La sidération passée, la contestation s’organise. Une semaine après les révélations du Trois concernant l’arrêt des interventions sport et musique dans les écoles de Belfort par la municipalité (lire notre article) à la rentrée prochaine, les parents d’élèves, les syndicats et l’opposition se mobilisent. Une pétition a été lancée et a déjà recueilli plus de 1 000 signatures.
Les parents d’élèves d’une dizaine d’écoles primaires de Belfort ont ainsi envoyé un courrier, ce mardi, à Damien Meslot, maire Les Républicains de Belfort. Ils s’étonnent déjà de l’absence « d’une consultation » sur ce sujet, témoigne Camille Foucard, représentante (Schola) des parents d’élèves de l’école Jules-Heidet, qui coordonne la mobilisation.
Onze intervenants en sport et quatre en musique sont concernés
Surtout, ils partagent leurs inquiétudes quant à cette décision. Les intervenants assurent « un appui précieux » aux enseignants, insistent les parents d’élèves. La séance est bien inscrite dans l’agenda, elle est prête lorsque les élèves arrivent ; elle n’est pas intercalée entre deux séances de mathématique et de français, avec le risque qu’elle soit finalement annulée. « Il est évident que la suppression des ETAPS (les intervenants sportifs, NDLR) ne peut que dégrader considérablement la qualité des séances d’EPS », conviennent les syndicats enseignants CGT éduc’action 25-90 et FSU-SNUipp 90, dans une lettre ouverte envoyée au maire. « Les enseignant·e·s ne sont pas en capacité d’offrir une aussi grande variété d’activités sportives (gym-acrobatique, ultimate, course d’orientation, sport de raquettes, jeux d’opposition, expression corporelle…), avec des moyens spécifiques (installation d’ateliers évolutifs, matériel spécialisé) », complète encore le courrier. Les syndicats enseignants dénoncent aussi le mépris de la mairie à leur égard et insistent sur la collaboration entre les intervenants de sport et les enseignants. Il n’y a pas de délégation.
La Ville emploie aujourd’hui onze intervenants sportifs ; sept sont fonctionnaires et quatre sont contractuels. Selon les éléments à notre disposition, le contrat des derniers nommés ne sera pas renouvelé. Et l’organisation du travail des premiers inquiète au plus haut point, notamment en termes de planning : le risque d’horaires décousues avec des interventions sur le temps périscolaire est redouté. « C’est un recul », déplore Simon Pheulpin, de la CGT territorial, qui alerte sur la suppression des emplois à la municipalité. Cette restructuration concerne aussi quatre intervenants en musique.
Le sport est gagé d'équité
« Le sport est un moteur d’équilibre et de réussite à l’école, souligne Camille Foucard. Il diminue le stress, l’anxiété et favorise l’apprentissage. » Celle-ci est consciente que la Ville n’est pas obligée de financer ces interventions ; c’est une politique volontariste en place depuis 1946, indique à ce sujet la liste d’opposition municipale Belfort avec vous. « Mais c’est une réelle plus-value », assure-t-elle. Ces interventions sont « un gage d’équité d’accès au sport », relève encore Camille Foucard, alors que la pratique sportive est un enjeu de société face à la croissance de la sédentarité et des problématiques de surpoids.
Tous les enfants n’ont pas accès au sport en-dehors du temps scolaire. C’est un moment d’ouverture à différentes disciplines. La CGT et FSU-SNUipp ne disent pas autre chose : « Dans une ville qui se paupérise, ce que nous sommes bien placés pour voir dans nos classes, il est particulièrement dommageable que cet enjeu crucial disparaisse de la politique de la ville. » La CGT territorial s’étonne, à ce titre, des millions d’euros engagés pour rénover les Nouvelles Galeries à Belfort (12 millions d’euros) ou ce terrain vendu à Alstom pour un euro symbolique, au regard du montant qui sera finalement économiser avec cette politique. « Toutes les économies qu’ils font sont sur la suppression des postes », note, dubitatif, Simon Pheulpin ; la CGT et les intervenants de sport ont sensibilisé les familles à cette décision, ce samedi, à l’occasion de la fête de l’Enfance, au Champ-de-Mars.
Cette particularité des interventions, qui n’est pas unique à Belfort, était aussi un facteur d’attractivité des écoles publiques de la ville, vis-à-vis des institutions privées notent plusieurs observateurs. « Nous sommes prêts à habiter Belfort et à payer les impôts locaux, poursuit Camille Foucard, avant de s’interroger : Mais s’il n’y a plus d’engagement de la municipalité en faveur des enfants et des familles… » Les parents d’élèves attendent que ces interventions soient préservées, que des moyens soient engagés et qu’un dialogue soit construit avec la communauté des parents d’élèves.
« Comment la ville de Belfort peut-elle accueillir, en grande pompe, le Tour de France, tout en sapant les conditions de son excellence sportive », questionnent finalement les syndicats enseignant. Et ce slogan « Belfort mordu de sport. » Il en étrangle plus d’un depuis dix jours.
Les études du soir ne seront plus gratuites
« Après l’augmentation de la cantine, du périscolaire, des activités sportives et de jeunesse… Après la suppression des intervenants sport et musique dans les écoles. Voilà que la municipalité s’apprête désormais à rendre payante l’étude surveillée, gratuite depuis toujours », s’indigne la liste d’opposition municipale Belfort avec vous, rassemblant Insoumis, Communistes, Écologistes et des membres du collectif citoyen Belfort en commun. « C’est une vision et un projet politique assumé, méthodique, contre l’école publique », ajoute la liste d’opposition, qui dénonce des projets faits « en catimini ».
