L’annonce a eu l’effet d’une bombe. Tant chez les salariés. Que sur les marchés financiers. En perte de vitesse, le constructeur automobile Stellantis a annoncé vendredi (lire notre article) qu’il allait passer des charges exceptionnelles colossales de 22 milliards d’euros dans ses résultats 2025, expliquant avoir surestimé le rythme de ventes de voitures électriques, notamment aux États-Unis. La nouvelle politique de l’Administration Trump renvoie aux calendres grecques ces ambitions. L’action a chuté de 25 %. Et elle a même dévissé de moitié en un an. L’annonce n’en est pas moins logique ; elle suit la dynamique enclenchée par Ford, General Motors et Volkswagen.
Certes, l’Europe a concédé quelques adaptations aux constructeurs automobiles sur l’arrêt du moteur thermique en 2035. Mais de l’aveu de beaucoup, c’est un « faux recul », comme le résume Laurent Oechsel, délégué syndical central, affilié à la CFE-CGC (lire notre article). Cet assouplissement ne va pas résoudre la crise automobile traversée par les constructeurs européens. Des volumes en baisse. L’électrique qui ne prend pas aussi vite que prévu. Et des constructeurs qui subissent la pression asiatique ; les industriels du Levant n’ont pas à payer les arriérés du moteur thermique et ne travaillent que sur une technologie et non pas trois comme les Occidentaux (thermique, hybride et électrique) et ils sont particulièrement soutenus financièrement par leur État, Chine en tête.
Stellantis est allé « trop loin » dans les baisses d’effectifs
Du côté de Stellantis, on évoque une politique de table rase des années Carlos Tavares, construite autour de plusieurs dynamiques : prix haut ; qualité en berne ; 100 % électrique uniquement ; saignée dans les effectifs ; et peu d’investissements productifs. « Nous sommes allés trop loin dans la baisse des effectifs et le manque d’investissement », valide Laurent Oechsel. Aujourd’hui, les équipes d’ingénierie n’ont pas les capacités, par exemple, de relancer des travaux de R&D sur le moteur thermique ou l’hybride.
La nouvelle stratégie proposée par Antonio Filosa, le 21 mai, sera scrutée comme le lait sur le feu ; des annonces qui seront formulées tout en maintenant une pression folle sur l’Europe pour continuer d’obtenir des assouplissements, semble-t-il. Des investissements ont déjà été annoncés, comme en témoignent le projet de centre de test de Belchamp, autour des batteries électriques (lire notre article) et les campagnes de recrutement (lire notre article). « Pour engager un changement de cap, il faut remettre de l’argent, souligne le syndicaliste, qui ajoute : Il faut corriger les problèmes techniques et remettre les investissements au bon endroit. »
Benoît Vernier, de la CFDT, salue « ces signaux positifs » liés « aux embauches », tout en mettant en garde sur les volontés de revoir les conditions du télétravail, qui risqueraient de pousser certains vers la sortie, notamment des salariés travaillant depuis la région parisienne pour un centre du Doubs.
Stellantis « va sortir les mouchoirs »
C’est dans ce contexte que doit se clôturer les négociations annuelles obligatoires (NAO) de Stellantis France. La dernière rencontre se déroule ce jeudi 12 février, à parti de 14 h. Un contexte peu propice aux négociations. Un contexte que Jean-Luc Ternet, de la CFTC, « appréhende » particulièrement. Les inquiétudes des salariés sont fortes, confie-t-il. La perte de confiance est importante.
« Cette annonce (du report de charges, NDLR) a une semaine des NAO n’est pas anodine », en sourit, amer, Benoit Vernier. Il ne croit pas au hasard du calendrier. « Les 22 milliards sont des jeux d’écritures financières, estime Jérôme Boussard, de la CGT. Et ce n’est jamais en faveur des salariés. » D’ajouter : « Ils vont nous sortir les mouchoirs. »
La marge de manœuvre va donc être réduite pour les organisations syndicales, d’autant plus que le taux d’inflation se situe à 0,7 %. Et c’est le maître-étalon de la direction pour formuler ses propositions. « Ça va être compliqué de négocier », admettent plusieurs organisations. Benoît Vernier fait remarquer que l’inflation sur les produits de premières nécessités est plutôt de 1,7 % et qu’il faut en tenir compte. D’ajouter encore : « Dans ce contexte anxiogène, il ne faut pas perdre les équipes. »
La CGT a fait passer un questionnaire autour des salaires dans l’usine. Elle a reçu un millier de réponses indique Jérôme Boussard. « Les gens estime qu’il manque 390 euros sur le bulletin de salaire pour vivre. »
La CFTC et la CFE-CGC demandent une enveloppe générale de 2,5 %, avec une augmentation pour tout le monde. Réponse en soirée de jeudi ou dans la nuit de jeudi à vendredi.
