Pourquoi n’y a-t-on pas pensé plus tôt ? L’usine d’incinération de Bourogne, en fonction depuis 2002 et gérée par le Syndicat d’Études pour l’Élimination des Déchets (Sertrid), va produire de la chaleur pour le nouveau réseau de chauffage du Grand Belfort. Le 9 janvier, Damien Meslot, président du Grand Belfort Communauté d’Agglomération, et Sylvie Jéhanno, présidente-directrice générale de Dalkia, une filiale d’EDF, ont officialisé la construction du futur réseau de chaleur bas-carbone du Grand Belfort. Dalkia sera chargé de la création du réseau.
L’objectif : éviter l’émission de 30 000 tonnes de CO2 par an, équivalant à 15 000 véhicules retirés de la circulation. Pour cela, plusieurs moyens seront employés, dont la valorisation de la chaleur fatale produite par l’usine du Sertrid. « Le réseau exploitera l’énergie produite par l’Unité de Valorisation Énergétique (UVE) […] transformant ainsi les déchets du département en une source de chaleur vertueuse », explique le Grand Belfort dans un communiqué.
Suivant son rapport d’activité de 2023, le Sertrid a brûlé 84 413 tonnes de déchets ; des ordures ménagères, des encombrants, des déchets non dangereux des artisans et des déchets de stations. La chaleur produite par l’incinérateur, qui jusqu’alors était relâchée dans la nature et donc perdue, va être redistribuée.
Cette chaleur va être récupérée et transportée grâce à un réseau de 55 km de canalisations enterrées. « Pensé comme une réponse concrète aux enjeux climatiques et à l’instabilité des prix de l’énergie, ce réseau a pour objectif de mieux utiliser une énergie locale qui existe déjà, au lieu de dépendre du gaz », assure le Grand Belfort. Elle servira à chauffer plus de 240 bâtiments publics et privés dans onze communes, dont Belfort, Bourogne, Danjoutin, Bavilliers, Valdoie et Sevenans. Mais avant que le système ne soit opérationnel, il faut compter la mise en place d’installations pour la récupération de la chaleur et son stockage. Des études de faisabilité avaient déjà été menées sur le site en 2019 et 2023 (lire notre article). Le Grand Belfort avance des baisses de la facture d’énergie de l’ordre de 15 à 20%.
À terme, le réseau de chauffage distribuera l’équivalent de 18 400 logements
Le Grand Belfort ne compte pas seulement sur la combustion des déchets. D’ici 2029, une nouvelle chaufferie bas-carbone sera mise en service. Elle sera alimentée par de la biomasse sous forme de plaquettes forestières et de bois bocager issus de filières locales. La construction de la chaufferie biomasse à gaz est prévue à Andelnans. Le réseau réutilisera aussi des installations de chauffage déjà existants comme à l’Hôpital Nord Franche-Comté et au Techn’Hom 4. L’ensemble de ce nouveau réseau de chauffage va être alimenté à 90 % par des énergies renouvelables et de la récupération locale.
Le coût total de l’ensemble de ces travaux s’élève à 125 millions d’euros et est financé par Dalkia. Une partie est subventionnée par l’État et l’Ademe. Les premiers raccordements débuteront en 2029, même si le plus gros devrait être fini d’ici 2030/2031. Le Grand Belfort l’annonce : en 2029, le réseau produira 90,8 GWh pour 115 abonnés. À terme, en 2032, ce sont 148 GWh qui seront livrés en chauffage et eau chaude en moyenne, soit l’équivalent des besoins de 18 400 logements dont 3 600 logements sociaux, une cinquantaine de copropriétés et plus d’une centaine de bâtiments publics.