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Peugeot-Motocycles face au traitement de choc de Mutares

Un scooter Metropolis, fabriqué à l'usine de Mandeure, dans le Doubs. | ©Peugeot Motocycles​
Depuis 2019, Peugeot Motocycles était détenu à 100 % par l’Indien Mahindra. L’industriel asiatique vient de céder 50 % du capital et 80 % des droits de vote à la société allemande Mutares, spécialisée dans le rachat d’entreprises et leur redressement. La société se donne entre 6 et 18 mois pour retrouver la rentabilité.

L’annonce a pu surprendre, au cœur du Salon de la Moto EICMA de Milan (Italie). Mahindra se désengage en partie de Peugeot-Motocycles, qu’il détenait depuis 2019 à 100 %. L’entreprise allemande Mutares acquiert 50 % du capital, mais 80 % des droits de vote. Elle prend le contrôle de l’entité, avec la ferme volonté de la redresser. Mahindra restera un partenaire de l’entreprise, notamment autour de la R&D (recherche et développement).

Peugeot-Motocycles, qui a annoncé cinq nouveautés lors du Salon, dont la production d’un nouveau scooter, le XP 40, à Mandeure (lire notre article) et le retour d’une moto dans le catalogue, a réalisé en 2021 un chiffre d’affaires de 103 millions d’euros. Mais également des pertes de 16 millions d’euros. L’usine française compte 345 salariés et produit 8 000 unités par an.

« Potentiel de croissance »

« Il faut retrouver le plus vite possible la voie de la croissance et de la rentabilité », annonce Philip Szlang, président de Mutares France, mais aussi chargé des investissements de Mutares en France, Allemagne et Benelux. L’entreprise allemande est née en 2008 à Munich ; elle est cotée aux marchés de Munich et de Francfort. L’entreprise allemande dispose de dix bureaux en Europe, dont Munich, Paris, Milan, Londres, Amsterdam ou encore Vienne ; Paris est le plus ancien, hors de l’Allemagne, et a été fondé en 2015.

Mutares est spécialisée dans la reprise d’entreprise, enregistrant 50 à 500 millions d’euros de chiffres d’affaires. Le groupe rachète des entreprises dans des situations délicates, mais « avec un potentiel de croissance », insiste le président France. Dans son portefeuille, Mutares détient 32 entreprises, dont tous les sièges sociaux sont en Europe. Sept de ces sociétés sont basées en France, représentant quinze sites industriels et 5 000 salariés, détaille l’entreprise. « Nous savons investir en France », rassure alors Philip Szlang. Quand Mutares investit, elle est toujours majoritaire ou prend le contrôle de l’entreprise. Cette trentaine d’entreprises enregistre 4 milliards d’euros de chiffres d’affaires en 2022. La société dispose de quatorze entreprises du domaine de l’automobile et des mobilités ; le segment pèse 2 milliards de chiffre d’affaires de Mutares. Souvent présentée comme un fonds d’investissements ou un fonds de pension, Mutares précise à cet égard qu’elle investit ses propres capitaux et non pas ceux de tiers et qu’elle n’a pas de durée de d’investissement.

L’opération est actuellement présentée aux représentants du personnel. Elle doit ensuite être soumise aux règles de la concurrence. Si cela se déroule comme prévu, la cession sera actée début 2023. À cet instant, des salariés de Mutares seront mis à disposition de Peugeot-Motocycles ; l’entreprise compte 200 salariés dont 120 sont des experts opérationnels. « Ils accompagnent les directions et les équipes pour accélérer l’excellence et accélérer les pistes de croissance », précise le président France de Mutares, qui mène sa troisième acquisition en 2022.

« Aujourd’hui, nous restons à Mandeure »

Après avoir pris la main sur l’entreprise, Mutares va mener, en lien avec la direction de l’entreprise, un travail autour de l’organisation de la production, de la vente, des achats, mais aussi de l’informatique et des ressources humaines. Comment produit-on ? Comment achète-t-on ? Comment transporte-t-on ? Autant de questions que Mutares va mettre sur la table dans les prochains mois, en déroulant un plan méthodique, construit autour de 100 jours. Avec un objectif : retrouver la rentabilité dans un délai compris entre six et dix-huit mois. « Nous connaissons ces grands groupes, mais aussi leurs lacunes et lenteurs », indique Mathieu Purrey, managing director à Mutares et responsable du segment automobiles et mobilités. La société doit apporter la dynamique d’une PME, « plus flexible, plus agile et plus rapide », défend le cadre, ancien de Valeo ; dans l’univers tentaculaire de Mahindra, Peugeot-Motocycles pouvait être éloigné et petit, ce qui n’était pas forcément le mieux, à les écouter, pour engager son redressement.  

Le leitmotiv de Mutares: des organisations plus « lean », indique Mathieu Purrey. Ce qui veut dire une organisation plus « affûtée » pour citer l’agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail. « Le Lean signifie « produire au plus juste » en éliminant tout ce qui n’apporte pas directement de la valeur ajoutée au produit du point de vue des clients », indique l’agence. Le maître-mot, c’est l’optimisation, en s’appuyant sur l’existant. « Nous allons chercher l’excellence opérationnelle », défend Mathieu Purrey.

Tous les projets lancés sont poursuivis ; ils passeront juste au scalpel de la nouvelle organisation. Mutares est convaincu du potentiel de l’entreprise et de son projet. « Nous croyons dans le programme de la direction, rassure Philip Szlang. Nous connaissons très bien la société. Nous y voyons un fort potentiel de croissance en Europe et Asie. Peugeot-Motocycles a tout le potentiel pour retrouver toute sa place. » Si la firme historique du deux-roues intègre le giron Mutares, ce n’est pas pour autant qu’elle va suivre une dynamique de groupe. « Chez nous, chaque société a sa dynamique propre et son propre business », poursuit-il. Il peut y avoir des relations client-fournisseur entre plusieurs entreprises du spectre Mutares, si cela représente un intérêt opérationnel. Questionné sur la pérennité de l’implantation dans le pays de Montbéliard, Philip Szlang répond : « Aujourd’hui, nous restons à Mandeure. »

« Nous sommes dans l’expectative »

« On ne sait pas trop ce qui nous attend. » Ce délégué syndical CGT de Peugeot-Motocycles est encore désarçonné, lorsqu’on l’appelle après avoir appris le changement de pavillon du propriétaire de la marque, après être passé sous étendard indien il y a trois ans. « Nous n’avons aucune garantie quant à des plans sociaux », redoute aussi ce représentant syndical. « Nous sommes dans l’expectative », ajoute-t-il, inquiet des rachats menés par l’entreprise en France. « Quand ils arrivent, il y a souvent une réduction des effectifs. » Si la situation financière est délicate, les potentiels marchés sont présents, confirme ce délégué syndical, qui demande aussi que la production des scooters dédiés aux marchés français et européens soit totalement localisés à Mandeure.

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