C’est la touche finale d’un programme de transformation de l’usine Stellantis de Sochaux débuté il y a près de dix ans. Le nouvel atelier « peinture » de l’usine doit être opérationnel à 100 % avant la fin de l’année. « Un objectif ambitieux », convient Manuel Gentile, le directeur de l’usine de Sochaux, alors que la première caisse a été peinte le 27 novembre 2025 (lire notre article).
Les dernières mises au point sont en cours, avant de débuter la montée en cadence des équipes « dans les prochaines semaines », indique l’usine. Pendant plusieurs mois, deux ateliers « peinture » vont travailler de pair, afin de permettre la montée en cadence qualitative et quantitative du nouvel outil. « Nous devons atteindre un bon niveau de qualité et de rendement en quatre mois », replace Julien Risset, en charge de cet atelier. « Quand tout est ok, on bascule et on arrête l’ancien atelier », poursuit-il.
120 millions d’euros sont investis dans cet outil ; un coût important au regard des 200 millions d’euros investis dans la transformation « Sochaux 2022 », qui impliquait notamment la mise en route d’un nouvel atelier de montage – qui permet de fabriquer 60 voitures par heure – l’automatisation d’une partie de la logistique ou encore l’arrivée d’une nouvelle presse grand format.
La peinture, un outil très énergivore
C’est que la peinture n’est pas n’importe quelle partie de l’usine. C’est l’une des unités les plus énergivores d’une usine. Si l’on regarde l’énergie consommée pour les process industriels, la peinture mobilise 75 à 80 % de l’énergie consommée par le site. Si l’on ajoute le chauffage (50% de la dépense énergétique), la part de l’atelier peinture pèse aujourd’hui 33% de l’énergie totale consommée ; avec le nouvel outil, la part devrait avoisiner 25%.
Son cycle d’investissement se compte, par ailleurs, en plusieurs décennies et mobilise des fonds bien plus importants que d’autres unités de fabrication. L’actuel site, qui s’étend sur 140 000 m², a été construit au début des années 1990. La peinture est également l’identité d’une marque ou d’un modèle. C’est un outil « stratégique », résume Étienne Martin-Commandeur, responsable des usines de montage de Stellantis en France, Allemagne et Angleterre, « qui nécessite un investissement considérable ». L’atelier peinture est un outil très robotisé, expliquant ce niveau de moyens.
Le nouvel outil de Sochaux « sera une première dans le monde Stellantis », ajoute-t-il. On recourt aux dernières innovations du secteur, pour moins consommer, et pour répondre aux nouvelles attentes des acheteurs, à l’image des cabines bi-tons (lire par ailleurs), qui permettent de proposer plus d’options à sa voiture, notamment deux couleurs. En termes de rythmes, l’atelier peinture peut préparer 65 voitures par heure.
L’empreinte foncière de la peinture de Stellantis Sochaux divisée par quatre
L’empreinte foncière de l’atelier sera divisée par quatre ; il sera installé à proximité immédiate du ferrage pour fluidifier les flux. Au final, la nouvelle infrastructure doit diminuer de 30 % sa consommation d’énergie et de 50 % sa consommation d’eau. Des performances notamment obtenues par une diminution des « cuissons », de deux à une opération. « On superpose toutes les couches et on cuit une seule fois à la fin », détaille Étienne Martin-Commandeur.
La température de cuisson passe de 160 à 140 °C et de 30 à 28 minutes. Les étuves de cuisson sont, par ailleurs, électrifiées ; elles étaient auparavant alimentées au gaz. Ce changement contribue à la décarbonation totale de l’atelier peinture et réduit les émissions de CO2 de l’usine de Sochaux (lire notre magazine dédié à ce sujet). Le nouveau process peinture s’étend sur deux étages, permettant de l’inscrire dans un espace réduit et de renforcer encore le compactage de l’usine. Un défi qui a encore poussé les équipes à innover.
Le bâtiment qui accueille l’actuelle « peinture » sera sûrement vendu, comme les terrains de PSA Sud et PSA Nord, lorsque Stellantis a réduit son empreinte foncière pour rationaliser et réduire ses flux de production. « Des discussions sont en cours », confirme simplement Manuel Gentile. Avec des acteurs locaux, comprend-on à demi-mot.
Les 42 hectares de PSA Sud avaient été acquis par Pays de Montbéliard Agglomération pour 11,55 millions d’euros, avant d’être revendus en 2022, 7 millions d’euros, à un promoteur immobilier BT Immo (lire notre article).
Deux cabines bi-tons
Le nouvel atelier « peinture » aura à sa disposition deux cabines disposant de la technologie Overspray free application, permettant d’appliquer deux peintures différentes à la voiture, appelée bi-tons (photo ci-dessous). Un toit noir peut ainsi être peint, par exemple, sur une voiture rouge. La cabine dispose de robots dont la tête, qui mesure une quinzaine de centimètres, est composée d’un millier de buses. Elle projette, sur le même principe qu’une imprimante jet d’encre, des micro-gouttelettes de peinture sur la caisse. La buse est à 5 mm de la tôle, limitant ainsi le brouillard de la peinture, diminuant mécaniquement les besoins de traitement de l’air. Techniquement, l’outil pourrait même permettre de faire plus de peintures différentes, voire d’écrire sur la voiture. « C’est l’outil du design », convient Étienne Martin-Commandeur, dont pourra se saisir la marque Peugeot. Il augmente la flexibilité, les choix dans le produit. Au besoin, une troisième cabine pourrait être aménagée dans le nouvel atelier peinture.