« Cela fait des vagues dans les services des sports. » En interne, c’est l’émoi. Et la surprise. La municipalité de Belfort a décidé d’arrêter les interventions de sports et de musique dans les écoles de la cité du Lion, assurées par des éducateurs de la Ville, à partir de la rentrée. Cela a été annoncé aux intéressés ce jeudi, apprend-on de sources concordantes. C’était une particularité de Belfort, vieille de plusieurs décennies, que de proposer aux écoles cet appui.
Une politique mise en avant dans la revue municipale Belfort Mag’ (septembre-octobre 2019, N°289). Ce choix politique visait à « familiariser les enfants avec le sport », expliquait alors la municipalité dans son magazine. À l’époque, sur les trois heures de sport prévus au programme de CP, deux heures étaient par exemple assurées par un éducateur de la ville peut-on lire. « C’est un coup de pouce pour les enseignants, et le collège constate que les enfants ont de bonnes bases », confiait alors, dans la revue, un éducateur.
Les interventions musique arrêtées
Sept ans plus tard, le ton a changé. « Les intervenants sports interviennent pour tout et n’importe quoi, aussi bien pour courir autour d’un terrain que faire du foot. Il n’y a pas de plus-value », a déclaré au Trois Damien Meslot, maire Les Républicains (LR) de Belfort. Les intervenants sports de la ville n’interviendront plus pour les séances de sports dans les écoles maternelles et élémentaires. « Les enseignants sont payés et formés pour faire ces séances. Ils vont refaire ce qui est leur boulot », tance le maire. D’ajouter : « C’est le service public d’État. C’est à lui de faire, alors qu’il s’est déchargé au fur et à mesure sur [nos éducateurs]. » En toile de fond, Damien Meslot pointe du doigt les baisses constantes des dotations de l’État ; il ne veut donc pas payer pour ce qui relève de la compétence de l’Éducation nationale.
Par contre, les interventions des écoliers à la piscine, à la patinoire, au ski ou encore à la voile sont maintenues et seront encadrées par les intervenants sport de la ville a-t-il assuré. « Nous maintenons tous les temps spécifiques, où il y a de la plus-value », note Damien Meslot. Le maire précise également qu’un programme d’initiation au vélo est prévu. Damien Meslot confirme, par ailleurs, « se retirer » des interventions musique, sans donner plus de détails.
L’opposition circonspecte de cette décision post-électorale
« C’est une annonce post-électorale qui ne peut qu’interroger », note Bastien Faudot, élu d’opposition (gauche), qui attend plus de précisions. « C’était une ancienne politique volontariste mise en place par la gauche », replace-t-il. Il regrette que cette initiative n’apparaisse pas dans le programme du candidat Meslot. On le découvre quelques semaines après la réélection. « L’élection est un temps de séduction et maintenant, c’est la gueule de bois », critique-t-il, estimant que « cela abîme la valeur de la parole publique ».
« On fait du spectacle et le service public se dégrade », critique, pour sa part, l’Insoumis Florian Chauche, conseiller municipal d’opposition. Il critique les plusieurs centaines de milliers d’euros investis dans la venue du Tour de France ou encore les dizaines de milliers d’euros mis pour un concert au Mois Givré alors que l’on taille dans ces services au public. En 2025, la chambre régionale des comptes (CRC), dans son audit de la Ville de Belfort, avait noté que « pour maintenir ce niveau d’investissement, [la Ville de Belfort] doit rechercher de nouvelles marges de manœuvre pour améliorer son autofinancement et ne pas faire porter tout l’effort sur la dette en tenant compte de son niveau d’endettement ». Lorsque l’on n’augmente pas les impôts, ce sont les dépenses de fonctionnement que l’on rabote ou les tarifs d’utilisation des services que l’on augmente, observent Florian Chauche et Bastien Faudot, se référant au rapport de la CRC.
Florian Chauche est également circonspect quant à la méthode utilisée, juste après les élections municipales, alors que ce n’était pas annoncé. Une méthode post-électorale systématique depuis l’arrivée au pouvoir de Damien Meslot, dénonce-t-il. En 2014, quelques mois après avoir été élu, il arrête la gestion périscolaire des Francas. Et en 2020, il externalise le comité des œuvres sociales (COS) de la Ville de Belfort.