Olivia Frisetti
Vendredi 10 février, l’Atmo Bourgogne-Franche-Comté, association en charge du suivi de la qualité de l’air, a déclenché une procédure d’information et de renseignement pour un épisode de pollution aux particules fines (lire notre article). Ce type de pollution résulte notamment du trafic routier (23%), du chauffage (29%) et de l’agriculture (29%) indique l’Atmo Bourgogne-Franche-Comté, selon des données de 2018 ; ces études sont menées tous les deux ans, mais l’année 2020 était tellement singulière à cause de la pandémie de covid-19 et des confinements que 2018 reste la dernière année de référence.
“Lors de la déclaration d’un épisode de pollution, la direction interdépartementale des routes Centre-Est est contactée afin de convenir d’une vitesse maximum autorisée temporairement”, explique Pablo Campargue, analyste de la qualité de l’air à l’Atmo Bourgogne-Franche-Comté. Des conventions ont été signées avec les préfectures de chaque département pour encadrer ces mesures de réduction des émissions. Des mesures plus locales peuvent aussi être mises en place. Dans le Territoire de Belfort, le réseau de transport Optymo devient par exemple gratuit si le niveau d’alerte pollution est déclenché (lire notre article).
Chauffage et météo clémente
Dans le cadre des émissions liées au chauffage, le chauffage au bois constitue “le mode le plus émissif”, relève Atmo Bourgogne-Franche-Comté dans une note relative à la pollution aux particules. Ce mode de chauffage hisse la part des émissions du secteur résidentiel/tertiaire à 45 % souligne l’association. De fait, en hiver, le recours massif au chauffage ajoute un émetteur de particules supplémentaire.
La part de l’agriculture est par contre à nuancer, notamment en hiver. “Ce chiffre de 29% concerne l’ensemble de la région Bourgogne-Franche-Comté, en moyenne pour l’année, alors, un secteur de la région peut considérablement faire gonfler le taux”, indique Pablo Campargue-Rodriguez L’épandage d’engrais azoté est par exemple à l’origine de la production d’ammoniac, un produit qui contribue à la production de particules secondaires, qui ne sont pas directement émises. Mais le travail de la terre et la production de panache de poussières à cette occasion provoque la remise en suspension de ces particules ; à la fin du mois de mars, la concentration devient plus importante car l’activité agricole s’intensifie. Ainsi, par rapport à l’agriculture, l’impact des industries est moindre. “J’imagine qu’il y a la réglementation sur les industries qui y jouent un rôle important car globalement la qualité de l’air s’améliore”, observe Pablo Campargue-Rodriguez.
Des personnes particulièrement vulnérables
Les conséquences sanitaires se font ressentir sur tout le monde mais à des degrés différents. Les femmes enceintes, nourrissons, les asthmatiques… sont des personnes dites à risque. Les effets sont notamment allergènes ou peuvent causer des maladies respiratoires, cardio-vasculaires et même cancérigènes. “Il est difficile de quantifier les personnes atteintes. Tout dépend de leurs pathologies”, explique Pablo Campargue. Du fumeur au sportif, les personnes vulnérables doivent rester vigilantes. En limitant les activités sportives en extérieur par exemple. La ventilation de l’espace intérieur est importante. Choisir le moment l’est tout autant. La pollution, à l’échelle d’une journée, varie : “Les niveaux de pollution sont moins importants au cœur de la journée.”
Ce qui pilote les concentrations mesurées dans l’air, ce sont finalement les conditions météorologiques. L’hiver est une période plus intense au niveau de la quantité des particules fines dans l’air, notamment lié à l’utilisation des chauffages, qui ajoutent un émetteur de pollution. “[En Bourgogne-Franche-Comté], la période entre novembre et mars est [la] plus à risque vis-à-vis de la pollution aux particules”, acquiesce l’association. Selon Pablo Campargue-Rodriguez, les faibles températures limitent le déplacement vertical des masses d’air, favorisant ainsi les concentrations. De fait, une météo clémente avec peu de vent, renforcera le phénomène. Plus on se rapproche de l’été, plus l’air est “brassé”, diluant plus facilement les particules. L’été, ce sont les épisodes de pollution à l’ozone qui sont plutôt constatés.
Différents niveaux d’alerte
Les préfectures mettent en place différentes procédures pour répondre aux épisodes de pollution. Le niveau 1 concerne l’information et les recommandations. Deux types de particules sont surveillés : PM10 et PM2,5. La première mesure 10 micromètres de diamètre, la seconde, 2,5 micromètres de diamètre. En fonction de leur taille, la dangerosité diverge. Du fait de sa petite taille, les particules PM2,5 s’infiltrent plus profondément dans le système respiratoire. “Les particules diminuent l’efficacité des mécanismes de défense contre les infections” assure Atmo Bourgogne-Franche-Comté. “Leur concentration massique permet de peser les particules en suspension dans l’air malgré la difficulté pour les PM2,5”, indique Pablo Compargue-Rodriguez, pour expliquer les méthodes de mesure. “Il faut savoir que l’indice de qualité de l’air est un outil de communication pour le grand public. Cet indice mélange tous les polluants ensemble, il faut les dissocier ce qui permet de déclarer un phénomène de pollution”, ajoute-t-il. Le niveau 1 d’un épisode de pollution aux particules est mis en application lors d’une forte concentration des particules PM10. Le niveau 2 prévient un phénomène persistant de cette concentration ou la détection de particules PM2,5.