du Sdis », rapportait-il lors de cette séance. « Depuis quelques mois, la souffrance au travail est devenue une réalité au sein du Sdis 90 », lit-on encore. 

Aucun dispositif de signalement

« Tout est noyé. » Par téléphone, Pierre-Arnaud Fillatre, pompier à Belfort-Sud, à Danjoutin, délégué syndical Force ouvrière, tient la même ligne que ses homologues. « Je partage pleinement », fait-il savoir. Avec la direction du Sdis et le président, il considère que la relation est « brisée ». Près d’un an après le début des tensions, le délégué syndical considère que les pompiers sont loin d’une sortie de crise. « La situation est catastrophique et le dialogue avec le directeur est désormais impossible. Il faut s’adresser au directeur adjoint pour parler, même s’il est dans la même pièce. » Et le syndicat Autonome de redouter : « À force d’être dans le déni, la réalité va exploser aux yeux de tous et ils ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas. » 

Problème : pour faire valoir le mal-être des pompiers, les syndicats manquent d’indicateurs. « Aujourd’hui, les outils d’évaluation, d’identification et de prise en charge des risques psychosociaux ne sont pas conformes à la loi », explique Sébastien Boillot, du syndicat autonome, pompier à la caserne Belfort-Nord, à Valdoie. Par exemple, il déplore l’inexistence d’un rapport social unique, qui permettrait de prendre le pouls à la caserne. Et la difficulté de la mise en place d’un dispositif de signalement des actes de violence, discrimination, harcèlement. Prévu depuis le 13 mars 2020, le dispositif n’est toujours pas appliqué, lit-on dans un document interne transmis à la rédaction.

D’ailleurs, le poste d’agent chargé de la fonction d’inspection, chargé de ces questions (ACFI), a toujours été géré par des personnes non compétentes pour cela déplorent plusieurs interlocuteurs. Lors du Casdis du 14 septembre, Pascal Grosjean, maire de Bermont, ancien pompier et aujourd’hui 3e vice-président du conseil d’administration en charge des affaires sociales et du personnel, a expliqué s’être retrouvé à ce poste « pour remplir une case » sans avoir jamais eu de formation, peut-on lire dans ce compte rendu. « Ce n’était pas facile à appréhender », convenait-il. Par la suite, Michaël Terzaghi, infirmier du Sdis, a pris ce rôle. Dans ce même document, l’on apprend que cette fonction aurait dû faire l’objet d’une formation de 16 jours qu’il n’a jamais effectué depuis qu’il exerce ses fonctions.

« Vous comprendrez qu’il est donc très difficile de réussir à quantifier les problèmes », se désole Sébastien Boillot. Lors du conseil d’administration, la mise à disposition d’un agent externe pour gérer ce poste a été validée. Mais cela ne rassure pas. Il aurait fallu, selon les syndicats, une personne interne pour être la plus disponible possible ainsi que pour connaître les enjeux. Une demande que Florian Bouquet, président du Casdis, ne souhaite pas voir aboutir. « Il ne faut pas avoir quelqu’un qui soit juge et partie à ce poste, ce n’est pas possible », explique-t-il par téléphone. 

Un conflit entériné

Le président ne cache pas sa lassitude et son agacement sur la question du mal-être au travail. Pour lui, tout est réuni pour que les conditions soient exemplaires : matériels de pointe, 13e mois, taille familiale, personnels suffisants voire supérieurs aux autres Sdis… Son hypothèse :  la question de la qualité de vie au travail cache une amertume sur l’application de la loi des 1 607 heures. « Curieusement, ces problématiques sont apparues à ce moment-là. Pourtant, je n’ai pas changé de manière de faire depuis 2015. » 

Il se dit « malheureux pour ces pompiers », dont l’image « est entachée dans les autres Sdis » à cause de « 4-5 hommes à la posture syndicale qui joue la même musique depuis plusieurs mois. » Il estime que la situation relève d’une polémique « malsaine ». 

Concernant le mal-être, il n’y croît que très peu. Il estime que l’absence de turnovers est un bon indicateur du climat social, et qu’il n’y a que très peu de départs dans le Territoire de Belfort. Il estime aussi que le mal-être se quantifie par la surcharge de travail. « Et on ne peut pas dire qu’ils sont surchargés. Je rappelle que même s’ils sont aux 1 607 heures, le temps en opération est de 4,5%. » 

« Si vous ne vous sentez pas bien au SDIS, prenez votre voiture, faites un quart d’heure de route vers un autre département et foncez », s’emporte-t-il par téléphone lorsqu’il est questionné sur le sujet. Des propos qu’il avait déjà pu tenir lors d’une réunion interne, selon des documents consultés par Le Trois. « Il faut arrêter de semer la zizanie,  Nous n’avons pas besoin de ça de la part des pompiers. Sincèrement, le syndicalisme a changé. Autrefois, les délégués savaient doser. Aujourd’hui, à l’image de la société, le syndicalisme s’est teinté d’arrogance et de violence », conclut-il. À ce jour, le protocole de sortie de grève n’est pas signé. Et les tensions constantes ne vont pas dans le sens d’une sortie de cette situation. 

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